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Premiers soins : la prévention avant tout (1/3) !

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En bateau, le premier soin c’est de prévenir les problèmes. Lapalissade, me direz-vous ! Mais comme la mer est facétieuse, un malaise ou une blessure sont vite arrivés. En trois articles, je vous donne des tuyaux qui vous dépanneront en respectant les principes du PAT : Prévenir, Alerter, Traiter. Pour le premier article on commence par la prévention.

  • Au préalable, anticipez les risques « techniques » donc :

    • prenez la météo et décidez du programme en fonction du temps, du bateau, de la zone de navigation et de l’équipage (équipiers… et skipper !)
    • vérifiez régulièrement l’état du bateau et entretenez-le au niveau moteur, gréement, vannes et passe-coques, système de barre, électronique de bord et équipements de sécurité (veiller aussi à la maintenance  des voiles, du mouillage etc n’est évidemment pas un luxe)
    • veillez à avoir des équipements de sécurité adaptés et entretenus : gilets de sauvetage (si le bateau est enregistré pour 6 personnes, il faut 6 gilets), harnais et longes + lignes de vie, bouée fer à cheval et feu à retournement, BIB à jour, VHF portable etc (voir ici tous les équipements de sécurité de MOANA si vous voulez une liste exhaustive).
    • prenez la mesure des compétences techniques de vos équipiers et entraînez-les à progresser : barrer à toutes les allures, manoeuvrer à la voile, manoeuvrer au moteur, alerter les secours à la VHF, arrêter le bateau puis récupérer un homme à la mer, pendre la météo, faire la nav, etc. Demain si le skipper tombe à l’eau, il faut que quelqu’un puisse venir le récupérer ! Les stages de sécurité et survie sont très complets et efficaces pour se préparer au pire.
  • Il faut aussi veiller à la santé et au moral de l’équipage :

    • Evitez les blessures en portant des chaussures de pont (que de petits orteils cassés sur l’accastillage !), un chapeau/casquette sur la tête (amortisseur de chocs et protection solaire) et des gants de voile (qui n’a pas eu une mains brûlée par un bout qui file ?). Par ailleurs, manipulez le matériel de pêche avec des gants, des chaussures au pied et la plus grande prudence, car un hameçon planté dans un doigt n’est pas une sinécure !
    • Echappez aux brûlures en n’intervenant jamais sur un moteur chaud ni en cuisinant en short et pieds nus. Si on navigue et cuisine avec de l’eau bouillante sur le feu le ciré s’impose ainsi que des chaussures – pas des bottes car l’eau y pénétrerait. Les brûlures causées par l’eau bouillante sont a minima de 2nd degré et nécessitent parfois une intervention des secours !
    • Endiguez les infections, dans un environnement humide et salin :
      • lavez-vous tous les jours, au moins avec des lingettes bébé, et en veillant aux zones sensibles à l’humidité (comment dire ça…). Se brosser les dents peut aussi permettre d’éviter ou contenir des infections. Rincez plus abondamment que d’habitude les lentilles de vue, et après vous être systématiquement lavé les mains.
      • même s’il y a moins de microbes en mer, veillez  aux méfaits de l’humidité sur de petites coupures ou blessures (ex : j’ai mis trois semaines pour soigner une plaie au genou nettoyée et pansé deux  fois par jour,  après 10 jours de mer bien humides…)
    • Protégez-vous du soleil, un vrai faux-ami : avec des lunettes de voile (polarisantes et flottantes si possible, voir notre article sur le sujet ici), un couvre-chef et bien sûr de la crème solaire (indice 50 recommandé, il inclut  une part de crème hydratante).
    • Faute d’ombre à bord, ou si le coup de soleil est avéré, il ne faut pas hésiter même en plein cagnard à mettre un t-shirt à manches longues et un pantalon, voire un chèche pour protéger votre cou et vos épaules. Empêcher les morsure du soleil vous soulagera et compensera a sensation d’être trop couvert. Si vous  avez trop chaud, rien ne vous empêche de mouiller T-shirt et chèche, pour vous rafraîchir…
    • Prévenez la déshydratation en restant au frais et en buvant ce qui vous évitera le coup de chaleur (gros maux de tête, fièvre et parfois euphorie), le mal de mer, les problèmes de digestion et coliques diverses.
    • Anticipez les risques de mal de mer dans les 24 à 48 premières heures en vérifiant que les équipiers ne s’exposent pas aux 5 F (froid, fatigue, faim, frousse… et Foif !). Pour prévenir et juguler le mal de mer, nous avons dans de précédents articles évoqué les méthodes pour s’amariner (lire ici) et les moyens de canaliser le malaise (lunettes ici, vêtements là.).
    • Evitez la constipation en gardant un régime varié : modérez la consommation de féculents, mangez des légumes, des pruneaux, buvez beaucoup… et allez aux toilettes !
  • Enfin, quand le bobo est là,  il faut avoir la bonne pharmacie !

Pour le coup, c’est assez simple : dans sa grande sagesse le gouvernement a défini des dotations pharmaceutiques obligatoires en fonction des distances auxquels nous naviguons (moins de 2 mill, de 2 à 6 milles des cotes, entre 6 et 60 milles et au delà de 60 milles). Tout est détaillé dans la division 240, accessible sur Internet (lire le résumé dans notre article ici).

Le hic c’est que ces pharmacies obligatoires, conçues par des bureaucrates, ne sont pas toujours très logiques. Vous aurez de quoi ranimer un mort, rapprocher les rives d’une plaie, immobiliser n’importe quel membre, prendre la tension, anesthésier ou piquer, mais pas plus de deux boîtes de doliprane ou quelques lingettes désinfectantes pour les bobos du quotidien…

Il faut  donc compléter la dotation obligatoire avec une dose de bon sens. Je suggère d’ajouter :

  • pour le mal de mer :
    • du Mercalm (qui endort)
    • ou du Scopoderm (qui dilate les pupilles)
    • ou du Stugeron (efficace, mais interdit en France car nocif pour les reins)
  • pour les plaies :
    • des compresses
    • un spray désinfectant
    • des pansements adhésifs
    • quelques boîtes de doliprane ou autre forme de paracétamol

Au delà de la pharmacie du bord, définie selon le périmètre de navigation, prévenez vos équipiers de prévoir leur propre trousse, avec leurs traitements, mais aussi quelques pansements et comprimés contre le mal de mer. La pharmacie de bord doit servir en cas d’urgence et en palliatif, mis ne doit pas être dépouillée à tout bout de champ.

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Crédits photos : fboy 

Quelles bouteilles de gaz à bord ?

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La question ne se pose pas en petite croisière, mais quand on navigue en zones isolées ou que l’on traverse un ou plusieurs océans, elle s’impose : quel format et quelle marque de bouteille de gaz prendre ? Comment la recharger ? Faut-il un adaptateur ou non ? A qui s’adresser ? 

Bien entendu, la réponse est forcément fonction du programme et du bateau. Mais il existe quelques constantes…

  • Voici ce que nous faisons, pour deux, sur Moana :

Nous avons en permanence à bord 3 bouteilles de gaz (butane) de marque Campingaz® et de type 907 : elles sont de taille moyenne et se rangent facilement. Sur de grands bateaux les plus grosses bouteilles peuvent  être plus pertinentes puisque bien évidemment la consommation change selon le nombre d’équipiers…

Mais pourquoi trois bouteilles ? Pour rester sereins. Quand nous en laissons-une en recharge nous utilisons celle en place pour la cuisine, mais en avons toujours une de secours en cas de panne inattendue (ou pour dépanner les copains de mouillage). Ainsi on se sent moins stressés quand l’une des trois tombe en panne.

Pour l’anecdote : nous connaissons un équipage de 10 personnes sur un magnifique 75 pieds qui a fait une Transat des Alizées sans gaz après les 5 premiers jours de mer, le skipper ayant oublié d’acheter une bouteille de secours ! Dommage quand on a rempli les frigos de mets fins…. Heureusement, vue la vitesse du bateau, ils sont vite arrivés de l’autre côté 🙂

  • Où et comment recharger ses bouteilles de gaz ?

Comme il existe divers standards et diverses marques, difficile de savoir quoi acheter et comment trouver rapidement un moyen de remplir sa bouteille de gaz vide.

La solution la plus efficace est de prendre une marque connue, disposant de revendeurs partout dans le monde (ou presque) : c’est le cas par exemple de Campingaz® qui assure que « toute bouteille vide peut-être échangée contre une bouteille pleine pour le prix de la recharge, dans plus de 120 pays dans le monde » !  

La seconde astuce est de vous adresser aux équipes des marinas : elles sont rodées au remplacement des bouteilles de gaz et vous accompagneront dans la démarche. Si vous êtes au mouillage, en questionnant les autochtones vous trouverez facilement quelqu’un pour vous dépanner, mais sans la même garantie de résultat.

Dans les faits, sur la boucle Atlantique et même au Brésil, nous n’avons eu aucune difficulté à faire recharger nos bouteilles Campingaz® ni à les échanger. La recharge se fait souvent dans des stations service et peut prendre de 3 jours à une semaine : il vaut mieux anticiper ! Quant à l’échange, il est très pratiqué aux Antilles, où l’on ne passe pas forcément une semaine dans un même mouillage… Cela permet au revendeur de remplir votre bouteille tranquillement ensuite et accessoirement de « recycler » des contenants rongés par la rouille et bizarrement plus légers que la normale (à sa décharge c’est quasi inéluctable quand le remplissage se fait par gravité). Il faut donc le savoir, l’échange n’est pas toujours équitable : on perd environ 20% de gaz. 

Les tarifs eux aussi sont très aléatoires, suivant la loi du marché : s’il ne reste qu’une bouteille de gaz sur une île isolée, elle va vous coûter cher. Objectivement, l’éloignement ne facilite pas l’approvisionnement du fournisseur… Ceci explique cela. En tout cas, quand vous payez votre bouteille l’équivalent du prix français, estimez-vous contents. Si en plus la bouteille est bien pleine, vous avez fait une affaire !

