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Budget d’une année sabbatique en Atlantique : on vous dit tout !

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Budget d’une année sabbatique en Atlantique : on vous dit tout !

Chose promise, chose due, voici un bilan financier qui vous permettra d’évaluer les dépenses à prévoir en grande croisière. Comme vous allez le voir, les postes de dépense ne sont pas forcément ceux que l’on prévoit au départ et l’arc antillais est plutôt coûteux. D’autres destinations (Asie, Amérique du Sud…) sont probablement moins onéreuses !

En préambule, il faut préciser que je n’évoque ci-dessous que les dépenses de voyage, une fois partis. Pour avoir un budget global il faut ajouter le coût de préparation du bateau, qui est très variable selon les choix de chacun (bateau neuf, occasion, mono, cata, prêt à partir, à rénover, niveau d’équipement électronique etc…). Dans notre cas, comme nous avons construit Moana, nous avions certes déjà quelques équipements mais avons consacré environ 6000 € à le préparer pour la grande croisière (capote, taud, électronique, balises, perche IOR etc voir la liste des équipements ici). Normalement avec un bateau d’occasion ou un bateau déjà équipé et rôdé, votre budget de préparation devrait être inférieur.

  • On ne divise pas son train de vie par trois :

Bien entendu, vous commencez à nous connaître, nous ne sommes pas partis à l’aveuglette. Après avoir parcouru le web de long en large pour avoir quelques idées sur le budget à prévoir, les conclusions n’étaient pas claires, du fait des très nombreuses variables à prendre en compte : destinations, durée du voyage, arbitrages entre navigation et séjours à terre, dont arbitrage entre mouillage et marina, niveau de vie usuel, etc Beaucoup de facteurs jouent sur le budget.

En prenant un modèle proche du notre, à savoir le voyage en couple, nous avons discerné trois profils : le premier, très modeste, correspond à un budget autour de 1000 euros, le second autour de 1500-2000 euros et le troisième autour de 3000 ou plus. Les 2ème et 3ème configurations sont les plus courantes, parce que la vie en bateau n’est pas vraiment économique, surtout dans les régions où nous sommes une manne pour l’économie locale (et bizarrement, il y en a beaucoup en Atlantique !).

De toute façon, posséder un bateau va souvent de pair avec un certain niveau de vie, pas forcément riche c’est sûr, mais pas dans les minima sociaux non plus ! Alors c’est un peu illusoire de croire que par magie, parce qu’on vit en short et tongs sous le soleil, on va drastiquement diminuer son train de vie : on dépense moins d’un certain côté mais plus de l’autre, et quand il y a un problème technique à régler, il faut bien y faire face.

C’est d’ailleurs d’avantage le cas pour les croisières courtes (1 à 2 ans), où on ne peut pas traîner pendant des semaines dans une marina en attendant une solution « pas chère ». Souvent plus le voyage est long, plus le budget moyen diminue, du fait des relations qu’on se fait et des petites « combines » que l’on trouve avec le temps.

Un autre facteur non négligeable est que les marinas pratiquent des tarifs mensuels très avantageux, qui font baisser le coût journalier souvent de plus de 50 %, au port comme sur corps mort ! Dans certains archipels comme les Açores, la même politique tarifaire est pratiquée partout, encourageant le tourisme vs le nomadisme opportuniste !

  • Le budget initial, une bonne base pour discuter :

La vertu de définir un budget avant le départ, c’est de réfléchir ensemble aux priorités et de discuter des compromis que chacun est prêt à faire : 80% de mouillages et 20% de marinas ou l’inverse, ou 50/50 ? Lessive à bord ou en machine ? Quel nombre moyen de restaurants par mois ? etc…

Voici le budget que nous avions prévu initialement : 1600 euros par mois pour deux, extensibles à 1760 euros en tenant compte de la marge de 10% que j’applique toujours à mes budgets, qu’ils soient professionnels ou personnels et qui s’avère souvent utile ! Ce qui faisait 1760 euros. Dans les faits, notre budget a explosé de 22 %…

  • Le détail de nos frais réels :

Mon calcul est simple : combien avions-nous sur le compte au départ et combien avons-nous à l’arrivée, sachant que nous n’avons pas travaillé et donc pas gagné d’argent (en un an de voyage, ce n’est pratiquement pas possible de travailler pour s’autofinancer). En faisant cet exercice très simple, je constate que nous avons dépensé 2200 euros mensuels pour deux, soit sur 12 mois 26400 euros !

