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Faut-il encore avoir peur des pirates ?

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Faut-il encore avoir peur des pirates ?

Cette question se retrouve régulièrement dans les posts des groupes de marins au long cours sur Facebook, je me permet donc de donner mon avis. Je le complète avec des infos officielles, histoire de vous convaincre de ne jamais abandonner vos rêves, ni par peur d’être agressés, ni par ignorance. Après tout statistiquement la vie est autrement plus risquée à terre !

WALLILABOU BAY – la baie des pirates des Caraibes
  • Les pirates ne sont plus ce qu’ils étaient

Les pilleurs modernes sont loin d’avoir le panache des Robins des mers, pirates au grand coeur et autres personnages hauts en couleurs qui nous ont fait  rêver dans notre enfance à travers le cinéma ou des auteurs comme Robert Stevenson. Aujourd’hui, qu’ils soient armés de kalachnikov ou de machettes, les seuls points communs des pirates modernes avec leurs ancêtres sont l’illégalité, le rançonnement, le meurtre, l’ampleur planétaire et la difficulté de contrôler leurs exactions.

Avec de plus en plus d’Etats défaillants et des situations économiques parfois critiques pour les populations, la piraterie moderne connaît un regain depuis quelques années : quand l’économie est en faillite, les marins et notamment les pêcheurs s’improvisent pirates pour échapper à la faim et à la misère ! N’étant pas toujours armés, leurs cibles sont de préférence les plaisanciers, mais aussi quand ils ont des moyens de coercition les cargos, pétroliers, porte-containers et plateformes pétrolières. Ils prélèvent matériel, nourriture et parfois font des otages. Etre une femme dans ces cas là n’est pas un atout :-(( Les attaques se déroulent principalement la nuit, pour assurer l’effet de surprise, mais peuvent aussi être menées au grand jour. En 2016 les enlèvements en mer ont connu leur plus haut niveau depuis 10 ans.

  • Les zones à risques 

Après des années noires, les attaques sont moins fréquentes au large de la Somalie suite à la mise en place de dispositifs de surveillance et d’accord internationaux (on les compte sur les doigts d’une main). Mais  des groupes pirates y demeurent actifs et le risque de résurgence de cette menace restera fortement prégnant tant que la situation économique et politique ne sera pas résolue en Somalie. En revanche le risque s’accroît dans le golfe de Guinée, principalement au Nigéria, avec des modes d’actions plus agressifs (notamment des prises d’otages éprouvantes) et une forte extension de leur rayon d’action. Les réseaux de pirates se maintiennent aussi dans le détroit de Malacca, dans le sud de la mer de Chine méridionale, et plus discrètement aux Caraibes.

Dans le détail on trouve sur le web les indications suivantes des zones actuellement à risques :

  • Dans le Golfe de Guinée, les zones à très fort risque sont : le fond du golfe de Guinée entre la frontière Libéria-Côte d’Ivoire et la frontière République démocratique du Congo-Angola. Les zones à risques sont : les eaux territoriales et le large de la Guinée, de la Sierra Leone, du Libéria et de l’Angola.
  • En Océan Indien, les zones à très fort risque sont :
    • Le Golfe d’Aden dans son ensemble (y compris la partie méridionale des eaux territoriales du Yémen et d’Oman), et le bassin somalien, le Golfe du Bengale, notamment les côtes méridionales du Bangladesh et la côte birmane.
    • Les zone à risque sont : la mer Rouge, le reste de l’Océan Indien jusqu’au canal du Mozambique, et la zone comprise entre les Seychelles, les Maldives et les Laquedives.
  • En Asie du Sud-Est, les zones à très fort risque sont :
    • le détroit de Malaca, les eaux situées à l’ouest de la Malaisie péninsulaire et le long des côtes de Bornéo (côtes du Sarawak, du Sabah et du Brunei) ainsi que les eaux séparant les Philippines de l’état malaisien du Sabah (mer de Sulu notamment).
    • Les zones à risque sont : le golfe de Thaïlande, et toutes les eaux séparant le Vietnam, les Philippines et le nord de Bornéo situées au sud de 10° de latitude nord, les mers de Java, de Banda et des Celebes.
  • En Amérique, les zones à risque sont : les eaux territoriales du Pérou, la mer des Caraïbes (et notamment ces derniers mois le Vénézuela), ainsi que les côtes bordant les Highlands Brésiliens (c’est là que nous nous sommes fait agresser en pleine nuit par deux bateaux de pêche, lisez ici si cela vous intéresse).
  • Quelques précautions à prendre pour être plus sereins :

Voici les conseils que donne le site « diplomatie » du gouvernement, enjoignant les navigateurs à :