Par contre le remplissage des bouteilles Campingaz® n’est pas possible aux USA, et dans les îles qui leur sont rattachées (Puerto Rico, US Virgin Islands, Bahamas…) car on n’y utilise pas de butane. Il faut donc s’approvisionner en bouteilles de propane (par exemple au Budget Marine des USVI), les faire remplir à la station service locale (elles sont vendues vides !) et acheter un détendeur adapté au propane. Ce n’est pas la peine de changer les brûleurs de la gazinière, la quasi-totalité sont compatibles butane/propane. Les bouteilles sont consignées donc vous pouvez vous les faire rembourser quand vous quittez le territoire US.

  • Comment optimiser confort et consommation :

L’expérience des navigations préparatoires permettra d’estimer la consommation de gaz de l’équipage et d’adapter le choix de son format de bouteille selon le nombre d’équipiers prévus in fine pour le voyage. Pour limiter la consommation de gaz, il est astucieux de prendre une plaque électrique que l’on utilisera principalement au port, pour profiter de l’électricité souvent incluse dans le prix de la place, ou au mouillage si on a une production d’énergie suffisante.

Côté ergonomie, plutôt que les bouteilles classiques – bleues, rondes et en métal – peut-être préférerez-vous les « nouveaux » contenants carrés, qui ne roulent pas, ne rouillent pas et qui sont plus faciles à porter ?

L’achat d’un adaptateur est une précaution qui facilite le remplissage, à partir de divers types de bouteilles. Mais on l’a vu, dans un périmètre Atlantique, cela reste du domaine du luxe puisque la plupart des prestataires ont leur propre équipement. Autour du monde il est prudent d’en avoir un, pour anticiper les escales très isolées. 

Vous avez un avis sur ce sujet  ? N’hésitez pas à le partager !

Crédit photo : fboy

Santé en voyage : deux ou trois choses à savoir

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En voyage, prendre des précautions pour couvrir ses frais de santé voire d’hospitalisation est crucial. En effet dans beaucoup de pays cela peut vous coûter des milliers voire des dizaines de milliers d’euros ! Petite revue du périmètre de couverture de notre chère Sécurité Sociale française…

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  • Les enjeux d’une bonne couverture médicale

En voyage il est important de tout faire pour rester en forme (cf un petit rappel dans l’article paru ici). Avoir une couverture médicale à l’étranger l’est tout autant. Dans les cas cités par de grands assureurs, citons celui d’une fracture du tibia à Antalya, qui a coûté plus de 16.000 euros de soins à la victime… ou d’une appendicite pour laquelle il a fallu débourser près de 49.000 dollars à Miami. Aux Etats-Unis une simple consultation peut coûter 250 dollars !

Pour bénéficier d’un remboursement sur des frais médicaux et d’hospitalisation d’urgence à l’étranger, il faut relever obligatoirement d’une caisse primaire d’assurance maladie. Pour nous Français, le jeu va donc consister à profiter au maximum de la couverture de la Sécu et à prendre en complément une assurance santé de niveau 2 (auprès d’assureurs ou d’assisteurs). Puis quand la couverture de la sécurité sociale prendra fin, par exemple après un an de navigation, il faudra  :

  • soit cotiser auprès de la Caisse des Français à l’Etranger, la Sécu des expatriés (CFE) et garder une assurance complémentaire de niveau 2.
  • soit prendre une assurance santé globale qui couvre la totalité (niveau 1 et 2), à savoir le régime obligatoire et le reste à charge.

A vous de comparer les options car en fonction de votre statut, de votre âge voire de votre état de santé, les tarifs peuvent être très divers (entre moi et mon chéri par exemple, du fait d’une certaine différence d’âge, c’est pratiquement du simple au double).

Notez que cela se complique si vous cherchez en parallèle une assurance responsabilité civile individuelle (que vous n’aurez plus si vous n’assurez plus une maison, puisqu’elle est liée à cette assurance) et une assurance rapatriement. En effet les grands assisteurs (Mondial, Fidélia, Europe Assistance…) proposent des packages pour la RC et/ou le rapatriement incluant la santé mais avec des périmètres très divers… Il faut donc bien regarder ce qui est proposé, d’autant que votre portefeuille va faire grise mine, car ces assurances coûtent cher. Mais là n’est pas le sujet, on en reparle dans cet article récapitulatif sur les assurances, que vous trouverez ici

  • Quelle est l’étendue de la couverture de la Sécu ?

Le droit aux prestations de la Sécu est subordonné soit au versement d’un certain montant de cotisations, soit à un nombre d’heures de travail durant chaque période de référence. Tant que vous travaillez, vous cotisez, ce qui vous donne droit si vous travaillez depuis longtemps à au moins un an de sécurité sociale au moment où vous partez en voyage.

Comme les calculs des droits sont compliqués, selon le nombre d’années travaillées et les montants cotisés, il faut vous rendre à votre caisse de Sécurité Sociale pour savoir exactement jusqu’à quand vous avez des droits. Personnellement j’ai découvert que j’avais droit à un an de couverture correspondant à mes cotisations de l’année précédente, plus 183 jours dont on ne m’a pas précisé l’origine… et donc globalement à une couverture d’un an et demi !

Côté périmètre géographique, la sécurité sociale nous assure en France et dans les Dom Tom et nous permet de bénéficier du tiers payant. Si vous voyagez en Europe vous avez les mêmes droits mais vous devrez avancer les frais. Surtout vous devrez avoir avec vous – et donc avoir demandé – la carte européenne d’assurance maladie (qui remplace le fameux formulaire E111). C’est elle que vous donnerez au médecin qui vous soignera à l’étranger, pour que la prise en charge soit effective.

Hors de France, Europe et Dom Tom, vous pouvez encore être remboursé des frais, mais uniquement pour les soins médicaux urgents et imprévus. Vous devrez néanmoins les avancer. Pour espérer être remboursé, il faut garder :

  • les prescriptions
  • les factures des soins acquittées
  • les justificatifs de paiement
  • mais aussi les justificatifs du voyage (billets, facture de séjour etc)
  • puis faire les démarches à votre retour en France auprès de votre caisse d’Assurance Maladie.

Sur le site Ameli vous trouverez le formulaire de soins à l’étranger S3125 (« Soins reçus à l’étranger ») à imprimer et les justificatifs à joindre. Il est prudent d’en prendre un exemplaire à bord !

Attention le remboursement n’est pas systématique ! Au vu des justificatifs le médecin conseil du service médical de la Sécu appréciera le degré d’urgence des soins et vous accordera (ou non) leur remboursement. Autant dire que ce n’est pas pendant votre année sabbatique qu’il faut vous faire refaire le nez ou poser un bridge ! Et pour les pays où les frais de santé sont astronomiques (USA, Canada, certains pays asiatiques…), il est plus qu’utile de compléter la couverture aléatoire de la Sécurité Sociale française par une assurance santé voyage (de niveau 2 cf supra) !

Si vous travaillez pendant votre voyage, en France ou dans les Dom-tom, et que vous cotisez, pensez à regarder si vos droits à la Sécu sont prolongés. Il faudra pour cela contacter la caisse d’Assurance Maladie à laquelle vous êtes inscrit(s), car cette mise à jour ne peut être effectuée que par la caisse dont vous dépendez géographiquement (pour nous par exemple c’est la Caisse de Charente Maritime).

Besoin d’un éclaircissement, une question à poser ? Utilisez les commentaires et partagez avec la communauté !

Crédit photo :  MPD01605 via Compfight

Faut-il encore avoir peur des pirates ?

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Cette question se retrouve régulièrement dans les posts des groupes de marins au long cours sur Facebook, je me permet donc de donner mon avis. Je le complète avec des infos officielles, histoire de vous convaincre de ne jamais abandonner vos rêves, ni par peur d’être agressés, ni par ignorance. Après tout statistiquement la vie est autrement plus risquée à terre !

WALLILABOU BAY – la baie des pirates des Caraibes

  • Les pirates ne sont plus ce qu’ils étaient

Les pilleurs modernes sont loin d’avoir le panache des Robins des mers, pirates au grand coeur et autres personnages hauts en couleurs qui nous ont fait  rêver dans notre enfance à travers le cinéma ou des auteurs comme Robert Stevenson. Aujourd’hui, qu’ils soient armés de kalachnikov ou de machettes, les seuls points communs des pirates modernes avec leurs ancêtres sont l’illégalité, le rançonnement, le meurtre, l’ampleur planétaire et la difficulté de contrôler leurs exactions.

Avec de plus en plus d’Etats défaillants et des situations économiques parfois critiques pour les populations, la piraterie moderne connaît un regain depuis quelques années : quand l’économie est en faillite, les marins et notamment les pêcheurs s’improvisent pirates pour échapper à la faim et à la misère ! N’étant pas toujours armés, leurs cibles sont de préférence les plaisanciers, mais aussi quand ils ont des moyens de coercition les cargos, pétroliers, porte-containers et plateformes pétrolières. Ils prélèvent matériel, nourriture et parfois font des otages. Etre une femme dans ces cas là n’est pas un atout :-(( Les attaques se déroulent principalement la nuit, pour assurer l’effet de surprise, mais peuvent aussi être menées au grand jour. En 2016 les enlèvements en mer ont connu leur plus haut niveau depuis 10 ans.

  • Les zones à risques 

Après des années noires, les attaques sont moins fréquentes au large de la Somalie suite à la mise en place de dispositifs de surveillance et d’accord internationaux (on les compte sur les doigts d’une main). Mais  des groupes pirates y demeurent actifs et le risque de résurgence de cette menace restera fortement prégnant tant que la situation économique et politique ne sera pas résolue en Somalie. En revanche le risque s’accroît dans le golfe de Guinée, principalement au Nigéria, avec des modes d’actions plus agressifs (notamment des prises d’otages éprouvantes) et une forte extension de leur rayon d’action. Les réseaux de pirates se maintiennent aussi dans le détroit de Malacca, dans le sud de la mer de Chine méridionale, et plus discrètement aux Caraibes.

