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Comment vit-on un an après le retour ?

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Quand on part en grande croisière pour plusieurs mois, les Cassandre sont nombreux à pronostiquer un retour délicat, une difficulté à se réinsérer, voire une déprime. Ceux là généralement ne partent jamais ! Mais il faut bien avouer que le voyage laisse des traces et que le retour signe la fin d’une parenthèse…  Voici le bilan que nous avons fait, un an après avoir posé sac à terre.

Cette image d’un cimetière coloré et accueillant à St Barth est un clin d’oeil de second degré ! Je l’ai choisie parce que rentrer est forcément un peu mortifiant, mais que le deuil de la vie passée peut être joyeux si on l’accepte pour passer à autre chose !

  • Les premières (et secondes) impressions :

Retrouver ses amis, le confort d’une maison et se « poser » est quand même bien agréable (les voyageurs au long cours, sur plusieurs années, reviennent souvent en métropole, régulièrement). De fait, une fois à terre, on ne doit plus gérer en permanence le bateau, la logistique est plus simple, on a moins de contraintes, et on retrouve ses racines et ses amis. Bref, c’est comme des vacances.

On retrouve des journées qui s’étirent, car le soleil brille bien après 18 heures… On enchaîne les soirées de retrouvaille avec les copains, à qui on raconte – sans trop fanfaronner – ses « exploits ». On se projette dans une nouvelle vie : racheter un véhicule, retrouver une maison (temporaire ou non), inscrire les enfants à l’école etc. Ces nouveaux projets nous poussent en avant. Pour peu que comme nous vous ayez la chance de présenter votre voyage et votre bateau au Grand Pavois et dans Voiles & Voiliers (voir ici si cela vous intéresse) l’aventure continue à travers images et récits.

Même retrouver le travail – et un salaire – a été pour moi une perspective agréable, du moins au début. L’accueil de mes collègues a été très chaleureux, et pour bien me signifier que je lui avais manqué mon manager m’a harassé de travail. J’avais envie de retrouver ma légitimité, mon cerveau frétillait d’impatience. Mais… il n’était plus au niveau ! Ma mémoire et mon raisonnement n’étaient plus aussi vifs qu’avant : entre temps, j’avais fait un switch de compétences et (presque) tout oublié ! J’avais surtout du mal à me concentrer et rester assise sur une chaise pendant des heures. Je cherchais mes mots, les noms à mettre sur les visages et j’avais oublié la quasi totalité des acronymes dont sont friandes les grandes sociétés. Bref le corps était là mais la tête pas à 100%.

Le retour à la normale a été très progressif et j’ai cumulé la fatigue, au point de devoir arrêter toute activité connexe (Qi gong, ukulélé…) et de me retrouver 6 mois plus tard avec 10 de tension. En consultant les camarades rentrés comme nous au terme d’un long périple nautique, force a été de constater que nous étions unanimement très fatigués, plus lents, plus épicuriens et bien moins obnubilés par le travail qu’avant. En contrepartie, il y avait aussi un consensus sur le fait que nous étions pleins d’idées et motivés par l’envie de repartir…

  • Le travail, les horaires, la routine…

Le plus dur est sans conteste d’abandonner la liberté d’action propre au voyage et de retrouver les mesquineries sociales. Le travail n’est pas en soi inintéressant mais les relations y sont souvent inutilement tendues, contre-productives et on perd son temps à négocier et lutter contre les egos… au lieu de boire des Caïpirinhas sous les palmiers !

Et puis objectivement, une fois la journée de travail terminée, il reste très peu de temps pour vaquer à ses passions, s’occuper de ceux qu’on aime… et même dormir ! Les horaires reprennent le contrôle de notre vie et la routine nous écrase de sa torpeur, sans que la moindre petite tortue vienne nous émerveiller… et nous réveiller. Heureusement le tableau n’est pas si noir, ni permanent, et il existe des moyens de garder des étoiles dans les yeux !

  • Les nouveaux projets

Pour beaucoup de nos amis qui sont rentrés en même temps que nous, le retour était synonyme de la fin d’un rêve et du retour à la réalité  – cette dernière étant souvent perçue comme sclérosante. Pour garder la motivation, dès notre retour nous nous sommes plongés dans le projet d’un Raid en 4 L dans les Alpes : un challenge dépaysant, nécessitant de l’investissement mental et de la préparation. Cela nous a maintenu en « mode projet », surtout mon chéri qui en rentrant s’est retrouvé jeune retraité…

Par ailleurs nous avions déjà quelques projets en tête. Mais pour mieux les réaliser, nous avons laissé de côté – pour quelques temps – le dossier grande croisière. Rassurez-vous notre nouveau leitmotiv n’en est pas très éloigné : il consiste à trouver des moyens de financer un départ beaucoup plus long :-))) !

Nous nous sommes donc engagés dans diverses activités visant à générer des revenus réguliers et durables : faire de la location saisonnière, donner des cours, investir dans l’immobilier… nous explorons de multiples pistes ! Cela prend du temps, mais nous n’avons que trop tardé (nous ne sommes pas de grands financiers). il faut donc garder le cap, et rester sereins. Concilier tout cela avec la logistique du quotidien et le travail devient un jeu, où la patience a aussi sa place. Au passage on apprend beaucoup, et c’est une stimulation qui se rapproche des découvertes faites en voyage…

Au final, c’est vrai sur le spleen nous rattrape de temps en temps ! Mais c’est normal et presque fun de mesurer les effets du voyage sur notre évolution, le tout étant d’accepter ces nouveaux points de vue. C’est avec ce nouveau « moi », ce nouveau « nous », qu’il faut progresser et tendre vers un nouveau but, quel qu’il soit. C’est le cycle de la vie… et peut-être la preuve que l’on grandit.

Et vous comment voyez-vous le « retour sur terre » ?

Crédits photos : fboy

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