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La Martinique est besogneuse, volcanique et sauvage !

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Quand on arrive dans ce petit bout de France au milieu de l’Atlantique, on est ravi de se sentir un peu « chez soi » tout en bénéficiant des merveilles de la nature et de la culture créole. L’ancienne île aux Fleurs n’est peut-être pas la plus belle des îles antillaises, mais elle a du caractère !

La Martinique est ronde, toute volcanique, et un peu plus petite que la Guadeloupe, sa demi-soeur. La rivalité entre les îles est latente, mais sans objet car elles ont chacune des caractéristiques bien différentes, à l’image de leur histoire et de leur géographie. Pour résumer on peut dire que la Martinique est plus montagneuse et sauvage que balnéaire, a contrario de la Guadeloupe, surtout réputée pour ses plages.

  • Si vous êtes en bateau, choisissez bien votre marina !

Motivés, nous quittons Sainte Lucie au petit matin et passons la journée sur l’eau, dont près de la moitié du temps à tirer des bords dans la baie de Fort de France, longer le port de commerce, les cargos et les paquebots puis remonter jusqu’à la mangrove pour trouver la nouvelle marina d’Etang Z’abricot.

Après plus d’un mois de mouillages successifs, se poser au ponton est reposant. Et pourtant, au regard des infrastructures portuaires commerciales qui occupent une partie du littoral de la baie, cette marina est bien décevante. Elle est éloignée de tout, les douches sont mal entretenues et il n’y a aucun service de proximité digne de ce nom. Même le wifi est défaillant ! Lancée en 2015, la marina ne tient pas ses promesses : elle n’a attiré que deux commerces, une boulangerie et une pharmacie. Pas de supérette, pas de laverie, pas de location de voitures et les bus ne passent pas aux arrêts...

Etang Z’abricot est devenue progressivement un « parking à bateaux » pour les navigateurs intermittents car de fait ses tarifs sont attractifs – à la mesure de ses lacunes. Nous y restons une semaine en attente d’un diagnostic pour mes problèmes d’estomac. Heureusement un copain de Normandie arrivé la veille, François – et son ami Bruno (dit Bubu) – nous aident à passer le temps fort agréablement…

Mais lassés de notre isolement et ne pouvant rien faire d’utile, nous décidons de migrer vers la marina « historique » du Marin, pour entamer les réparations nécessaires sur le bateau. La liste est longue : réparer la grand voile, revoir l’étanchéité des cadènes, retendre l’étai, vérifier le mât, changer d’ancre, installer un nouveau panneau solaire, récupérer un nouvel hydro -générateur, réparer le frigo – encore et toujours – inverser le sens du réservoir de gasoil, nettoyer les fonds, réparer à l’enduit les bobos de la coque, réparer le fond de l’annexe qui fuit, caréner si possible etc. Qui a dit qu’un voyage au long cours c’était des vacances ????

Une navigation agitée et gîtée nous mène donc au Marin, en frôlant le rocher du Diamant. L’arrivée dans la baie pleine de cayes et de « trous à cyclone » est splendide et la marina se révèle très pratique, animée et facile à vivre. Véritable ville dans la ville, le Marin reste le port où bat le cœur de la plaisance en Martinique. Nous pouvons enfin communiquer avec nos familles, gérer les urgences et retrouver nos amis : François et bubu, arrivés avant nous, mais aussi Sylvie, qui tient un studio photo et son ex-mari qui a créé ici une école de kite-surf…

  • Fort de France : une capitale au charme discret

Si elle a détrôné Saint-Pierre de son rang de capitale, suite à l’éruption de 1902 qui a détruit la ville et tué 30.000 habitants, Fort-de-France n’a pas conquis tous les cœurs. Certes elle abrite les grandes administrations et l’activité portuaire commerciale, certes elle concentre un tiers de la population de l’île (120.000 âmes), mais elle ne brille ni par ses monuments, ni par son ambiance – plutôt affairée qu’indolente. D’ailleurs on est vite lassés des embouteillages qui bloquent la ville aux heures de pointe. On y trouve cependant tout ce dont on a besoin dans les commerces, une magnifique cathédrale, un fort un peu austère mais imposant – qui donne sur un joli mouillage, un marché couvert bien achalandé, quelques petites places charmantes… mais sans unité architecturale.