Dans le détail on trouve sur le web les indications suivantes des zones actuellement à risques :

  • Dans le Golfe de Guinée, les zones à très fort risque sont : le fond du golfe de Guinée entre la frontière Libéria-Côte d’Ivoire et la frontière République démocratique du Congo-Angola. Les zones à risques sont : les eaux territoriales et le large de la Guinée, de la Sierra Leone, du Libéria et de l’Angola.
  • En Océan Indien, les zones à très fort risque sont :
    • Le Golfe d’Aden dans son ensemble (y compris la partie méridionale des eaux territoriales du Yémen et d’Oman), et le bassin somalien, le Golfe du Bengale, notamment les côtes méridionales du Bangladesh et la côte birmane.
    • Les zone à risque sont : la mer Rouge, le reste de l’Océan Indien jusqu’au canal du Mozambique, et la zone comprise entre les Seychelles, les Maldives et les Laquedives.
  • En Asie du Sud-Est, les zones à très fort risque sont :
    • le détroit de Malaca, les eaux situées à l’ouest de la Malaisie péninsulaire et le long des côtes de Bornéo (côtes du Sarawak, du Sabah et du Brunei) ainsi que les eaux séparant les Philippines de l’état malaisien du Sabah (mer de Sulu notamment).
    • Les zones à risque sont : le golfe de Thaïlande, et toutes les eaux séparant le Vietnam, les Philippines et le nord de Bornéo situées au sud de 10° de latitude nord, les mers de Java, de Banda et des Celebes.
  • En Amérique, les zones à risque sont : les eaux territoriales du Pérou, la mer des Caraïbes (et notamment ces derniers mois le Vénézuela), ainsi que les côtes bordant les Highlands Brésiliens (c’est là que nous nous sommes fait agresser en pleine nuit par deux bateaux de pêche, lisez ici si cela vous intéresse).
  • Quelques précautions à prendre pour être plus sereins :

Voici les conseils que donne le site « diplomatie » du gouvernement, enjoignant les navigateurs à :

  • s’informer auprès des ambassades et consulats français et des autorités portuaires ou maritimes compétentes avant d’entreprendre une navigation ou une traversée
  • s’inscrire au contrôle naval volontaire en Océan Indien, dans le golfe de Guinée et en Asie du Sud-est (Courriel : centcoopnav chez marine.defense.gouv.fr)
  • prendre systématiquement contact avec les commandants des zones maritimes concernéss avant et pendant toute traversée dans une zone de risque
    • Golfe de Guinée : Etat-major de l’amiral commandant la zone maritime Atlantique (CECLANT). Téléphone : +33298220664. Courriel : combrestchez premar-atlantique.gouv.fr et com-brest.n2.rens chez marine.defense.gouv.fr
    • Océan Indien : Officier de quart ALINDIEN MARSEC. Tel : 00 971 265 74 265. Courriel : alindien.marsec chez defense.gouv.fr. Facebook : alindien.marsec.
    • Sud-Est asiatique : Etat-major de l’amiral commandant la zone maritime du Pacifique (ALPACI) – Téléphone : +689462432 ou +689791971 – Courriel : comsupopem chez armees-polynesie.pf ou Officier de liaison IFC Singapour. Téléphone : +6597247080 – Courriel : fr.ilo.ifc chez gmail.com
  • s’assurer du bon fonctionnement de leurs moyens de communications (téléphone satellite, VHF…) et des moyens électroniques du bord (GPS, AIS, radar, balise EPIRB,…)
  • informer une personne restant à terre de la route qu’ils comptent emprunter, lui laisser un document qui présente le voyage initialement prévu, la composition de l’équipage, les caractéristiques du navire et ses moyens de communication ;
  • tenir régulièrement informée cette personne restée à terre de la position et convenir des jours et heures des contacts téléphoniques ou par courriel ; laisser une consigne claire visant à prévenir la gendarmerie ou la police nationale… ou le CROSS qui pourra coordonner des recherches
  • maintenir une veille permanente anti-piraterie 24h sur 24
  • ne pas mouiller trop près des côtes dans les zones sensibles
  • éviter le cabotage de nuit et la navigation isolée
  • rester discret lors des escales sur le programme à venir (dates, parcours)
  • assurer des tours de garde dans les ports les plus sensibles

A cette liste j’aimerais ajouter qu’en cas d’attaque avérée, c’est le moment d’envoyer par VHF un MAYDAY ou un message spécifique « piraterie » par DSC voire plus discrètement d’appeler par satellite le CROSS Gris-Nez qui coordonnera l’alerte et les secours. Evitez d’activer la balise EPIRB, qui faute de transmettre l’information adaptée, déclenchera des secours médicaux et non une assistance armée. Si l’attaque est nocturne, pensez à couper toute émission qui pourrait aider les pirates à vous repérer : coupez l’AIS, éteignez toutes les lumières (dissimulez même le ou les compas, tous instruments éteints) et faites diverses manoeuvres pour brouiller les pistes et voir s’il parviennent ou non à vous suivre… ça a marché pour nous, alors pourquoi pas pour vous ?

  • Et concrètement quand ils sont là, que faire ?

Je vous encourage à vous poser quelques questions sur la façon dont vous aimeriez accueillir vos visiteurs : faut-il avoir une arme à feu à bord et/ou préparer un comité d’accueil ? Faut-il les laisser monter à bord ? Faut-il prévoir une cagnotte en dollars qui servira de « fusible » pour les satisfaire ? Une cachette où dissimuler les objets de valeur, etc.

A bord de Moana nous avons choisi de ne pas avoir d’armes à feu, qui peuvent vite se retourner contre nous et faire basculer la situation dans le drame absolu – surtout si en face les pirates ont des mitraillettes ! Par contre nous sommes prêts à utiliser un fumigène pour mettre le feu au bateau qui nous aborderait, et à détourner le WD 40 stocké dans la descente pour aveugler nos agresseurs…  Si on suppute que ces derniers seront pieds nus, on peut jeter des punaises dans le cockpit et sur les passavants puis se planquer à l’intérieur ! Bref en réfléchissant il y a beaucoup d’idées à trouver…

Il est clair que le but est de retarder la prise d’assaut du bateau car alors il n’y a plus grand chose à faire. Et si votre appel au secours a été entendu (cf supra), l’arrivée d’un sauveteur peut suffire à faire fuir les pirates. Pour tenir encore plus à distance les assaillants, un pistolet à fusées peut permettre de les incendier de loin… mais ce matériel n’est pas autorisé partout et peut vous attirer des problèmes… avec les autorités cette fois. Enfin, avoir une vraie cachette pour les objets précieux ou indispensables, quelques leurres à sacrifier (montre, téléphone…) et un peu de liquide en dollars sous la main peut aussi aider…

Et vous, comment voyez vous les choses sur ce sujet ?

Crédits photos : fboy

Sources : sites www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/infos-pratiques/risques/piraterie-maritime/, site Piraterie maritime, site RFI. Voir aussi le forum www.hisse-et-oh.com.

L’avitaillement : prévoir à terre pour mieux vivre en mer

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Dans une activité aussi exposée aux éléments et parfois sportive que la voile, bien se nourrir est crucial pour l’énergie, la sécurité mais aussi la bonne humeur de l’équipage. Pour une croisière de quelques jours comme pour une Transat, voici quelques astuces pour bien avitailler. avitaillement sec

  • Quels sont les enjeux ?

L’adaptation permanente du corps aux mouvements du bateau, le climat – froid ou chaud – les vents plus ou moins forts qui refroidissent le corps… beaucoup de paramètres jouent dans le fait que la dépense calorique du marin n’est pas la même qu’à terre : on peut vite dépenser 3000 kcal par jour, ce qui est bien plus que la norme au repos, qui est de 2100 kcal/jour pour un homme et 1800 kcal pour une femme.

La nourriture doit donc être un peu plus riche pour fournir la différence et permettre de maintenir le niveau de vigilance et l’explosivité dans les manoeuvres. Il faut également boire davantage : entre 2 et 3 l par personne et par jour selon que l’on est dans un climat tempéré ou chaud ou équatorial. Elle doit aussi être la plus variée possible pour rendre agréable le rituel des repas et donc l’ambiance à bord… Bref manger prend une toute autre dimension en mer !

  • Les questions à se poser avant de faire les courses :

Les quantités et le type d’alimentation vont varier selon plusieurs critères :

  • le bassin de navigation : Atlantique, Méditerranée, Antilles…
  • la saison et les conditions météo ainsi que la durée de navigation prévues
  • le nombre, le genre, l’âge de l’équipage (et du capitaine !)
  • les goûts et allergies éventuelles des uns et des autres (ex : gluten, cacahuète…)
  • la capacité de stockage à bord (selon volume des coffres, planchers et équipets)
  • les moyens de cuisson disponibles : feux ou four, avec ou sans grill ? Glacière ou vrai frigo ?

Ces questions définissent le champ des possibles de votre alimentation !

  • Comment faire sa liste de courses ?

Commencez par faire les menus pour une semaine (en consultant l’équipage). Il va s’agir de prévoir en détail

  • les repas de midi et du soir,
  • mais aussi plus globalement les petit-déjeuners
  • les collations (du matin, de 4 heures et de la nuit)
  • et… les apéros bien sûr (boissons et biscuits) !

Là encore la fantaisie doit être canalisée par la rationalité : prévoyez des repas simples mais chauds (donc revigorants) pour le gros temps, des repas légers pour les jours de chaleur, voire des repas de fête type anniversaire. Et si vous partez en grande croisière, pensez à prendre des stocks de denrées « plaisir » que vous ne trouverez pas ailleurs (confit de canard, vin etc) mais aussi du secours (notamment pour le grab bag complémentaire de la survie). Vous trouverez sur le web divers exemples de listes d’avitaillement (adaptées selon le nombre d’embarqués et la durée de la croisière) ainsi que quelques idées d’achats (par exemple ici).

