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Ca fait quoi de se préparer à larguer les amarres ?

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Ca y est, nous larguons les amarres et quittons La Rochelle ! Direction Les Açores et les milliers de cétacés qui y passent en été, avec peut-être un arrêt à la Corogne, pour ses tapas et son art de vivre, si la météo n’est pas trop mauvaise… 

Ca fait rêver, n’est ce pas ? Pourtant comme pour les coureurs, on peut presque dire que partir c’est déjà une victoire, quand on fait tout soi-même et que les journées ne font que 24 heures… Je vous explique rapidement pourquoi, avec tous les bons côtés des derniers préparatifs du mois passé, et aussi les mauvais… Au passage vous comprendrez pourquoi ce blog n’a pas été vraiment actualisé ces derniers temps !

  • Partir, ça fait aussi rêver les autres… et donc c’est du partage et du bonheur

Partir à deux sur un petit bateau autour de l’Atlantique voire un peu plus, ça fait rêver certains mais pas tout le monde, c’est évident… et c’est tant mieux d’ailleurs ! Alors il ne fait pas s’étonner de voir les gens transposer leur peur et vous dire des choses a priori horrifiantes  comme « ton bateau n’a pas encore coulé ? », « tu n’a pas peur de mourir noyée ? » etc. En amont du projet, tant que personne n’est sûr que vous allez partir, vous aurez plus de gens pour vous dissuader que pour vous dire de réaliser vos rêves. Il en va ainsi de la nature humaine…

Après, quand cela se concrétise, la plupart des pessimistes vous regardent d’un autre oeil mais sans rien dire, tandis que quelques-uns se rallient aux amis qui savent – eux – depuis longtemps que les rêves sont faits pour être réalisés. Plus on avance, plus on bénéficie donc des bonnes ondes des amis voileux, de la famille et de l’entourage. Sur les pontons aussi la préparation du bateau fait des curieux, et on retrouve les optimistes et les pessimistes qu’on côtoie à terre.

Au final, tout cela se traduit par de longues discussions, l’exposé 100 fois répété du parcours et surtout, surtout, beaucoup de soirées organisées chez les uns et les autres, d’apéros bien tassés, de ripailles bien grasses, et aussi d’émotions parfois dures à cacher. Mr Linck et moi avons eu un vrai pincement au coeur quand nous avons quitté notre maison, puis un pincement au coeur quand nous avons vendu les voitures (c’est pas le carrosse qui compte, c’est la liberté qui va avec), quelques gros coups de mou quand il fallu dire au revoir aux amis proches et à la famille (on ne le montre pas, mais nos petits coeurs d’artichaut tremblent). On a tenté de limiter les excès plusieurs fois, en disant qu’on aimerait bien ne pas devenir alcooliques et diabétiques avant de partir, mais il y n’y avait pas que ça…

Quand on est installé depuis 15 ans dans le ronron quotidien, on a envie d’en sortir c’est sûr, mais on se rend compte aussi que tout laisser derrière soi en l’espace d’un mois nous ramène aux niveaux de base de la pyramide de Maslow (pyramide des besoins qui commence donc par les besoins basiques). C’est l’occasion de voir les choses autrement et de réaliser la chance que l’on a !

Les échanges de ces dernières semaines auront en tout cas été très riches, et nous avons eu la chance d’être épaulés dans notre préparation par nos amis, notamment nos camarades voileux du Spi Club – le seul club de voile de loisirs multisupport de La Rochelle (d’ailleurs méprisé par la ville, qui ne jure que par les régatiers). Est-ce parce que je suis l’une des plus anciennes membres du club, ou parce que Mr Linck a mis ses talents de marin et de constructeur au service de la flotte ? Le fait est que nous avons été gâtés et que nos camarades de jeu nous ont offert, qui une balise, qui une perche IOR, qui une cocotte, des sacs à bouts etc. Une solidarité qui fait écho à celle qu’on a connu pour la construction, de la part de fournisseurs comme Sicomin (les résines) ou Pochon (l’électronique)…

En tout cas si nous avons rechigné quelques fois à faire la fête tous les soirs… pour notre santé et parce que nos journées se terminaient trop tôt pour finaliser la liste de tache quotidienne, on peut dire que nous avons partagé nos rêves et qu’on a eu la chance d’être aidés à les concrétiser. C’est quelque chose qu’on ne peut oublier.