Je sais, cela semble beaucoup. Et de fait c’est bien plus que nous avions prévu ! Nous qui ambitionnions de partir deux ans, nous avons dû revoir la copie et nous limiter à un an, faute de pouvoir aligner le même montant sur une seconde année… Rentrons dans le détail en précisant les frais (arrondis) qui se sont cumulés :

Les réparations et l’entretien du bateau (1660 €)

  • Changement du rouet de pompe à eau, des filtres à gazole et à huile du moteur : 100 €
  • Réparations de la GV au Brésil puis en Martinique : 350 €
  • NB : nous avons renoncé à réparer le spi symétrique déchiré, pour lequel on nous demandait plus de 500 euros pour 3 h de couture…
  • Frais de port du moteur de pilote automatique (noyé par une vague), heureusement remplacé en échange standard : 120 € de port
  • Panneau solaire 100 W rigide pour remplacer le 100 W souple : 300 €
  • Ancre Delta pour remplacer notre ancre plate, qui dérapait trop souvent à notre goût : 200 €
  • Drosse d’enrouleur de génois et nouvelle paire d’écoutes : 150 €
  • Changement du chargeur électrique : 250 €
  • Diagnostics du frigo défaillant : gratuits
  • Un carénage à la marina de Jacaré : 90 €
  • Un carénage sauvage sur l’Amazone : gratuit
  • Un carénage aux Açores : 100 €

Vols et frais connexes liés à des « contretemps » : j’ai eu deux gros soucis personnels qui m’ont obligée à rentrer et nous avons pris l’avion pour Cuba car nous n’avions plus le temps d’y aller avec Moana (5650 €)

  • Un retour à la Rochelle pour régler un sinistre grave : une canalisation rompue sous la dalle béton de la maison que je louais, nécessitant réparation et création d’un circuit d’eau « aérien », avec les réparations de plancher et peinture qui vont avec… : 450 € de vols A/R depuis les Canaries + 1200 € de reste à charge sur les dégâts + 300 € au Brésil avant de retrouver Moana à Fernando de Noronha
  • Un retour dans le Nord de la France pour enterrer mon père, malheureusement décédé pendant le voyage. Une inhumation n’attendant pas, le trajet Grenade – Paris m’a coûté plus de 2200 €. Total du déplacement avec les frais connexes: 2800 €.
  • Vols Cuba : 900 € (450 x 2)

Vous pouvez constater que les vols et les aléas en cours de voyage ont amplement grevé notre budget mais ne pensez pas que cela n’arrive qu’aux autres : il faut prévoir ce type d’impondérables, peut-être pas pour un tel montant (on a fait fort !), mais prévoir quand même… Ce serait dommage de devoir suspendre le voyage avant son terme, juste par manque d’argent !

Hébergements lors des séjours à terre (2740 €)

  • Canaries (8 j x 15) + Olinda (6j x 35) + Miami (150 €) + Panama (150 €) = 630 €
  • Brésil (21 j x 30) = 630 €
  • Guyane (Noël à Cayenne) : (5 j x 120) = 600 €
  • Martinique : une nuit 40 €
  • Cuba : (21 j x 40 ) = 840 €

Marinas : 189 jours et 3254 € (soit 17,2 € la nuit en moyenne)

  • Açores (ports -politique tarifaire inter-iles) : 21 j x 10 = 210 €
  • Canaries (mouillage Las Palmas) à Gran Canaria) : 12 j x 3 = 26 €
  • Cap Vert : 7 j x 15 = 105 €
  • Fernando de Noronha (mouillage) : 5j x 50 = 250 €
  • Brésil (Jacaré) : 30 j x 15 + 7 j x 20 = 590 €
  • Guyane : 10 j x 15 = 150 € (+ mouillage Iles du Salut et Kourou)
  • Tobago (mouillage) : 3j x 10 = 30 €
  • Grenade (Marina de Saint Georges) : 21 j x 16 = 336 €
  • Grenadines (mouillages payants dans les diverses îles ) : 21 j x 15 = 315 €
  • Martinique : 6j x 12 ( Etang Z’abricot) + 15 j x 25 (au Marin) + mouillages gratuits = 447 €
  • Guadeloupe : 1 mois à Pointe-à-Pitre = 300 € (+ mouillages gratuits)
  • St Barth : mouillage gratuit devant Gustavia
  • St Martin : 2j marina St Louis (140) + 15 j x 13 (lagon 195) + 1 mois Lagon (160) =495 €

Notez que si du côté Est de l’Atlantique les tarifs sont plutôt favorables, de l’autre côté les coûts flambent : les mouillages gratuits sont très rares car la plupart imposent la prise d’un corps mort payant, les boat boys vous rackettent, les rangers dans les Parcs nationaux passent derrière pour collecter les taxes (eux c’est pour la bonne cause) et les marinas sont plutôt chères (le best of revient à Fort Louis, la Marina chic de Saint Martin – 70 € jour – et au mouillage de Fernando de Noronha, volontairement dissuasif à 50 € jour). Dans cette rubrique je n’évoque que les prix de la nuit pour Moana et son équipage, nous n’avons pas gardé les taxes d’entrée et sortie qu’imposent la plupart des pays lors de la clearance !