  • s’informer auprès des ambassades et consulats français et des autorités portuaires ou maritimes compétentes avant d’entreprendre une navigation ou une traversée
  • s’inscrire au contrôle naval volontaire en Océan Indien, dans le golfe de Guinée et en Asie du Sud-est (Courriel : centcoopnav chez marine.defense.gouv.fr)
  • prendre systématiquement contact avec les commandants des zones maritimes concernéss avant et pendant toute traversée dans une zone de risque
    • Golfe de Guinée : Etat-major de l’amiral commandant la zone maritime Atlantique (CECLANT). Téléphone : +33298220664. Courriel : combrestchez premar-atlantique.gouv.fr et com-brest.n2.rens chez marine.defense.gouv.fr
    • Océan Indien : Officier de quart ALINDIEN MARSEC. Tel : 00 971 265 74 265. Courriel : alindien.marsec chez defense.gouv.fr. Facebook : alindien.marsec.
    • Sud-Est asiatique : Etat-major de l’amiral commandant la zone maritime du Pacifique (ALPACI) – Téléphone : +689462432 ou +689791971 – Courriel : comsupopem chez armees-polynesie.pf ou Officier de liaison IFC Singapour. Téléphone : +6597247080 – Courriel : fr.ilo.ifc chez gmail.com
  • s’assurer du bon fonctionnement de leurs moyens de communications (téléphone satellite, VHF…) et des moyens électroniques du bord (GPS, AIS, radar, balise EPIRB,…)
  • informer une personne restant à terre de la route qu’ils comptent emprunter, lui laisser un document qui présente le voyage initialement prévu, la composition de l’équipage, les caractéristiques du navire et ses moyens de communication ;
  • tenir régulièrement informée cette personne restée à terre de la position et convenir des jours et heures des contacts téléphoniques ou par courriel ; laisser une consigne claire visant à prévenir la gendarmerie ou la police nationale… ou le CROSS qui pourra coordonner des recherches
  • maintenir une veille permanente anti-piraterie 24h sur 24
  • ne pas mouiller trop près des côtes dans les zones sensibles
  • éviter le cabotage de nuit et la navigation isolée
  • rester discret lors des escales sur le programme à venir (dates, parcours)
  • assurer des tours de garde dans les ports les plus sensibles

A cette liste j’aimerais ajouter qu’en cas d’attaque avérée, c’est le moment d’envoyer par VHF un MAYDAY ou un message spécifique « piraterie » par DSC voire plus discrètement d’appeler par satellite le CROSS Gris-Nez qui coordonnera l’alerte et les secours. Evitez d’activer la balise EPIRB, qui faute de transmettre l’information adaptée, déclenchera des secours médicaux et non une assistance armée. Si l’attaque est nocturne, pensez à couper toute émission qui pourrait aider les pirates à vous repérer : coupez l’AIS, éteignez toutes les lumières (dissimulez même le ou les compas, tous instruments éteints) et faites diverses manoeuvres pour brouiller les pistes et voir s’il parviennent ou non à vous suivre… ça a marché pour nous, alors pourquoi pas pour vous ?

  • Et concrètement quand ils sont là, que faire ?

Je vous encourage à vous poser quelques questions sur la façon dont vous aimeriez accueillir vos visiteurs : faut-il avoir une arme à feu à bord et/ou préparer un comité d’accueil ? Faut-il les laisser monter à bord ? Faut-il prévoir une cagnotte en dollars qui servira de « fusible » pour les satisfaire ? Une cachette où dissimuler les objets de valeur, etc.

A bord de Moana nous avons choisi de ne pas avoir d’armes à feu, qui peuvent vite se retourner contre nous et faire basculer la situation dans le drame absolu – surtout si en face les pirates ont des mitraillettes ! Par contre nous sommes prêts à utiliser un fumigène pour mettre le feu au bateau qui nous aborderait, et à détourner le WD 40 stocké dans la descente pour aveugler nos agresseurs…  Si on suppute que ces derniers seront pieds nus, on peut jeter des punaises dans le cockpit et sur les passavants puis se planquer à l’intérieur ! Bref en réfléchissant il y a beaucoup d’idées à trouver…

Il est clair que le but est de retarder la prise d’assaut du bateau car alors il n’y a plus grand chose à faire. Et si votre appel au secours a été entendu (cf supra), l’arrivée d’un sauveteur peut suffire à faire fuir les pirates. Pour tenir encore plus à distance les assaillants, un pistolet à fusées peut permettre de les incendier de loin… mais ce matériel n’est pas autorisé partout et peut vous attirer des problèmes… avec les autorités cette fois. Enfin, avoir une vraie cachette pour les objets précieux ou indispensables, quelques leurres à sacrifier (montre, téléphone…) et un peu de liquide en dollars sous la main peut aussi aider…

Et vous, comment voyez vous les choses sur ce sujet ?

Crédits photos : fboy

Sources : sites www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/infos-pratiques/risques/piraterie-maritime/, site Piraterie maritime, site RFI. Voir aussi le forum www.hisse-et-oh.com.

1 COMMENT

  1. Bonjour,
    Les coordonnées du contrôle naval volontaire ont changées.
    Le Centcoopnav a changé de nom. Le MICA CENTER est maintenant compétent.
    Je peux vous fournir le flyer de présentation si vous le souhaitez.
    De plus les plaisanciers peuvent depuis la sortie de la nouvelle instruction interministérielle du 29 avril 2019 participer à la coopération Navale.
    A bientôt

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