Home Feel good Açores (2) : à la découverte de São Jorge, l’île des Fajas

Açores (2) : à la découverte de São Jorge, l’île des Fajas

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Sur les neuf îles qui composent les Açores, nous nous concentrons sur le groupe central, du fait des divers rendez-vous liés à nos soucis techniques. Nous voilà partis d’Angra do Héroismo pour Velas, la marina de l’île sans doute la plus abrupte de toutes, São Jorge…

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  • Une belle navigation à la voile :

Nous avons quitté Angra do Héroismo ce vendredi, non sans avoir laissé un dessin marquant notre passage sur le quai du port, vers le large, comme c’est la tradition aux Açores. Généralement les marins font cela à Horta (une destination prochaine) : les quais là-bas sont couverts de peintures finalement éphémères… car chacun repeint sur le dessin des autres. En optant pour faire le nôtre à Terceira, nous espérons être moins anonymes et rester plus longtemps dans le souvenir de Dino et Ana, qui sont si amicaux avec nous.

Apres une semaine a Angra, nous larguons donc les amarres pour l’île d’en face, en espérant secrètement croiser quelques cétacés puisque nous passons par les mêmes endroits qu’avec notre camarade whale watcher (voir ici). Mais nous avons constaté en sortant du port que le moteur chauffait et que le refroidissement ne se faisait pas normalement. Un nouveau souci à régler… Nous envoyons donc très vite les voiles et notamment le spi asymétrique : nous nous éloignons de ce fait à grandes foulées et nos espoirs de voir des cétacés s’envolent. Mais il fait très beau, et le vent monte un peu : encore une fois, nous naviguons entre 10 et 20 nœuds entre travers et portant. Ne pouvant solliciter le moteur et alimenter le pilote, nous barrons chacun notre tour, ce qui nous fait le plus grand bien ! Nous savons aussi que pour entrer au port, il ne faudra pas trop compter sur la « risée diesel » mais garder les voiles le plus longtemps possible.

arrivee Sao Jorge

A l’approche du mouillage de Calheta, où nous comptions passer une nuit « robinsonne », nous hésitons à manoeuvrer à la voile (on verra plus tard que c’était judicieux ! ). Nous décidons donc de pousser jusqu’à la marina de Velas, où le port de plaisance est plus accessible et bien protégé. L’arrivée au crépuscule est un peu musclée, avec un vent forcissant, des cargos et ferrys entrant et sortant de la zone du port de commerce et nous au milieu, manoeuvrant à la voile pour mettre le moteur au dernier moment… Nous entrons finalement à 21:00 dans une sorte de calanque, où sont aménagés quatre ou cinq pontons.

Moana au port de VelasNous nous installons au fond et sommes gentiment kidnappés par un groupe de marins français qui fêtent le vendredi soir sur le premier ponton, avec vin, chips etc. Certains reviennent d’un tour du monde, d’autres ne sont là que pour les vacances, quelques-uns sont des habitués, amoureux de l’archipel… Les conversations de marins sur les joies et aléas du voyage vont bon train : ça parle de mécanique, de bons plans de navigation, de nourriture, d’amitié… La vie quoi ! Nous nous couchons un peu ivres et nous endormons sans même entendre les centaines de puffins cendrés qui tournent toute la nuit autour de la falaise en s’interpellant de leurs cris perçants et totalement étranges, voire plutôt drôles.

  • A la découverte de l’île la plus sauvage…

Le village de Velas est petit mais sympa, avec quelques commerces, une jolie église dotée de superbes vitraux, un  charmant jardin municipal avec un petit kiosque rouge et blanc …

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Surtout, alors que nous pensions être au bout du monde et ne jamais pouvoir nous connecter, nous disposons ici d’un wifi public totalement ouvert et très performant, qui me permet de régler pas mal de questions pratiques (par exemple les impôts) et d’envoyer des nouvelles aux parents et amis. Mr Linck, lui, passe sa journée à changer la pompe à eau, déplacer le filtre à gasoil et remettre le moteur en ordre de marche.

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Pour la seconde journée, nous avons bien mérité une petite balade ! Nous disposons d’une voiture, louée a la capitainerie, et partons le cœur léger sous un ciel nuageux et quelques gouttes. Les nuages stagnent facilement sur les montagnes, alors sur une île au relief très marqué ce n’est pas étonnant. Suivant les conseils du capitaine du port, nous prenons d’abord la route Sud. Nous nous arrêtons à Urzelina, où nous pouvons admirer les moulins, le petit port et la piscine naturelle sous une éclaircie. Plus dramatique, nous y trouvons un mémorial à une éruption relativement récente, en 2008, qui a détruit une partie du village, sauf la tour de l’église…

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Nous descendons ensuite vers notre première Faja, sorte de glissement de terrain fait de sédiments ou de lave et qui fait des excroissances péninsulaires en bas des montagnes. C’est la spécificité de São Jorge. La Faja das Almas, la première que nous découvrons, est tout à fait caractéristique : la route est tellement pentue qu’avec la 208 on descend en seconde, et on ne peut remonter qu’en première ! Autant dire qu’il ne faut pas caler dans un virage… et que quand on rencontre un bus, c’est assez sport. Mais quelles vues !