Les incontournables de la ville sont la promenade en front de mer et l’esplanade tropicale de la Savane, la Cathédrale Saint-Louis entourée de palmiers, l’imposante préfecture, le musée régional d’histoire et d’ethnographie et surtout la bibliothèque Schoelcher. Ce meccano de pierre et de métal néo- baroque a été édifié à la mémoire de Victor Schoelcher, qui eut un rôle décisif dans l’abolition de l’esclavage (que Napoléon Bonaparte réussit à retarder). La bibliothèque abrite plus de 10.000 livres de littérature française et étrangère légués par le libérateur. Elle fut présentée à l’exposition coloniale de 1889 à Paris puis transportée et remontée rue de la Liberté à Fort de France. C ‘est une curiosité à voir !

Des écosystèmes contrastés : au Sud, plages, hauts fonds et marais…

A la sortie du village du Marin, il est possible d’avoir un aperçu de la variété des paysages du Sud de la Martinique en montant au Morne Gommier, où une plateforme aménagée offre un point de vue grandiose, à près de 360°. Outre la vue sur la baie du Marin, on distingue les plages de sable blond de la presqu’île de Sainte-Anne (petit village resté authentique malgré l’implantation du Club Med) puis les marais salants – derrière la plage des Salines – et enfin les voiles des kite-surfs planant autour du Cap Chevalier et des plages au vent qui s’étirent jusqu’au Vauclin. De l’autre côté, la langue urbaine qui s’étire vers Fort-de-France pousse le regard vers la mer avec au loin le rocher du Diamant et « la femme couchée » (surnom du Morne Larcher).

En partant vers Fort de France depuis Le Marin, après une visite passionnante à l’Ecomusée de Martinique, on atterrit vite à Sainte-Luce. C’est un joli village de pêcheurs, resté populaire mais converti au tourisme. Si vous y êtes à l’heure du déjeuner, c’est le moment de manger des langoustes ou des lambis en bord de mer (je vous recommande pour cela la « Baraque Obama »).

Ensuite, soit vous profitez comme nous du spectacle des régates de yoles (voir les dates sur place), soit vous poursuivez votre route, soit vous empruntez le sentier littoral qui part de la gendarmerie (4 km), soit vous cherchez une plage pour faire la sieste. Autant pousser alors jusqu’au village du Diamant, où les rouleaux qui viennent mourir sur la plage vous berceront quand vous fermerez les yeux sur le plus fameux rocher des Antilles. En repartant par la route côtière vers les Anses d’Arlet, ne ratez pas le point de vue aménagé pour l’admirer d’en haut !

Une fois aux Anses d’Arlet, vous serez sans doute comme nous séduits par l’église Saint-Henri et le ponton qui se jette dans la mer. Si vous le pouvez, allez vous baigner la plage : la houle y est moins forte qu’au Diamant et les fonds sont superbes. Les petits mouillages autour sont très sympas, avec restaurants et cafés où l’ambiance est cool, musicale et festive. La route vous mènera ensuite vers les Trois Ilets, l’un des plus beaux villages de Martinique. Authentique mais attrayant car architecturalement cohérent, c’est un havre de paix au regard de l’agitation tape-à-l’oeil de la marina et de la Pointe du Bout… Quand on vient de plages peu fréquentées on trouve ces lieux un peu surfaits, mais ce sont des « banlieues » balnéaires prisées le week-end pour les habitants de Fort de France !

Sur la face Sud-Est de l’île, les plages au vent expriment leur rudesse. Une randonnée de deux jours, la Trace des Caps, permet de rallier Sainte-Anne au Vauclin, en parcourant une succession de grèves encore sauvages, battues par les vents et peu fréquentées. Le Vauclin aussi reste rustique : c’est un port de pêche actif mais dans son jus, qui vaut surtout pour ses hauts fonds et son exposition aux alizés, lesquels font le bonheur des kite-surfeurs et des planchistes, à la plage de la Pointe Faula (l’UCPA y a un centre, c ‘est dire). Le François n’est guère plus passionnant, si ce n’est pour une succession d’anses et de hauts fonds, protégés par la barrière de corail, dont la fameuse «  baignoire de Joséphine », très fréquentée par les touristes (prévoir a minima une ½ journée).