Une fois les repas établis sur une semaine, multipliez les quantités par le nombre de semaines de croisière prévues… et adaptez pour éviter la lassitude : en variant les composants (ex : protéines = poulet/boeuf/œufs..) selon le degré et le mode de conservation. Vous pouvez encore optimiser l’avitaillement en cherchant :

  • les produits prenant le moins de place pour un poids donné (ex : linguines vs tagliatelles)
  • ceux ayant la meilleure « efficacité » énergétique… Par exemple quelques lyophilisés en réserve, pour le mauvais temps notamment.

Ensuite, quantifiez les besoins. Pour cela recensez les quantités par produit et comptez en portions individuelles de repas (ex : 1 kg de pâtes = 4 portions = 4 personnes). Pour les aliments « frais » (fruits, légumes, viande, pain, etc) prévoyez 20 % de plus pour anticiper les pertes (a raison de 2 tomates/jour, 30 tomates ne se conservent pas 15 jours). Enfin, ne lésinez pas sur stock d’eau (voir supra les quantités individuelles, à multiplier par le nombre de jours + 10 %).

Attention, ce n’est pas fini ! Au delà de la nourriture il va falloir aussi prévoir du matériel pour le bateau (crayon bois HB, piles, scotch, …) et de petits consommables pour la vie de tous les jours (papier toilette, torchons, éponges, gel douche, savon, allumettes etc).

Voilà, votre liste de courses est prête ! Vous pouvez partir au supermarché… Toutefois il ne suffit pas d’acheter, il va falloir tout stocker dans le bateau, le plus intelligemment possible, puis gérer les stocks… Pourquoi pensez-vous qu’il y a un responsable de la cambuse sur les gros bateaux ?

Et vous…. racontez-nous vos astuces pour bien faire l’appro !

Crédit photo : fboy

Année sabbatique : pourquoi partir en juillet est idéal

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Il  existe un calendrier malin pour partir en grand voyage, et ce pour diverses raisons. Il faut composer avec les saisons, les conditions météos, le travail, la famille… En bateau c’est clair, l’été est la meilleure période et juillet la panacée. Je vous explique pourquoi.

  • Ne rien perdre de sa retraite !

Certes, s’il n’est pas déjà en retraite, le candidat au départ en année sabbatique n’est pas le profil type du salarié qui compte les trimestres. Ne serait-ce que parce qu’il s’offre justement une mini-retraite au beau milieu  de sa « carrière » ! Mais quitte à prendre du temps pour soi, autant ne pas hypothéquer le temps libre à venir.

Pour ne pas perdre vos droits à la retraite le temps que vous allez voyager, il est fortement conseillé de partir en milieu d’année. Ainsi, si vous partez du 1er juillet au 31 mai, vous percevrez normalement un salaire suffisant sur les deux années civiles pour valider quatre trimestres pour chacune d’entre elles. Ce simple  « détail » vous permettra de garder vos droits à la retraite sur ces deux années !

  • Minimiser la douleur des impôts :

Cette fois, il n’y a pas d’astuce, juste un calcul à faire. Il vaut mieux passer deux ans à payer un montant d’imposition réduit de moitié (6 mois) et donc dans une tranche inférieure, plutôt que ne rien payer un an puis payer plein pot l’année d’après. De plus la deuxième année, comme vous rentrez au bout de cinq ou six mois, vous avez des revenus pour payer les deux derniers tiers !

  • Profiter de l’été pendant toute l’année !

Partir en période estivale a plusieurs avantages. Côté travail, c’est comme si vous partiez en vacances d’été. Les collègues et le manager sont moins traumatisés, puisqu’eux aussi partent. Simplement, ils ne vous voient pas revenir… et ils s’y habituent !

Par ailleurs en partant l’été, vous profitez du soleil et de journées très longues, ce qui aide pour s’amariner. Sur un parcours classique en Atlantique, vous allez avoir de plus en plus chaud, vous accoutumer, et en septembre à l’époque de la rentrée, au lieu d’enfiler trench et chaussures fermées, vous serez en short et tongs dans un pays chaud, avant d’attaquer les alizés et de passer l’hiver sous les cocotiers. Il y a pire comme programme !

Enfin, côté navigation, au départ de France, il est quand même plus rassurant de traverser le Golfe de Gascogne en juillet à l’aller et en mai au retour, plutôt que de s’exposer à ses colères à l’automne ou au printemps. Cela laisse le temps de s’amariner et descendre gentiment vers les Canaries, d’escale en escale, ou de faire un détour comme nous par les Açores à la meilleure période pour voir les cachalots et les baleines, avant d’attaquer la transat entre fin octobre et mi- décembre.

  • Vents et courants favorables, c’est quand même mieux !

Eh oui ce n’est pas un hasard si tout le monde s’élance en même temps vers les Alizés ! Les vents et courants favorables la plupart du temps permettront d’aller vite et confortablement à des allures portantes. A contrario, il n’est pas totalement fortuit si les présomptueux qui reviennent en automne ou au début du printemps ont parfois de grosses mers et de gros ennuis !

Certes, la météo et l’océan ont des variations d’humeurs. J’en connais qui ont rejoint la Guadeloupe sur un parcours classique, en novembre, et qui on fait du près pendant 11 jours avant de toucher les alizés, 5 jours avant l’arrivée (c’était lors de ma première transat, en 1999).  Mais bon, ce n’est pas la tendance générale, statistiquement. Et nous avions croisé Lothar et Martin, qui avaient dû bien perturber les systèmes météo… Ce sont des choses qui arrivent !

  • Au retour, profiter de l’été… et des soldes !

Il est globalement plus facile, moralement, de rentrer avec les beaux jours qu’en plein automne, en hiver ou même au début du printemps. Comme en plus vous êtes un peu sortis du rythme de vie classique, le redémarrage est moins brutal au moment où les terriens, justement, commencent à lever le pied… Programmez quelques sorties en mer dès le retour pour ne pas subir un sevrage trop brutal !

Quand vous retournez travailler, l’année a passé très vite pour vos collègues, et comme le mois de juin pointe son nez, ils profitent de congés que vous, vous n’aurez pas avant longtemps… C’est une petite revanche qu’il faut leur laisser savourer. Rien ne vous empêche cependant d’avoir mis de côté avant le départ une semaine ou deux de congés (sur un compte épargne temps par exemple) et d’en profiter comme tout le monde, mais discrètement…

Last but not least : la période estivale est aussi propice aux achats, notamment s’il vous faut chercher et emménager dans un nouveau logement ! Vous pourrez profiter des soldes d’été, lors d’une escale à la Corogne par exemple, mais surtout en France pour équiper votre nouveau havre de paix et renouveler en partie votre dressing. Et si vous voulez vendre immédiatement votre bateau, vous êtes à la bonne saison pour trouver des acheteurs !

Réagissez et racontez-nous votre expérience !

Credits photos : fboy

Electronique, mécanique et énergie : quelques mauvaises surprises 

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Au terme de notre périple Atlantique il est temps de détailler quels équipements nous ont lâché et pourquoi. Pour les candidats au départ, c’est toujours utile d’avoir une idée de la fiabilité du matériel et de pouvoir, grâce à notre expérience, anticiper les pannes les plus courantes…

Dans un post précédent je détaillais le matériel embarqué à bord de Moana, notre monocoque de 8,70 mètres (voir l’article ici). A partir de cette liste, voici notre bilan quant au matériel mécanique, électronique et de sécurité. La liste est longue (le post aussi) mais ne vous y trompez pas : nous n’avons en moyenne pas eu plus de problèmes que nos voisins de ponton, et nous les avons à 95% résolus. Après tout il faut se faire une raison : ne dit-on pas que « naviguer au long cours, c’est passer son temps à bricoler dans les plus beaux paysages du monde » ?

  • Le contexte de ce bilan

Globalement Moana a été structurellement très fiable, nous assurant des moyennes de 100 à 180 milles/jour, souvent autour de 140-150 milles/jour soit 6 nœuds de vitesse moyenne. Il faut dire que nous avons régulièrement eu entre 25 et 35 nœuds de vent, parfois 40 et de temps en temps plus de 50 nœuds – aux Canaries et lors de la transat retour. Donc le bateau a été sollicité, même s’il n’a pas subi de grosse tempête. C’est dans ce contexte que l’on doit interpréter le bilan des équipements. Même s’il est difficile de faire des généralités…

Il faut aussi préciser que nous avions fait le choix, lors de la préparation, d’acheter certains équipements d’occasion, faute de moyens financiers. Cela a bien sûr joué sur leur fiabilité. C’est le cas pour les voiles, le frigo et son groupe froid, le premier ordinateur de bord, le panneau solaire souple, le moteur hors bord de l’annexe : même si c’est rageant, il n’est pas totalement étonnant que ces éléments nous aient causé des soucis à un moment ou un autre.

Par contre, même d’occasion, la plupart des équipements de sécurité ne nous ont pas fait défaut. Il est vrai que nous n’avons fort heureusement pas eu à solliciter le dessalinisateur ni les combinaisons de survie ! Le téléphone iridium, régulièrement utilisé pour la météo et même pour un appel medical d’ugence (aux Tobago Cays, voir ici) a très bien fonctionné.

  • Les pannes électroniques qui énervent

Côté électronique, le pilote Raymarine ne nous a fait défaut que parce que le moteur du vérin a pris l’eau suite à une mauvaise vague, pendant la transat aller. En attendant la réparation, le « petit » pilote a pris la relève vaillamment et nous a même surpris en assurant bien dans 35 nœuds et une mer forte. Un nouveau moteur a été très vite envoyé par le fournisseur, mais Fedex a mis plus d’un mois à nous le faire parvenir au Brésil (on dit là bas « que tout arrive, mais on ne sait jamais quand »). Le temps de le monter et on pouvait repartir de Jacaré !

