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Comment apprendre la voile quand on n’y connaît rien ? (1/2)

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En France, il n’existe pas officiellement de permis pour pratiquer la voile. Certes avoir passé le permis côtier voire hauturier constitue « un plus » indéniable mais si le premier est obligatoire pour piloter les embarcations à moteur, il ne l’est pas pour les voiliers. Et ce, alors même que ces derniers sont généralement équipés d’un moteur ! A chacun donc d’acquérir les connaissances nécessaires pour naviguer à voile en sécurité. Les possibilités sont nombreuses, mais certaines sont plus efficaces que d’autres.

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  • L’enjeu : au delà du plaisir, la sécurité d’abord

Bien sûr, l’envie d’apprendre à naviguer vient d’un rêve, celui d’être maître de son destin et de goûter à la liberté de mener sa coque où bon nous semble. Vous aurez découvert la voile avec un(e) ami(e), pratiqué le dériveur enfant pendant les vacances d’été et décroché depuis, embarqué plus ou moins volontairement lors d’un séminaire et attrapé le virus… Mille motifs peuvent avoir fait germer l’envie. Vous en parlez autour de vous, vous faites quelques recherches et vous prenez conscience que partir sur un voilier, même petit, sans rien y connaître est tout simplement très dangereux. Et vous avez raison ! Les forces en présence (courants, vent, vagues) peuvent vite dépasser vos limites physiques et mentales. Or, que vous soyez équipier ou chef de bord c’est votre sécurité (voire votre vie) et celle des autres que vous mettez en jeu.

  • Apprendre avec son entourage ou des connaissances

Si vous avez bien conscience que vous ne maîtriserez pas le sujet en naviguant deux fois par an (ou même plus) avec tonton Gilles sur son voilier de 6 mètres entre Hyères et Porquerolles, cela me semble la première chose à faire. Partir avec quelqu’un en qui on a confiance et ressentir les sensations du bateau tout en découvrant les principes de base de son fonctionnement, voilà un bon préambule. Vous n’avez pas charge d’âme, juste à faire ce qu’on vous dit et ressentir si vous êtes à l’aise. Déjà cela vous prendra peut-être quelques temps avant de ressentir le bien être d’être en mer, savoir vous déplacer, entrer et sortir du carré sans difficulté. Au passage vous découvrirez aussi qu’au delà d’apprendre des théories et des techniques, la pratique et l’expérience acquises sont primordiales. Lire les ouvrages de référence – comme le fameux Cours des Glénans – vous sera bien sûr fort utile mais le plus efficace reste de naviguer, naviguer, naviguer… Un marin est toujours en devenir !

  • Apprendre avec des associations ou clubs

Une fois le virus contracté et la décision d’apprendre plus sérieusement validée, si vous avez peu de temps et pas beaucoup d’argent, une solution peut être de souscrire à une association ou un club de voile. Il en existe dans toutes les stations de bord de mer. L’avantage c’est que pour un coût relativement modique vous pourrez pratiquer le we voire pendant les vacances, et découvrir la mer et la voile avec d’autres passionnés. L’inconvénient, c’est qu’en terme de qualité d’enseignement, de sécurité des bateaux et de qualité de vie, rien ne permet de savoir où on met les pieds avant d’avoir payé sa cotisation, à part la bonne mine du responsable… ou les avis avisés des voileux du coin. Il arrive aussi qu’un club compte trop de membres néophytes et qu’il y ait trop peu de chefs de bord – alors sur-sollicités – pour satisfaire les demandes de sortie, pédagogie etc. Je connais bien ce problème dans mon propre club de voile, à la Rochelle !

De ce fait, je fais davantage confiance aux associations de propriétaires de bateaux, qui veulent amortir leurs frais en partageant leur coque et leur savoir-faire. L’apport pédagogique est garanti – pas sa qualité malheureusement – et les occasions de sortie sont nombreuses. Globalement, clubs et associations me semblent plus adaptés à l’acquisition d’expérience – galères comprises – une fois que l’on a appris les bases des manoeuvres et de la navigation. Vous saurez alors faire la part des choses et identifier le bon mentor du marin fanfaron mais pas fiable.

  • Apprendre par le voyage : le bateau stop

Si vous avez plusieurs semaines devant vous et l’esprit d’aventure, un autre moyen d’apprendre est d’embarquer en « bateau stop ». C’est un peu se lancer dans le vide, mais c’est souvent efficace – dans un sens comme dans l’autre – pour savoir si on est « mordu » ou pas, et donc apprendre très vite. De plus, les marins qui partent en voyage plusieurs semaines ou plusieurs mois sont souvent assez compétents (il y a toujours des inconscients, mais la plupart ne le sont quand même pas). Bizarrement comme l’enjeu de passer du temps sur un bateau avec un chef de bord n’est pas anodin, je pense qu’il y a moins de déceptions dans ces choix que dans celui d’un club ou une association. Il faut en effet évaluer si on sera capable de s’entendre pendant quelques temps avec le chef de bord et les autres équipiers.

Le principe est simple : même si vous n’y connaissez rien, il faut avoir quelque chose à proposer pour contribuer à la vie du bord. Apporter votre quote-part de caisse de bord, ce qui est souvent le minimum demandé, ne suffit pas. Il faut participer ! Si vous faites la cuisine, la vaisselle ou jouez de la guitare, si vous êtes volontaire à la barre et aux manoeuvres à défaut d’être un cador, que votre bagage est léger et votre esprit joyeux, vous serez facilement accueilli(e).  

