La remontée du Nord Brésil : pas si facile ! (1/3)

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Il nous aura fallu près de 13 jours, dont 9 de mer, pour rallier les Iles du Salut, en Guyane, depuis la marina de Jacaré, soit une distance d’environ 1400 milles, en trois étapes. Filets, échouages, pot au noir musclé puis agressions, ça n’a pas été qu’une partie de plaisir ! On vous raconte tout… en trois articles. Voici le premier.

Jacaré

  • Un départ émouvant de Jacaré :

Après un mois passé à la marina Jacaré Village, même si nous avons voyagé pendant 15 jours dans le pays (voir ici pour Rio et ici pour Salvador), le départ a été un moment fort. Cette marina est si conviviale qu’à force de concerts, soirées barbecues, anniversaires et coups de main de ponton, les amitiés se créent vite. Difficile de partir, quand tous les copains de bateau viennent vous saluer sur le quai et vous aider à larguer les amarres… Qu’est-ce que ça doit être pour ceux qui laissent leur bateau un an ou deux ici et qui vivent pendant de longs mois « comme en famille » ! Heureusement ce moment d’émotion allait vite laisser la place à la navigation, le fleuve exigeant de veiller aux bancs de sable. Nous mettons le cap sur notre première escale, les Lençois, parc naturel abritant des dunes immenses donnant sur des lagunes et des forêts désertiques…

ciel de mer

Comme d’habitude, nous avons plus de vent que prévu (25 nœuds vs 10), ce qui permet à Moana de faire de belles moyennes (souvent 150 milles par jour). La première journée est plutôt cool, on croise une tortue et on héberge des oiseaux clandestins à bord. La nuit débute dans le rougeoiement des champs de canne à sucre incendiés, puis on croise quelques cargos et des pêcheurs en groupe, dont les mouvements sont difficiles à discerner car ils n’ont pas de feux indiquant leur cap, seulement de gros feux blancs pour la pêche… Difficile de savoir s’ils vont sur nous ou s’ils s’éloignent, d’autant qu’aucun n’émet de signal AIS, permettant d’éviter les collisions. L’un deux d’ailleurs manque de nous percuter (il fonce puis s’arrête net sous notre nez). Rien de grave… mais cela nous décide à tirer au large, pour être plus tranquilles. Le lendemain se passe sereinement vent arrière avec le genois tangonné. On doit juste régler de nouveau le pilote automatique qui ne répond plus correctement depuis qu’on a changé son moteur (noyé durant la transat, pour rappel). Mister Linck ajuste les réglages et hop c’est reparti…

  • Un anniversaire mouvementé :

mister-linck-2

Le 10 décembre, c’est l’anniversaire du capitaine, qui reçoit un pavillon français dédicacé en cadeau de nos amis « les Pilhaouers » ! Mon cadeau à moi est encore virtuel… on en reparlera. C’est une belle journée ensoleillée, on s’étonne que le panneau solaire ne débite pas : eh bien voilà, les fils d’alimentation sont oxydés sur toute leur longueur par l’air marin, et donc l’électricité ne passe plus ! Après l’hydro-générateur dont on n’a toujours pas trouvé la panne, cela nous condamne à ne générer d’énergie qu’au moteur (avec l’alternateur). On rit jaune en pensant que si on veut faire jouer le garantie, on nous dira surement qu’un panneau solaire souple ne doit pas être laissé dehors aux embruns !!!

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Le lendemain matin, la visite de deux groupes de trois grands dauphins (tursiops) nous met du baume au cœur, on met même des lignes de pêche à l’eau : sur trois prises, l’une casse la ligne, deux décrochent. On est pas très efficaces côté pêche ! Avec une mer agitée, la tentative de regarder un film est également avortée, le disque dur étant trop secoué pour accepter de lire les fichiers… Vous comprenez pourquoi on n’écrit pas sur le blog en mer !