Par ailleurs la commande du pilote ainsi que le loch et le sondeur ont bien fait leur job. Seul l’anémomètre a décidé de fonctionner à l’envers, deux ou trois jours après le départ de La Rochelle. Le problème ne vient pas de la girouette, mais du répétiteur qu’il faut changer. Cependant à près de 800 euros la pièce, on a préféré le garder avec son aiguille folle…

Autre point noir, l’usage en 24/24 de l’ordinateur de bord pour assurer la nav l’a vite épuisé. Le ventilateur a rendu l’âme sur la route des Açores et très vite la surchauffe de l’unité centrale a entraîné la fermeture de la session : rideau, plus rien, nada ! Nous avions heureusement un back up sur un autre ordinateur… et des cartes papier. N’ayant pu réparer aux Açores (où au contraire l’ordinateur a été mis hors service par un maladroit), nous avons trouvé un informaticien brillant aux Canaries qui l’a relancé… en nous recommandant de ne plus nous y fier.

J’ai donc commandé un nouveau modèle tout neuf, avec 500 GO de mémoire SSD, plus solide et moins gourmand en énergie. Puis pour 250 euros, j’ai fait paramétrer Max Sea et les logiciels connexes (Squid, Skyfile etc) par Pochon, à La Rochelle. Puis j’ai vérifié que tout fonctionnait, mais sans les instruments de bord puisque j’étais en France pour régler un dégât des eaux dans ma maison… Malgré tout cela, j’ai retrouvé mon skipper et son équipier de transat tout désarmés car incapables de connecter le logiciel aux instruments, une fois à bord !

Le « technicien » de Pochon n’avait tout simplement pas prévu les drivers du GPS et de la VHF AIS : un « détail » énervant quand on sait que nous achetons tout chez eux et que les modèles de GPS et VHF AIS concernés, loin d’être exotiques, sont tout simplement leurs plus grosses ventes ! Quand j’ai rejoint Moana au Brésil, j’ai passé 4 heures à trouver une connection wifi et chercher sur le net les bonnes versions de drivers, qu’un professionnel n’avait pas été fichu de copier depuis sa base de données… Grrrrhhhh !

Une fois opérationnel, le nouvel ordinateur de bord a pris la relève, et le premier est devenu le back up. Reste que depuis quelques mois, de temps en temps, le logiciel Max Sea perd la connection GPS en pleine navigation : il faut alors tout arrêter et relancer la procédure de connection des ports… Quand ça nous est arrivé à l’entrée du Maroni, alors que le courant nous entraînait dans un chenal très épineux, nous avons été bien heureux d’avoir Navionics en secours sur un Ipad, car redémarrer Max Sea prenait trop de temps ! Malgré de multiples nettoyages anti-virus, le problème perdure, je ne sais pas encore pourquoi…

  • Mécanique et énergie : des aléas à gérer dans la durée

Côté mécanique, le moteur nous a causé au départ de gros soucis. Le rouet de la pompe à eau s’est cassé et comme le filtre à eau de mer était monté extrêmement haut (défiant les lois de la gravité) le refroidissement défectueux a déclenché la sécurité et donc l’arrêt du moteur. Il a fallu à Sao Jorge, après une arrivée épique à la voile, rabaisser le filtre à eau de mer, raccourcir les tuyaux et remplacer le rouet de la pompe à eau. Par la suite, notre Nanni a été plutôt fiable, si on omet sa fâcheuse tendance à désamorcer au démarrage après que le bateau a fortement gîté (un problème de plongeur dans le réservoir… qu’on n’a pas résolu). La solution ? Remplir le réservoir, même en mer, dès que l’on consommé la moitié du carburant, pour maintenir le plongeur immergé… Si vous avez un jour ce type de désamorçage, ne retardez jamais le moment de mettre le réservoir à niveau pour maintenir le moteur opérationnel, car s’il vous arrive un pépin ce ne sera pas le moment de sortir le jerrican et de remplir le réservoir. Nous avons fait un jour la manip dans un temps humide, ce qui n’était pas l’idéal, mais bien nous en a pris car c’est la nuit d’après que des pêcheurs brésiliens ont voulu nous aborder (voir article ici) et que le moteur nous a sauvés !

Le moteur hors bord, acheté d’occasion, nous a aussi régulièrement fait des frayeurs. Il n’a jamais vraiment tenu le ralenti et avait beaucoup de mal le matin à démarrer ! Nous le rangions avec soin mais ne savions jamais quand on le redescendait dans l’annexe s’il nous faudrait 5 mn ou 2 heures pour aller à terre. De ce fait et par défaut nous avons souvent ramé, profitant parfois de la mansuétude de nos voisins mieux équipés. Certes nous avons fait des rencontres, mais avoir une annexe abîmée et un moteur capricieux sont deux plaies au quotidien : il faut trouver la place au mouillage la plus proche de la terre (et donc bruyante), surveiller les vents et les courants pour partir et revenir au bon moment, sans risquer de dériver au large… De fait, une annexe peu fiable vous incite à sortir moins souvent, à rentrer moins tard le soir pour éviter de se retrouver en fâcheuse posture. Imaginerait-on, dans notre vie terrestre, de ne pas prendre la voiture pour boire un verre de crainte de tomber en panne ? Non, décidément le choix de l’annexe et du moteur sont très importants pour un voyage au long cours. Lisez nos articles sur le sujet ici et ici pour en savoir plus.

Le matériel le plus lunatique aura sans conteste été le frigo, en panne 80% du temps, à savoir au port et au mouillage, ainsi qu’en mer quand l’excitation électrique n’était pas suffisante pour déclencher le groupe froid, d’un ampérage disproportionné pour nos batteries. Comme nous avions eu au démarrage quelques problèmes avec l’installation électrique, nous n’avons pu confirmer le diagnostic que très tard.

L’oxydation et la rupture des soudures du panneau solaire souple, à peine six mois après l’avoir mis en service, nous a aussi privé d’énergie. On n’a pas vraiment apprécié quand le SAV nous a dit que c’était « normal », puisqu’on l’avait exposé aux embruns (il faudra m’expliquer où on met un panneau solaire, si ce n’est dehors et donc exposé aux intempéries et à la mer !!!). Bien sûr, c’est arrivé au moment où nous attendions des pièces pour réparer l’hydro-générateur, lui même chahuté par l’océan… Avec un peu de persévérance, l’hydro a été réparé, le panneau solaire changé pour un panneau rigide quatre fois plus performant (à puissance égale et moindre coût)… mais le frigo a continué de fonctionner anarchiquement !

  • On coud, on colle, on gratte, on répare, on soude… on paie !

Côté voiles, nous étant équipés d’occasion (mais en bon état) nous avons géré l’usure… Seul le spi symétrique n’a pas trop eu le temps de s’abîmer : fait pour être hissé au capelage, une tentative d’envoi en tête de mât (« pour qu’il travaille mieux » !) lui a vite été fatale, dès les Canaries. Il s’est déchiré sur toute sa hauteur, le long des chutes. Il nous avait coûté 400 euros, les voiliers nous en demandaient minimum 500 pour le réparer… donc on s’est passé de spi pendant tout le reste du voyage ! Heureusement il nous restait l’asymétrique, mais nous avons eu en fait très peu d’occasions de l’envoyer. De son côté le génois était déjà bien creusé au départ et ça ne s’est pas arrangé au fil du voyage. Mais on l’a patché régulièrement sur les points de faiblesse qui se révélaient et il est rentré à bon port.

Quant à la grand voile elle a subi plusieurs opérations : nous avons fait recoudre les coutures au Brésil (à Jacaré, par « l’allemand ») puis en Martinique (au Marin, chez Incidences). Là aussi, quand nous voyions un début de déchirure sur la GV, nous affalions et patchions le point de faiblesse (nous mettons du patch autocollant des deux côtés). Finalement la voile a rendu l’âme entre Saint Barthélémy et Saint Martin, dans un empannage pourtant très doux et par vent faible… (voir article ici). Pour une voile de Figaro achetée 300 euros, elle a quand même fait près de 10,000 milles à bord de Moana avant de prendre sa retraite… Une seconde voile d’occasion l’a remplacée.

L’annexe (une Presto 240 de Plastimo) qui n’avait jamais servi avant d’embarquer à bord, a vite montré ses limites. Nous avons pu vérifier que les annexes en PVC résistent très mal aux assauts du soleil des Tropiques, ainsi qu’à l’abrasion du sable et de la mer. Nous avons donc mieux compris l’intérêt de payer (cher) une annexe en hypalon… Les premières fuites au niveau du fond se sont manifestées aux Tobago Cays. Certes c’était presque le milieu du voyage mais elle n’avait alors servi qu’aux Canaries, à Fernando de Noronha, à Souré au Brésil, sur le Maroni en Guyane, à Tobago et très peu à Grenade… En dépit d’une opération séchage et réparation à la colle bi-composant, elle a vite repris l’eau, nécessitant que l’on réitère les collages. Elle s’est mise aussi à perdre de la pression insidieusement, dans les Antilles françaises. Petit à petit, les poignées, les dames de nage etc nous sont restées dans les mains, décollées. Pour finir à Saint-Martin il n’y avait plus un point d’accroche sur notre vaillant dinghie… Plus question de tomber à l’eau ! L’avantage c’est qu’on n’a jamais craint qu’on nous la vole…

Les dessous du bateau nous ont aussi bien occupé. Ayant opté pour un anti-fouling semi-érodable, nous avons dû assumer de le voir s’éroder, de fait, en quelques mois. Dès Jacaré nous avons du faire nettoyer la carène avant de repartir tant le bateau était sale. Quand nous sommes arrivés aux Antilles, il n’en restait plus grand chose, mais il était déjà trop tard pour espérer une mise au sec et un carénage à bas prix… D’hésitations en hésitations, nous avons reporté, et avons en fait caréné régulièrement, au mouillage, avec une spatule… Ce n’est bon ni pour la nature, ni pour le bateau, ni pour notre santé (hormis le fait que c’est sportif). La leçon a tirer est qu’il faut partir avec un anti-fouling « costaud », surveiller régulièrement les dessous de la coque… et prévoir un budget carénage.