Par ailleurs, 189 jours cela représente environ 50 % du temps sur une année : donc nous avons passé 50 % du temps à payer (au port ou au mouillage) et ce même quand nous étions en mode terrestre – au Brésil et à Cuba. Comme par ailleurs nous savons que nous avons passé 25% du temps en mer (un peu plus de 90 jours), il reste donc 25 % du temps dans les mouillages gratuits, où nous avons effectivement un peu traîné…

Moyens de transport – location véhicules , taxis ou bus (hors cheval, vélo, lancha etc) (1315 €)

  • Açores : 6J x 35 = 210 €
  • Canaries : 1 j x 30 = 30€
  • Fernando : 2 j x 50 = 100 €
  • Brésil bus : 250 + 250 = 500 €
  • Guyane : 4 j x 45 (Noel Cayenne et Kourou) + 2 j x 30 (St Laurent) = 240 €
  • Tobago : 1j x 50 = 50 €
  • Grenade : 2 j x 40 = 80 €
  • Union : 3h = 15 €
  • Bequia : 3h =15 €
  • Martinique : 4 j x 45 = 180 €
  • Guadeloupe : 4 j x 45 = 180 €
  • Marie-Galante : 1 j x 50 = 50 €
  • Saintes (scooter) : 1 j x 45 = 45 €
  • Saint Barth : 2 j x 40 = 80 €
  • Saint Martin : 3 j x 35 = 105 €
  • Anguilla : 1j x 35 = 35 €
  • Cuba = 400 €

Carburant : 10 pleins à 90 euros en moyenne (900 €) + 20 € d’essence pour la nourrice du hors bord de l’annexe. Sans compter les pleins des véhicules loués.

Gaz : 5 bouteilles avec un coût variable mais moyen de 22 € = 110 €

Back Up du logiciel de navigation (cartes Navionics) : 4 cartes x 50 = 200 €

Lessives : 24 lessives x 14 euros en moyenne = 336 €

Cartes Sim locales : 6 «régions » X 15 euros en moyenne + environ 50 € de consommation tel et données/mois = 690 €

Au final restent donc 9600 € soit 800 € par mois pour 2, qui ont financé nourriture, café et pots, sorties avec les copains, visites, monuments, souvenirs, carburant des locations de voiture et taxes d’entrée à payer lors des clearances (nous n’en avons pas gardé les traces)… mais aussi les impôts sur le revenu de l’année précédente ! Bref un budget à la mesure de notre bateau, suffisant mais sans fioriture…

J’espère que cet exercice de bilan financier vous sera utile pour bien préparer votre caisse de bord et ne pas avoir de mauvaises surprises. Certes je pose tout sur la table, mais quand on lit les budgets énoncés parfois dans les articles on ne connaît jamais exactement le périmètre d’activités qui y correspond. Là au moins vous avez une vision précise des choses…

Et vous, quel budget prévoyez vous ?

Vous trouverez ici et ici et quelques conseils pour anticiper vos dépenses et constituer une caisse de bord !

4 COMMENTS

  1. Bravo, c’est très intéressant et instructif de voir la répartition du budget. Effectivement il y a beaucoup de postes à prévoir et un tel voyage, si on veut en profiter, ne se fait pas sans argent…

  2. Bonjour,
    Mouillage gratuit devant Gustavia (St Barth) !!!!! vous vous êtes bien caché ou c’était un jour de grève de la surveillance?
    L’ancrage, ou que ce soit sur St Barth est à 20€ et le port est à 140€.
    J’y étais il y a 2 mois.
    Maritimem@nt votre.

    • Bonjour Patrick,

      Merci pour ce commentaire qui montre que rien n’est immuable. C’est vrai que Gustavia est un port hyper-cher – et ce doit être pire encore depuis que Johnny est enterré sur l’île. Par contre à l’extérieur, nous avions pu mouiller plusieurs jours avant l’entrée du port, sur la gauche, effectivement sans payer en février-mars 2017. Personne n’est venu nous demander quoi que ce soit. Nous étant fait « jeter » du port parce que Moana était trop petit, c’est sûr qu’on n’y est pas retournés demander l’addition. Nous n’avons aucun intérêt à raconter des bobards 🙂 Il est possible que la hausse de fréquentation de l’île, liée à notre rockeur national, ait incité les agents du port à être plus mercantiles… et plus rigoureux ! Bon périple à vous et continuez de nous raconter ce qui se passe sur votre parcours. Les sargasses ne sont pas trop un problème ?

  3. Merci beaucoup pour cet éclairage précis et complet.
    Je commence aussi à faire mes comptes (et je dois encore m’acheter un bateau, ce qui gonflera encore un peu plus la note)
    Marc – Bruxelles

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