Dans la nuit un filet nous ramène aux réalités et profite d’un moment d’inattention de Mr Linck pour se prendre dans la quille. Il faut dire que les filets ne sont presque jamais éclairés donc on joue à la roulette russe ! Ca fait un bruit de câbles d’acier qui s’enroulent et se tendent… et le bateau s’arrête. Avec la grosse lampe torche on trouve vite le coupable et on voit au loin le pêcheur propriétaire, qui ramasse d’autres filets. On lui fait des signes lumineux pour qu’il vienne nous aider à décrocher proprement son engin de pêche. En vain. On n’attend pas des heures et testons diverses approches : on tente une marche arrière à la voile, au cas où cela suffirait à désengager le filet. Ca ne marche pas. On tente d’attraper un bout de filet pour couper le flotteur ou la trémaille avec un manche à balai armé d’un couteau bien tranchant : on perd la gaffe dans la manœuvre car le filet tire trop fort. On affale la grand voile pour qu’elle ne génère plus d’erre et que le bateau dérive sur le filet (en l’aidant à la barre of course). On part alors chercher un croc qui nous sert d’habitude à amortir le mouillage, doté d’un long bout. Avec ce croc Mister Linck attrape le filet « au lasso » et on le remonte au winch avec le bout. Il est alors assez facile de couper la trémaille et le flotteur, avec un simple couteau à pain…

dsc_0950Quel soulagement quand le filet s’enfonce et libère notre quille ! Le bateau repart immédiatement, on envoie les voiles. Le pêcheur revient sur nous mais cette fois nous nous efforçons de l’éviter : il n’est pas venu nous aider, nous avons dû nous débrouiller, nous sommes désolés mais on ne lui doit rien. On espère d’ailleurs que le moteur n’a pas subi d’avarie dans l’incident. On le teste… C’est bon. Le contrecoup du stress et des efforts physiques est brutal, nous tombons de fatigue, et faisons des quarts rapprochés pour récupérer. Le lendemain midi on mange des pâtes au foie gras pour fêter ça !

  • Les Lençois, une des perles du nord Brésilien

dunes lençoisVers 16 heures nous arrivons à l’ilha do Lençois, sous deux grains successifs alternant petite pluie, pétole puis rafales et enfin averses. Qu’importe, la côte est superbe, dominée par des dunes de plus de 25 m de haut et ourlée de forêts. Une vaste baie s’ouvrant sur des chenaux s’offre à nous, apparemment totalement sauvage. En approchant on discerne une plage à la pointe, où se dressent trois carbets, et quelques bateaux de pêcheurs qui viennent ici passer la nuit. On tourne un peu sur la zone derrière cette plage (on nous a dit « juste après le bout de l’île tu peux mouiller en sécurité ») et on hésite à aller plus loin car en tentant d’avancer nous passons sur des fonds de 40 cm sous la quille, ce qui est n’est pas très rassurant. Il y a d’ailleurs là un banc de sable où sont plantés trois palmiers qui dépassent à marée haute, comme un avertissement au navigateur !

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Nous mouillons d’abord juste à côté de la plage dans 5 m d’eau, mais le bateau roule car la mer est trop proche. Donc nous allons jeter l’ancre un peu plus loin, dans 180 cm d’eau, que le marnage très important se chargera de réduire à zéro. Comme le fond est constitué de vase, nous craignons une mauvaise tenue de l’ancre et le choix de Mister Linck est de mouiller dans peu d’eau pour échouer à plat et donc ne pas risquer de déraper puisque la quille sera prise. Nous fêtons son anniversaire dignement cette fois dans un cadre idyllique (avec bougies, gâteau etc), tandis que les pêcheurs font un feu de camp près des carbets, que la forêt grouille de vie… Nous sommes (presque) seuls au monde dans cette baie magnifique, sous la lune bienveillante. Nous apprendrons plus tard qu’il aurait fallu passer l’autre bout de l’ile pour mouiller face à un village pittoresque installé aux pieds des dunes… Nous avons sans doute raté quelque chose, mais nous étions plutôt contents de notre sort.

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Quand nous repartons le lendemain, un peu à la hâte car la marée est plus rapide que prévue (décalage entre le port principal et cette zone éloignée), nos amis du bateau Sarama – Patrick et Fabrice – nous appellent à la VHF… car eux sont en train d’arriver. Nous échangeons des tuyaux mais suivons chacun notre route, la notre visant désormais Soure, un petit village à l’entrée du fleuve Para qui nous permettra de rejoindre Belem pour faire les papiers de sortie du Brésil. Belem a très mauvaise réputation en termes de sécurité, notamment pour les marins, et on nous a conseillé cette escale en amont, qui nous permettra d’y aller en ferry.. On ne sait pas encore ce qui nous y attend…

Crédits photos : fboy

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