Les ferrures de safrans nous ont aussi joué des tours, jusqu’à Jacaré : aux Açores après une mer dure, nous avions déjà dû changer les femelots qui travaillaient trop, puis au Brésil après la transat nous avons fait faire des ferrures en inox plus solides. Par la suite nous n’avons pas eu à nous en plaindre…

Enfin, nous étions partis avec deux ancres plates, pour limiter l’encombrement : une principale de 10 kg et une secondaire de 8 kg. Nous ne nous sommes jamais servi de la secondaire et seulement quelques fois de la principale. La plupart du temps nous avons mouillé sur corps mort, car dans les mouillages des Grenadines et des Antilles, souvent classés Parcs Naturels, les autorités préfèrent mettre des bouées pour protéger les fonds. Notre ancre plate de 10 kg a très bien tenu à Fernando de Noronha, en dépit d’une mer agitée, mais a souvent dérapé par la suite, jusqu’à se coincer dans un caillou à Cariacou et ressortir toute tordue. On a bien essayé de la redresser en roulant dessus avec une voiture de location, mais rien n’y a fait. Nous l’avons remisée et remplacée en Martinique par une ancre DELTA, de type soc de charrue, qui s’est révélée beaucoup plus fiable dans les mouillages suivants. C’est quand même plaisant de dormir sur ses deux oreilles !

Posez vos questions, faites des suggestions, ce type d’article est là pour nous faire tous progresser !

Crédits photos : fboy et Fotolia

La Martinique est besogneuse, volcanique et sauvage !

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Quand on arrive dans ce petit bout de France au milieu de l’Atlantique, on est ravi de se sentir un peu « chez soi » tout en bénéficiant des merveilles de la nature et de la culture créole. L’ancienne île aux Fleurs n’est peut-être pas la plus belle des îles antillaises, mais elle a du caractère !

La Martinique est ronde, toute volcanique, et un peu plus petite que la Guadeloupe, sa demi-soeur. La rivalité entre les îles est latente, mais sans objet car elles ont chacune des caractéristiques bien différentes, à l’image de leur histoire et de leur géographie. Pour résumer on peut dire que la Martinique est plus montagneuse et sauvage que balnéaire, a contrario de la Guadeloupe, surtout réputée pour ses plages.

  • Si vous êtes en bateau, choisissez bien votre marina !

Motivés, nous quittons Sainte Lucie au petit matin et passons la journée sur l’eau, dont près de la moitié du temps à tirer des bords dans la baie de Fort de France, longer le port de commerce, les cargos et les paquebots puis remonter jusqu’à la mangrove pour trouver la nouvelle marina d’Etang Z’abricot.

Après plus d’un mois de mouillages successifs, se poser au ponton est reposant. Et pourtant, au regard des infrastructures portuaires commerciales qui occupent une partie du littoral de la baie, cette marina est bien décevante. Elle est éloignée de tout, les douches sont mal entretenues et il n’y a aucun service de proximité digne de ce nom. Même le wifi est défaillant ! Lancée en 2015, la marina ne tient pas ses promesses : elle n’a attiré que deux commerces, une boulangerie et une pharmacie. Pas de supérette, pas de laverie, pas de location de voitures et les bus ne passent pas aux arrêts...

Etang Z’abricot est devenue progressivement un « parking à bateaux » pour les navigateurs intermittents car de fait ses tarifs sont attractifs – à la mesure de ses lacunes. Nous y restons une semaine en attente d’un diagnostic pour mes problèmes d’estomac. Heureusement un copain de Normandie arrivé la veille, François – et son ami Bruno (dit Bubu) – nous aident à passer le temps fort agréablement…

Mais lassés de notre isolement et ne pouvant rien faire d’utile, nous décidons de migrer vers la marina « historique » du Marin, pour entamer les réparations nécessaires sur le bateau. La liste est longue : réparer la grand voile, revoir l’étanchéité des cadènes, retendre l’étai, vérifier le mât, changer d’ancre, installer un nouveau panneau solaire, récupérer un nouvel hydro -générateur, réparer le frigo – encore et toujours – inverser le sens du réservoir de gasoil, nettoyer les fonds, réparer à l’enduit les bobos de la coque, réparer le fond de l’annexe qui fuit, caréner si possible etc. Qui a dit qu’un voyage au long cours c’était des vacances ????

Une navigation agitée et gîtée nous mène donc au Marin, en frôlant le rocher du Diamant. L’arrivée dans la baie pleine de cayes et de « trous à cyclone » est splendide et la marina se révèle très pratique, animée et facile à vivre. Véritable ville dans la ville, le Marin reste le port où bat le cœur de la plaisance en Martinique. Nous pouvons enfin communiquer avec nos familles, gérer les urgences et retrouver nos amis : François et bubu, arrivés avant nous, mais aussi Sylvie, qui tient un studio photo et son ex-mari qui a créé ici une école de kite-surf…

  • Fort de France : une capitale au charme discret

Si elle a détrôné Saint-Pierre de son rang de capitale, suite à l’éruption de 1902 qui a détruit la ville et tué 30.000 habitants, Fort-de-France n’a pas conquis tous les cœurs. Certes elle abrite les grandes administrations et l’activité portuaire commerciale, certes elle concentre un tiers de la population de l’île (120.000 âmes), mais elle ne brille ni par ses monuments, ni par son ambiance – plutôt affairée qu’indolente. D’ailleurs on est vite lassés des embouteillages qui bloquent la ville aux heures de pointe. On y trouve cependant tout ce dont on a besoin dans les commerces, une magnifique cathédrale, un fort un peu austère mais imposant – qui donne sur un joli mouillage, un marché couvert bien achalandé, quelques petites places charmantes… mais sans unité architecturale.

Les incontournables de la ville sont la promenade en front de mer et l’esplanade tropicale de la Savane, la Cathédrale Saint-Louis entourée de palmiers, l’imposante préfecture, le musée régional d’histoire et d’ethnographie et surtout la bibliothèque Schoelcher. Ce meccano de pierre et de métal néo- baroque a été édifié à la mémoire de Victor Schoelcher, qui eut un rôle décisif dans l’abolition de l’esclavage (que Napoléon Bonaparte réussit à retarder). La bibliothèque abrite plus de 10.000 livres de littérature française et étrangère légués par le libérateur. Elle fut présentée à l’exposition coloniale de 1889 à Paris puis transportée et remontée rue de la Liberté à Fort de France. C ‘est une curiosité à voir !

Des écosystèmes contrastés : au Sud, plages, hauts fonds et marais…

A la sortie du village du Marin, il est possible d’avoir un aperçu de la variété des paysages du Sud de la Martinique en montant au Morne Gommier, où une plateforme aménagée offre un point de vue grandiose, à près de 360°. Outre la vue sur la baie du Marin, on distingue les plages de sable blond de la presqu’île de Sainte-Anne (petit village resté authentique malgré l’implantation du Club Med) puis les marais salants – derrière la plage des Salines – et enfin les voiles des kite-surfs planant autour du Cap Chevalier et des plages au vent qui s’étirent jusqu’au Vauclin. De l’autre côté, la langue urbaine qui s’étire vers Fort-de-France pousse le regard vers la mer avec au loin le rocher du Diamant et « la femme couchée » (surnom du Morne Larcher).

En partant vers Fort de France depuis Le Marin, après une visite passionnante à l’Ecomusée de Martinique, on atterrit vite à Sainte-Luce. C’est un joli village de pêcheurs, resté populaire mais converti au tourisme. Si vous y êtes à l’heure du déjeuner, c’est le moment de manger des langoustes ou des lambis en bord de mer (je vous recommande pour cela la « Baraque Obama »).

Ensuite, soit vous profitez comme nous du spectacle des régates de yoles (voir les dates sur place), soit vous poursuivez votre route, soit vous empruntez le sentier littoral qui part de la gendarmerie (4 km), soit vous cherchez une plage pour faire la sieste. Autant pousser alors jusqu’au village du Diamant, où les rouleaux qui viennent mourir sur la plage vous berceront quand vous fermerez les yeux sur le plus fameux rocher des Antilles. En repartant par la route côtière vers les Anses d’Arlet, ne ratez pas le point de vue aménagé pour l’admirer d’en haut !

Une fois aux Anses d’Arlet, vous serez sans doute comme nous séduits par l’église Saint-Henri et le ponton qui se jette dans la mer. Si vous le pouvez, allez vous baigner la plage : la houle y est moins forte qu’au Diamant et les fonds sont superbes. Les petits mouillages autour sont très sympas, avec restaurants et cafés où l’ambiance est cool, musicale et festive. La route vous mènera ensuite vers les Trois Ilets, l’un des plus beaux villages de Martinique. Authentique mais attrayant car architecturalement cohérent, c’est un havre de paix au regard de l’agitation tape-à-l’oeil de la marina et de la Pointe du Bout… Quand on vient de plages peu fréquentées on trouve ces lieux un peu surfaits, mais ce sont des « banlieues » balnéaires prisées le week-end pour les habitants de Fort de France !

Sur la face Sud-Est de l’île, les plages au vent expriment leur rudesse. Une randonnée de deux jours, la Trace des Caps, permet de rallier Sainte-Anne au Vauclin, en parcourant une succession de grèves encore sauvages, battues par les vents et peu fréquentées. Le Vauclin aussi reste rustique : c’est un port de pêche actif mais dans son jus, qui vaut surtout pour ses hauts fonds et son exposition aux alizés, lesquels font le bonheur des kite-surfeurs et des planchistes, à la plage de la Pointe Faula (l’UCPA y a un centre, c ‘est dire). Le François n’est guère plus passionnant, si ce n’est pour une succession d’anses et de hauts fonds, protégés par la barrière de corail, dont la fameuse «  baignoire de Joséphine », très fréquentée par les touristes (prévoir a minima une ½ journée).