Passer par Calheta en voiture nous conforte dans notre choix de ne pas y être allés en bateau : le mouillage est petit, exposé au ressac et un peu morne. La route qui passe par Ribeira Seca, puis qui monte sur les plateaux nous fait passer dans les nuages. Forcément la vue est moins attrayante, sauf quand on traverse de grandes forêts bordées d’hortensias. En redescendant vers la pointe sud-est, que nous avons passée en bateau, nous sortons des nuages et arrivons à Santo Antão puis Topo, un vrai bout du monde, avec son joli phare, un belvédère et un îlot à l’herbe rase et désertique qui s’étend devant…

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Pour le retour nous prenons la route transversale qui va vers Norte Pequeño et Norte Grande. A Norte Pequeño sur la droite nous prenons la route de la Faja dos Cubres et trouvons un point de vue magnifique sur cette zone sauvage ainsi que sur la caldeira de Santo Cristo, qu’aucune route ne dessert (un chemin de randonnée de 10 km et 1000 m de dénivelé y mène).

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Les nuages tombent en cascade des montagnes avant qu’un rayon de soleil n’éclaire ce paysage… et qu’un bus vienne déverser ses touristes. Nous repartons bien vite vers Norte Grande. Nous finissons la journée en visitant la Faja de Quidor, joli village à flanc de montagne avec de belles villas et une superbe piscine naturelle, aux airs de riviera.

piscine naturlle top

  • Une plantation de café unique en Europe… et l’hospitalité açoréeenne 

    cafe nunes

Nous avons pris pour le déjeuner la direction de la Faja dos Vimes, qui se mérite aussi au prix d’un bon embrayage. On nous avait indiqué là une plantation de café familiale, artisanale et unique en Europe : le café de Nunes est d’abord un café où l’on goûte la production (bien meilleure que le café servi dans la plupart des bars locaux), mais aussi un lieu de vente (en cette fin de saison, il n’y a plus rien à vendre) et bien sûr un lieu de production. La fille nous accueille en anglais, mais le père qui organise les visites n’a pas l’air d’accord pour nous faire visiter ses plantations… On attend donc gentiment en buvant le café maison et regardant la mer et lui faisant des sourires dès qu’il passe sur la terrasse… L’heure du déjeuner arrive, le padre n’a toujours pas envie… La fille nous conseille d’aller faire un tour et de revenir en début d’après midi.

On lui demande où nous pourrions déjeuner, elle nous dit d’aller en bas dans une salle municipale voisine, où les organisateurs d’un tournoi de volley local seront bien contents de partager la nourriture excédentaire prévue par les bénévoles… De fait, dès le perron nous sommes invités à entrer et nous asseoir à la tablée des gens du cru et à partager le buffet. Et quel buffet ! Nous nous régalons, tout le monde nous souri, notre hôte m’ouvre même une bouteille de vin, et quand je demande si nous pouvons contribuer financièrement, on me dit « surtout pas, vous êtes invités, donc c’est déjà réglé » ! Voilà comment manger gratis aux Açores !

dej communautaire à Vimes

De retour au Café de Nunes pour tenter une visite, le padre a l’air de meilleure humeur et nous fait signe de le suivre. Comme j’ai repéré des français qui parlent portugais à la table d’à côté (leur Petit Futé des Açores les a trahis), je leur propose de se joindre à nous. C’est gagnant-gagnant : ils font une découverte qu’ils n’avaient pas prévue, et en retour nous assurent la traduction. Tout le monde est content, y compris le padre qui peut ainsi expliquer son travail :  il produit avec à peine 200 plants, sur une saison qui s’étend de mai à juillet, 600 à 800 kg de grains de café, qui donnent environ 300 kg de café torréfié. Autant dire qu’il n’exporte pas ! C’est une production locale, emballée dans de petits sachets produits sur des métiers à tisser situés à l’étage de sa maison…Si vous n’avez jamais vu de plant de café, les feuilles ressemblent à du laurier, les fleurs à du jasmin, et les graines sont rouges… avant la torréfaction. Voilà une belle découverte et des rencontres humaines bien sympas ! 07

Si vous êtes passé à São Jorge ou si ce récit vous inspire, laissez un commentaire !

Crédits photos : Fboy

2 COMMENTS

  1. Salut les hardis navigateurs !
    Merci de prendre le temps de partager votre aventure avec nous. Je suis avec plaisir votre périple et découvre les Açores. J’espère que votre problème technique a trouvé sa solution.
    Bon vent !
    Amicalement,

    • Merci pour tes encouragements ! Tu peux mettre un « s » à problème technique vu ce qu’on cumule depuis un mois et demi. En plus on a fini mercredi par cramer l’ordinateur avec le navigateur, la météo et la liaison iridium. On passe bien 25 % du temps à résoudre tous ces soucis technologiques. Mais je crois que c’est le lot de beaucoup de gens qui partent seulement un an, sont partis sans tester tout en condition et voient petit à petit l’impact de l’usage intensif et de la mer sur le matériel electronique. Si le bateau était rodé depuis des années, ce ne serait pas le cas, mais on aurait peut-être d’autres soucis, structurels ceux-là. Pour l’heure croisons les doigts Moana en lui-même est en pleine forme ! Et nous aussi. A toi bon courage pour la reprise, et plein d’amour…

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