A noter qu’il est plus facile d’embarquer seul(e) qu’à deux et que les filles sont souvent bienvenues. A propos les filles, attention quand même, activez le radar à plans foireux avant de partir… Tous les marins ne sont pas lubriques, mais certains se servent de leur bateau comme d’autres d’une Ferrari. Ceci dit, j’ai traversé l’Atlantique pendant 23 jours avec 9 équipiers mâles et à part les blagounettes entre mecs, je n’ai pas eu à me plaindre de la moindre indélicatesse. Il existe encore des gentlemen !

Concrètement il faut un peu de culot pour solliciter les gens, mais il y a souvent sur le web, dans les bars des ports et à la capitainerie des petites annonces de recherche d’équipiers. Il existe aussi sur le net des bourses d’équipiers et notamment le site www.vogavecmoi.com qui permet de connaître le profil et les attentes des chefs de bord, ce qui facilite la sélection.

Financièrement, pensez à prévoir la caisse de bord, vos frais personnels, mais aussi à une réserve pour rentrer à la maison au cas où vous voudriez débarquer au prochain port… Quant à vos choix de lieux de navigation, privilégiez la diversité et ne commencez pas par le plus dur, genre Cap Horn (au risque de vous dégoûter). La méditerranée ou la côte Atlantique peuvent être agréables pour une découverte, la Bretagne commence à être technique et la Manche ou la Mer du Nord sont exigeantes et dures. Pour un tour du monde, renseignez vous sur les destinations prévues et méfiez-vous des faux-amis : par exemple les Antilles, c’est superbe, mais aussi très venté dans les canaux inter-îles !

Le bateau stop est encore plus intéressant quand on a acquis un niveau d’équipier et que l’on a « sa place à bord », pour cumuler des milles et de l’expérience. Son seul inconvénient, si on débute ainsi, c’est d’apprendre d’emblée sur de gros bateaux habitables où vous ressentirez moins les sensations de barre et les effets des manoeuvres que sur un petit bateau. La voie royale pour apprendre à naviguer reste d’apprendre sur de petits dériveurs ou catamarans (exigeants et sensibles, mais qui donnent du plaisir et de la maîtrise) puis de transposer ces connaissances sur des habitables, plus complexes mais moins sensibles.

  • Apprendre par le voyage : la location de voilier

Si vous êtes assez argenté(e) pour ne pas avoir à faire de bateau stop, et si vous avez une famille ou des amis à associer à vos vacances, vous apprendrez peut-être d’un skipper en louant et privatisant un bateau. C’est souvent cher, sans aucune garantie que le skipper ait l’envie et la capacité d’être pédagogue. Et vous serez de toute façon moins concentré(e) sur l’apprentissage que sur les activités touristiques ou ludiques à partager avec vos proches.

La location offre des expériences formidables, c’est un bon moyen de concilier vacances en famille et cumul d’expériences, mais ce n’est pas le meilleur moyen de se former ! Dans la même veine on peut partager de belles navigations et de bons moments de convivialité sur les Vieux Gréements, mais au delà des bases et de la navigation, les manoeuvres sont souvent différentes des voiliers usuels et plus complexes voire virils.. Reste que c’est une pratique attachante, si l’on omet le volet strictement pédagogique !

Au delà de ces solutions reposant sur un partage de connaissances dont on maîtrise peu la pertinence, le meilleur rapport qualité/prix à mon sens consiste à s’adresser aux écoles de voiles. C’est l’objet du prochain article que vous trouverez ici. N’hésitez pas en attendant à commenter celui-ci !

 Crédit Photo : Ville Miettinen via Compfight

2 COMMENTS

  1. Bonjour,

    Nous sommes « deux  » jeunes, bientôt en retraite…. 2019, nous avons la ferme intention d’acheter un bateau, voilier de préférence, budget oblige, mais pour cela ils nous faut apprendre a naviguer, seul problème, vue notre « jeune » age impossible de trouver quoi que ce soit pour apprendre a naviguer, alors si vous avez un bon tuyau nous sommes preneurs.
    Cdt
    Nous sommes sur la commune de Gémozac, Charente Maritime

    • Bonjour, pour résoudre votre question lisez l’article suivant qui traite de l’apprentissage en écoles de voile. Sans vous offenser, à votre age la plupart des marins ont déjà de la bouteille et ceux qui cherchent des co-équipiers visent plutôt de fringants jeunes gens qui pourront leur donner un coup de main. Ce sera d’ailleurs une piste pour vous quand vous aurez à prendre en main votre propre embarcation ! Le bon plan c’est de s’adresser à une école de voile ouverte à tous, comme Les Glénans ou plus encore la MACIF qui vous accueilleront comme n’importe quel stagiaire ! J’ai fait des stages 2-3 voiles avec les Glénans – en Corse notamment – avec des retraités, et des stages MACIF de sécurité/survie avec une majorité de quinquas et sexagénaires, tous candidats au grand départ. S’il est mûri et assumé, votre rêve est à portée de main : en 4 ou 5 stages pour pouvez acquérir un bon niveau de base, qui vous permettra ensuite de progresser en pratiquant le BDA (Bateau Des Autres). Je vous souhaite bon vent et belle mer !

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