A la sortie du François se trouve l’Habitation Clément, où est produit le rhum éponyme. Pour avoir visité plusieurs rhumeries, je peux vous dire que celle-ci est un vrai domaine colonial qui reflète la grande époque sucrière de la Martinique. Le parc est magnifique, semé d’oeuvres d’art moderne, l’usine est très bien aménagée pour une visite pédagogique et l’habitation créole en elle-même est superbe, ainsi que toutes ses dépendances.

La visite se fait avec des audio guides bien conçus, mais on rencontre aussi les ouvriers voire le maître de chais qui vaquent à leurs occupations et répondent courtoisement si on les sollicite. La dégustation finale, bien orchestrée, met un terme à ce très bon moment.

Quand nous sommes passés au Robert, nous avons jeté un œil sur les îlets mais foncé vers la presqu’île de la Caravelle pour déjeuner : à la sortie du joli village de Tartane se trouve Mamy Nounou (Hôtel Caravelle), un restaurant que Sylvie nous avait recommandé. La cuisine est bonne, avec une pointe d’ originalité et la vue sur mer ravit les yeux. Ce n’est pas donné (autour de 30 euros/pers) mais certains grills de bord de route sont à peine moins chers ! Le temps de faire une petite sieste et nous voilà rendus au Chateau Dubuc, qui n’est pas vraiment un château, mais les vestiges d’une habitation qui produisait du sucre, du rhum et du café. L’ingéniosité des bâtiments et des moyens mis en oeuvre est vraiment bluffante.

Nous enchaînons avec la randonnée de la pointe de la Caravelle (6,5 km) réputée magnifique. Mais nous nous contentons de rallier le phare, car la nuit tombe…

  • Au Nord, le volcan, les forêts et les montagnes

Si vous n’avez pas le temps de sillonner le cœur montagnard de la Martinique, la Route des Crêtes qui relie le Marin à Saint-François en donne un aperçu, tout en offrant des vues superbes sur la côte atlantique. De même à quelques km au nord-est de Fort de France, la Route de la Trace offre un itinéraire panoramique en s’engouffrant dans la végétation tropicale et dessert quelques beaux chemins de randonnée.

Les moins sportifs pourront découvrir la végétation tropicale au jardin de Balata, un parc floral créé par Jean-Philippe Throze. Ce paysagiste de renom a glané à travers le monde des milliers d’espèces et de variétés de plantes, qu’il a agencées artistiquement dans ce lieu magique, que vous pourrez même voir d’en haut, grâce à un parcours dans les arbres. C’est une des attractions les plus connues de l’île. A visiter quand il fait beau !

A l’aller ou au retour, ne manquez pas de vous arrêter à l’église du village de Balata, curieux modèle réduit du Sacré-Coeur de Paris... Le maire de l’époque avait décidé de faire de Balata un « Montmartre des antipodes » : il a laissé de ce projet ce seul – mais fascinant – témoignage.

En poursuivant notre incursion au cœur de l’île vers Fonds Saint Denis on trouve aussi une cascade très facile d ‘accès et propice à la baignade : le Saut du gendarme, appellation dont l’origine donne lieu à de multiples interprétations, ce qui nourrit le charme du lieu. Là encore, cela ne donne qu’un aperçu des trésors naturels qui peuplent les montagnes, à découvrir par de multiples randonnées.

Tout au Nord, aux pieds du volcan, la nature est encore plus rude. La mer est forte, le sable noir et les villages sont isolés et très rustiques : le charme des bouts du monde ! Surpris par la pluie, nous ne nous y attardons pas. Nous sommes plutôt attirés par Saint-Pierre. L’ancienne capitale ravagée par l’éruption de la montagne Pelée en 1902, est une ville quasi-minérale, comme figée dans un espace-temps doux-amer.

L’ex « petit Paris des Antilles » offre un contraste poignant entre ses vestiges de pierres noircies – sobrement mis en scène – et les constructions récentes du bord de mer – promenade, CCI, halle forgée du marché aux poissons – qui témoignent que la vie a repris ses droits, sans retrouver les fastes d’antan. Le mouillage est vaste et assez confortable, avec une vue imprenable sur la montagne pelée et les éternels nuages qui cachent son sommet. Les villages qui se succèdent entre Saint-Pierre et Fort de France sont selon moi plus jolis à voir depuis la mer, en remontant la côte, qu’à terre. Mais vous avez le droit de ne pas être d’accord !

D’ailleurs, donnez votre avis, ça nous intéresse !

Crédits photos : fboy

Cap au Nord, destination les Antilles !

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Nous laissons la Guyane, ses charmes et ses eaux troubles, derrière nous pour rejoindre les Antilles, cap sur l’île de Tobago. A nous le ciel bleu, les eaux limpides et les îles !

  • De Guyane à Tobago, en 3 jours et demi !

Nous quittons Saint-Laurent du Maroni et David le 5 janvier, sous des trombes d’eau. Il ne faut pas rater la marée qui va nous permettre de remonter le Maroni avec le courant, alors on n’a pas le choix. Mister Linck en poncho à la barre, totalement trempé, moi à la navigation entre la table à cartes et la descente pour lui donner les bouées à suivre, nous mettons un peu plus de 3 heures pour retrouver la pleine mer. Dès les premiers milles, la météo évolue et nous redonne le moral : même si la mer est croisée donc désagréable, même s’il y a près de 30 nœuds de vent, le temps s’améliore. Nous n’avons d’averses que quand un grain nous assaille. Il ne faudrait pas perdre trop vite l’habitude !

Les nuits sont belles, nous croisons des dauphins… et même les pêcheurs sont pacifiques. Je réveille juste le capitaine la seconde nuit pour éviter un énorme navire illuminé de partout qui fait route de collision depuis des heures… et qui s’avérera une plateforme pétrolière en (très lent) déplacement. En tout cas le fameux courant guyanais qu’on nous promettait depuis le nord Brésil semble enfin avec nous : nous avalons plus de 180 milles le premier jour (plus de 7 nœuds de moyenne ! ) et mettrons finalement 3 jours et demi pour faire les 600 milles séparant le Maroni de Store Bay, notre destination. A peine le temps de faire à la mano le pavillon de courtoisie que nous n’avions pas prévu !

Nous arrivons le soir, bien fatigués, et par malchance prenons un casier dans l’hélice au moment d’affaler la grand voile ! Cette fois c’est compliqué car il y a beaucoup de bouts emmêlés. Nous sommes amarrés de fait, au beau milieu d’une passe très fréquentée, notamment par les paquebots et la nuit tombe. Nous ne pouvons rester là. Il faut faire vite car quand nous mettons le moteur, on sent que l’hélice est bloquée, ce qui veut dire que même libérés, nous devrons rentrer dans ce mouillage inconnu, de nuit, à la voile, ce qui est hasardeux… Nous gonflons l’annexe et la mettons à l’eau, pour que Mr Linck taille dans les bouts, que je repère d’en haut sur le bateau… tandis que le soleil décline. Le casier libéré, nous tentons sans grand espoir de mettre le moteur… et miracle, ça marche ! Au ralenti, mais ça marche !

Nous rentrons donc au mouillage doucement mais surement, à la nuit. Dès que nous sommes à portée de VHF nous appelons Patrick et Fabrice qui, toujours serviables, arrivent en annexe pour nous accueillir, nous indiquer une bouée et nous aider à nous amarrer. Après ces émotions et une fois le bateau rangé, nous filons tous les quatre manger une énorme et succulente pizza à La Cantina ! Le village est animé, beaucoup de casinos, cash machines et bars clinquants où de vieux anglais sirotent un brandy avant d’aller jouer leurs économies. Au retour près de la plage illuminée par les étoiles, le Coco Reef Resort, un hôtel de luxe avec plage et port privé, nous nargue… Mais le climat est sain, et ce que nous voyons du paysage nous redonne le moral.

  • Nos retrouvailles avec les Caraïbes :

Après une bonne nuit de sommeil (aahhh dormir plus de 2 heures d’affilée comme c’est bon !), nous émergeons à peine que nous voyons Patrick plonger depuis son annexe sous Moana : bon apnéiste, il est venu nous dépanner et libérer notre hélice de l’amas de bouts accumulés… et il y a de quoi faire depuis nos premières rencontres avec les filets ! Notre ange-gardien y passe plus d’une demi-heure et repart sans même boire un café… Nous filons faire la clearance pour être en règle et retrouvons les garçons quelques minutes plus tard pour visiter l’île en voiture.

Tobago est beaucoup plus grande, montagneuse et diversifiée que nous l’imaginions. Nous découvrons ses trésors au fil des lacets montagneux serrés où s’égrènent les noms exotiques des villages et des mouillages : Anse Fourmi, Englishman Bay, Charlotteville… L »île est bordée de criques aux fonds transparents, offre de superbes panoramas sur la mer bleue électrique et concilie l’authenticité de villages simples et charmants avec le luxe de restaurants et resorts aux emplacements et aménagements sophistiqués. Nous déjeunons ainsi dans un restaurant de Castara construit sur pilotis à flanc de montagne, en terrasse avec vue sur une crique superbe, au milieu des colibris et des manguiers. Quel contraste avec nos précédentes destinations… !

  • Un départ sous le signe de la tristesse…

Ayant refait le plein de vivres, nous partons le lendemain vers Grenade et son île sœur Cariacou, qui sont le premier groupe d’îles des Grenadines. Ces noms font rêver et nous motivent à nous lever aux aurores ! Nous partons en escadre avec Sarama à 5h00 du matin, en braquant dans la pénombre nos lampes torche pour repérer les éventuels casiers et filets qui pourraient de nouveau nous piéger. Et de fait, nous en repérons et contournons quelques-uns… Le jour se lève sur une mer d’huile et sans vent, nous avançons au moteur.