  • La litanie des problèmes et retards techniques

La technique par contre ne nous a pas aidé. Il est vrai qu’on dit souvent que « voyager en bateau c’est passer son temps à bricoler dans des endroits paradisiaques ». Nous nous avons commencé à La Rochelle !

Sur les 15 jours de retard pris sur le planning initial, 10 sont dus aux tentatives désespérées de Mr Linck pour réparer un réservoir d’eau douce qui fuyait. Partir en perdant de l’eau douce ça fait désordre. Mais il n’y avait pas de solution : du fait que les réservoirs sont cirés aucune colle ne prenait. Il a fallu changer le réservoir… puis la pompe qui elle aussi avait décidé de ne pas partir avec nous…

Une fois ce réservoir changé, lors d’un dîner à bord, nous avons eu la surprise d’entendre une explosion violence dans la cuisine... La vitre du four venait d’exploser sous l’effet de la chaleur… C’était notre faute et le SAV d’Eno a été exemplaire mais sur le coup nous sommes restés pantois et dépités à l’idée des jours qu’il faudrait pour réparer.

Côté électricité, si nous constations l’efficacité de la charge du panneau solaire et de l’hydro-générateur Save Marine, nous avons vu aussi que nos batteries se déchargaient trop vite. Trop peu sollicitées durant les mois de chantier, puis déchargées de force et au delà des limites usuelles pour les test d’hydrogénérateur, elles ont rendu l’âme. Il a donc fallu investir dans deux nouvelles batteries… et surtout attendre leur livraison, en plein mois de juillet.

Bien sûr pendant tout ce temps on ne s’est pas croisé les bras : menuiserie, plomberie, peinture, accastillage… Mr Linck a attaqué sur tous les fronts. Moi pendant ce temps je m’occupais de l’électronique, des instruments de navigation, de l’avitaillement et de la pharmacie (avec les démarches sans fin auprès de la Sécu, du médecin etc). Concernant l’électronique quand on achète soi-même le matos il faut le paramétrer et franchement ce n’est pas simple, même en y passant des heures.

Il a été indispensable et salutaire de payer l’intervention d’un technicien spécialisé de chez Pochon, qui a rattrapé mes erreurs et réglé tout aux petits oignons… En plein été, le rdv a pris du temps a être honoré mais ce jour là on s’est dit qu’on n’avait pas mal investi notre argent !

  • La voile c’est pas du camping car !

La leçon que je tire de ces préparatifs à la fois laborieux et festifs c’est que décidément les agendas sont difficiles à tenir : que ce soit à cause de la météo (le plus souvent) ou des problèmes techniques, mais aussi des rencontres et de la convivialité qui va avec, en bateau c’est un défi de tenir un programme tiré au cordeau. La solution est de ne pas faire de plans sur la comète et rester le plus cool possible pour s’adapter en permanence…

La seule similitude avec le camping car c’est l’exiguïté de l’habitat : travailler à deux dans un bateau de 8.70 m oblige à attendre toujours quelques minutes que l’autre ait fini une action pour passer, s’asseoir ou prendre un outil et mener à bien sa propre tache. Tout le bateau est envahi par les outils, les bouts de bois, la sciure, les colles, la peinture… Cela met à l’épreuve les nerfs de l’équipage. En l’occurrence pour nous ça c’est bien passé, mais il est temps que ça cesse !

Voilà il est 7:00 du matin, dans deux heures nous larguons les amarres… le pain est en train de griller, le café coule, j’y vais… RDV dans quelques jours !

7 COMMENTS

  1. J’ai suivi régulièrement votre blog ces derniers mois, qui m’a bien aidé dans nos préparatifs. Nous avons vécu des choses similaires, surtout pour les derniers préparatifs, 2 semaines de retard également par rapport à ce que nous avions prévu. Mais demain nous larguons les amarres nous aussi ! Pour un tour de l’Atlantique mais dans l’autre sens… Je vous souhaite une merveilleuse aventure, et qui sait, on se croisera peut-être sur l’eau !

    • Merci Severine, c’est cool de ne pas se sentir seuls a partir avec un peu de retard 😉 A vous aussi nous souhaitons de belles grandes vacances sous le soleil et dans le vent. Quel est votre parcours ? Nous pourrions peut-etre nous croiser ?

  2. je vous souhaite des belles navigations et d’agréables rencontres. N’oubliez pas le bonheur c’est la capacité de s’émerveiller des choses simples!

  3. Bon vent Florence !!! je vais suivre votre aventure avec beaucoup de plaisir (et d’envie !).
    Bise, Isabelle

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