A la sortie du François se trouve l’Habitation Clément, où est produit le rhum éponyme. Pour avoir visité plusieurs rhumeries, je peux vous dire que celle-ci est un vrai domaine colonial qui reflète la grande époque sucrière de la Martinique. Le parc est magnifique, semé d’oeuvres d’art moderne, l’usine est très bien aménagée pour une visite pédagogique et l’habitation créole en elle-même est superbe, ainsi que toutes ses dépendances.

La visite se fait avec des audio guides bien conçus, mais on rencontre aussi les ouvriers voire le maître de chais qui vaquent à leurs occupations et répondent courtoisement si on les sollicite. La dégustation finale, bien orchestrée, met un terme à ce très bon moment.

Quand nous sommes passés au Robert, nous avons jeté un œil sur les îlets mais foncé vers la presqu’île de la Caravelle pour déjeuner : à la sortie du joli village de Tartane se trouve Mamy Nounou (Hôtel Caravelle), un restaurant que Sylvie nous avait recommandé. La cuisine est bonne, avec une pointe d’ originalité et la vue sur mer ravit les yeux. Ce n’est pas donné (autour de 30 euros/pers) mais certains grills de bord de route sont à peine moins chers ! Le temps de faire une petite sieste et nous voilà rendus au Chateau Dubuc, qui n’est pas vraiment un château, mais les vestiges d’une habitation qui produisait du sucre, du rhum et du café. L’ingéniosité des bâtiments et des moyens mis en oeuvre est vraiment bluffante.

Nous enchaînons avec la randonnée de la pointe de la Caravelle (6,5 km) réputée magnifique. Mais nous nous contentons de rallier le phare, car la nuit tombe…

  • Au Nord, le volcan, les forêts et les montagnes

Si vous n’avez pas le temps de sillonner le cœur montagnard de la Martinique, la Route des Crêtes qui relie le Marin à Saint-François en donne un aperçu, tout en offrant des vues superbes sur la côte atlantique. De même à quelques km au nord-est de Fort de France, la Route de la Trace offre un itinéraire panoramique en s’engouffrant dans la végétation tropicale et dessert quelques beaux chemins de randonnée.

Les moins sportifs pourront découvrir la végétation tropicale au jardin de Balata, un parc floral créé par Jean-Philippe Throze. Ce paysagiste de renom a glané à travers le monde des milliers d’espèces et de variétés de plantes, qu’il a agencées artistiquement dans ce lieu magique, que vous pourrez même voir d’en haut, grâce à un parcours dans les arbres. C’est une des attractions les plus connues de l’île. A visiter quand il fait beau !

A l’aller ou au retour, ne manquez pas de vous arrêter à l’église du village de Balata, curieux modèle réduit du Sacré-Coeur de Paris... Le maire de l’époque avait décidé de faire de Balata un « Montmartre des antipodes » : il a laissé de ce projet ce seul – mais fascinant – témoignage.

En poursuivant notre incursion au cœur de l’île vers Fonds Saint Denis on trouve aussi une cascade très facile d ‘accès et propice à la baignade : le Saut du gendarme, appellation dont l’origine donne lieu à de multiples interprétations, ce qui nourrit le charme du lieu. Là encore, cela ne donne qu’un aperçu des trésors naturels qui peuplent les montagnes, à découvrir par de multiples randonnées.

Tout au Nord, aux pieds du volcan, la nature est encore plus rude. La mer est forte, le sable noir et les villages sont isolés et très rustiques : le charme des bouts du monde ! Surpris par la pluie, nous ne nous y attardons pas. Nous sommes plutôt attirés par Saint-Pierre. L’ancienne capitale ravagée par l’éruption de la montagne Pelée en 1902, est une ville quasi-minérale, comme figée dans un espace-temps doux-amer.

L’ex « petit Paris des Antilles » offre un contraste poignant entre ses vestiges de pierres noircies – sobrement mis en scène – et les constructions récentes du bord de mer – promenade, CCI, halle forgée du marché aux poissons – qui témoignent que la vie a repris ses droits, sans retrouver les fastes d’antan. Le mouillage est vaste et assez confortable, avec une vue imprenable sur la montagne pelée et les éternels nuages qui cachent son sommet. Les villages qui se succèdent entre Saint-Pierre et Fort de France sont selon moi plus jolis à voir depuis la mer, en remontant la côte, qu’à terre. Mais vous avez le droit de ne pas être d’accord !

D’ailleurs, donnez votre avis, ça nous intéresse !

Crédits photos : fboy

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