Deux heures plus tard, nous avons fait péniblement 10 milles et le vent commence à peine à se lever quand mon téléphone sonne ! Si loin des côtes, c’est presque un miracle qu’il y ait de la réception ! C ‘est mon frère David et je sais d’emblée à l’heure qu’il est et à sa voix qu’il a une mauvaise nouvelle à m’annoncer. Notre père est décédé à 6h30 ce matin, la fratrie s’organise pour préparer ses obsèques et moi je bascule dans la préparation d’un retour en urgence vers le nord de la France, pour être avec ma famille. Au loin, avec ses 50 pieds, Sarama joue avec le vent et allonge la foulée…

Crédits photos : fboy

La remontée du Nord Brésil : pas si facile ! (2/3)

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Il nous aura fallu près de 13 jours, dont 9 de mer, pour rallier les Iles du Salut, en Guyane, depuis la marina de Jacaré, soit une distance d’environ 1400 milles, en trois étapes. Filets, échouages, pot au noir musclé puis agressions, ça n’a pas été qu’une partie de plaisir ! On vous raconte tout… en trois articles. Voici le second !

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  • D’un mouillage sauvage à un mouillage malsain

Au départ des Lençois, c’est avec une mer formée que nous attaquons les deux petits jours de mer qui nous séparent de Soure. C’est le prix à payer quand on reste sur le plateau continental. En passant vent arrière, la mer et le vent sont plus agréables. Nous gérons notre vitesse pour entrer à Soure à l’étale et profiter de la marée montante. On arrive vers minuit, De nuit, identifier le quai du ferry derrière lequel se trouve le mouillage n’est pas aisé mais on parvient à cette anse, dejà peuplée de bateaux de pêcheurs.

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Nous passons deux heures à trouver un endroit où jeter l’ancre, car la notre croche mal dans cette vase – que l’Imray du Brésil désigne comme de « bonne tenue » mais qui est en fait très molle. De plus la proximité des bateaux les uns avec les autres ne nous laisse pas ‘assez de place pour faire une bonne grosse marche arrière qui permette d’enfoncer l’ancre ! On parvient finalement à se poser en échouant (l’avantage étant de ne pas déraper) et puis à dormir, malgré la nuée de moustiques qui nous assaille depuis les berges de la mangrove voisine. Le lendemain matin nous nous rapprochons des quais et profitons que les pêcheurs soient partis travailler pour faire une manoeuvre de mouillage dans les règles, dans une vase un peu plus dure. Voir la chaîne tendue détend mon skipper préféré !

  • Interdits de débarcadère :

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Dans la perspective de laisser le bateau au mouillage pour passer deux jours à Belem pour faire les formalités de sortie du Brésil, il nous faut trouver quelqu’un qui « garde «  le bateau. Sur le blog du bateau Romarin, nous avions vu à Jacaré qu’il avait été facile de trouver quelqu’un de confiance par l’entremise d’un restaurateur français, François, qui tient le Café de Soure. Notre première balade à terre vise donc à trouver cet homme de confiance. Ayant la flemme de gonfler l’annexe pour aller au débarcadère (qui sert officiellement aux lanchas qui relient les deux rives), nous faisons du bateau stop : les lanchas ne se détournent pas pour venir nous chercher à 30 m du ponton, mais un petit pêcheur si, que nous dédommageons de 5 réis. Au retour une lancha acceptera de nous déposer au bateau au prix de la traversée soit 2 réis…

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Cependant en « ville » personne ne semble connaître le Café de Soure. On nous oriente soit vers l’église où nous ne voyons pas cette enseigne, soit vers le marché, où il n’y a que des gargotes. Sous un soleil de plomb nous errons pendant une demi-journée dans tout le village, en vain. Nous repérons néanmoins le ferry, ses horaires, et découvrons qu’il faudra passer le we ici avant d’aller à Belem (départ 6h00 le matin et retour 9h00 le lendemain, sauf le dimanche). Nous sommes sur le point de rentrer quand nous découvrons le fameux Café Soure, dont nous ne voyions pas l’enseigne quand nous étions sur son trottoir ! Malheureusement il est fermé et quand nous y repassons le soir, pour dîner de délicieuses crêpes et salades « à la française », le patron n’est pas là. Promis, nous le verrons que le lendemain matin…

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Or, entre temps, nous avons gonflé l’annexe pour faciliter nos allées et venues, vu que les lanchas n’étaient pas coopérantes. Dans la nuit, après la fin d’une soirée musicale à 90 décibels, un bateau de pêcheurs dérape sur son ancre, dérive et vient nous percuter. Nous le repoussons et relevons un peu d’ancre pour prendre des distances… Deux heures plus tard, le bateau est dans la vase et commence à s’échouer, de travers sur un talus ! Ainsi sur le flanc, il fait la curiosité des pêcheurs qui se moquent un peu de nous (pour nous ce n’est pas une bonne nouvelle et c’est désagréable d’être autant penchés, mais la vase est molle et le bateau ne souffre pas, il s’incline et se redresse avec l’eau). Nous achetons des mangues et commandons du poisson à l’un deux qui passe le long de notre bordé… Il nous livre du poisson congelé, qui une fois décongelé ne tiendra pas deux heures par ces très fortes chaleurs (on a plus de 40 degrés dans le bateau). Vers 7h00 du matin le bateau comme prévu se redresse avec la marée, après avoir été l’attraction du village.

Le temps de tout remettre d’équerre nous repartons en annexe au village. Mais nous nous faisons refouler au débarcadère par les passeurs qui revendiquent toute la place pour leurs lanchas. Hier c’était ok ce matin ça ne l’est plus. Nous proposons de payer pour qu’ils nous transportent du bateau au débarcadère mais ce n’est pas dans leur trajet, donc c’est niet. Nous discutons, en vain malheureusement, et devons repartir pour négocier d’échouer sur la cale de carénage des pêcheurs. L’un deux nous dit ok, les autres nous regardent de travers, un troisième nous dit qu’il faut garder l’annexe donc lui donner un pourboire pour que tout se passe bien. On dit ok car on est pressés, mais arrivons trop tard au rendez-vous de midi pour voir François. Nous faisons par défaut quelques courses pour les repas à venir. De retour à l’annexe Mister Linck refuse de payer le « gardien » (qui était dans son bateau, bien loin du notre), et un autre pêcheur lui fait signe de ne rien donner… Ca commence fort !

Le soir nous retournons au Café Soure et trouvons enfin François, un homme charmant qui très gentiment engage des démarches pour nous trouver « un gardien de confiance ». Lors du passage de Romarin, c’est lui qui avait orchestré l’amarrage du bateau au sein même de la ria des pêcheurs (nous comprendrons plus tard que ceux-ci n’ont pas apprécié l’intrusion d’un plaisancier dans leur territoire). Nous dînons en attendant des nouvelles, mais rien n’aboutit dans le délai imposé, trop court. Rendez-vous est pris pour le lendemain matin. Qu’à cela ne tienne, nous rencontrons au restaurant une famille française qui vient de Kourou, en vacances. C’est l’occasion de prendre des infos sur notre prochaine destination et de parler français !

  • Des pêcheurs intimidants voire agressifs :

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De retour au bateau, celui-ci semble mieux placé qu’hier, nous sommes optimistes. Par contre les pêcheurs nous ont encerclé à quatre mètres les uns des autres, sans prendre en compte notre rayon d’évitage. L’un deux vient d’ailleurs mollement se frotter à nous, nous râlons, il reprend un peu de chaîne et repart dormir. A un autre qui arrive pour mouiller derrière nous je crie qu’ils sont déjà bien trop près, et ils s’éloignent fort heureusement.

Moana échoué à Soure

A 4h00 du matin, rebelote, le bateau commence à se coucher, la quille prise dans la vase. C’est déjà trop tard, nous répétons la longue attente de la veille. Mais nous le prenons mieux et faisons des photos des dessous de Moana, validant que le carénage fait à Jacaré a été bien fait. Un bateau de pêcheurs s’est installé à moins de trois mètres de notre tableau arrière, les marins nous matent d’un air narquois et se marrent. On râle un peu (en portugais bien sûr) car dès qu’il va flotter Moana va tourner avec le courant et risque de le heurter. Rien n’y fait, le capitaine ne bouge pas une oreille.

Nous repartons vers le Café de Soure, las de ces intimidations à peine cachées. A la cale, nous redemandons l’autorisation de déposer l’annexe et le plus vieux pêcheur nous dit ok. Nous retrouvons ensuite François, qui n’a finalement aucun contact disponible pour lundi. Nous évoquons le comportement des pêcheurs, François s’en étonne mais nous dit d’aller mouiller ailleurs, plus en amont du fleuve… Nous décidons de ne pas prendre le risque de laisser le bateau seul dans ces conditions et préférons partir, quitte à zapper la visite de Belem ainsi que la clearance de sortie (ce qui nous rend de fait hors la loi et nous empêche de revenir au Brésil avec Moana). Le projet de naviguer sur le fleuve et d’explorer une petite partie de l’Amazonie brésilienne tombe de ce fait aussi à l’eau… Mais les conversations avec d’autres habitants nous confirmeront que notre présence n’est pas bien perçue, comme si les pêcheurs voulaient se préserver de l’invasion des plaisanciers…

Une question demeure : pourquoi ne pas nous avoir parlé de ce problème ? Et pourquoi promouvoir ce mouillage et afficher à son entrée des panneaux de « Bienvenue » aux touristes, si c’est pour que les pêcheurs jouent les gros bras et chassent les rares plaisanciers qui passent ? Il y a comme qui dirait une divergence d’intérêts, non ? Ca me rappelle les thoniers de l’île d’Yeu qui toléraient à peine le tourisme, il y a 20 ans, et qui maintenant qu’ils ont perdu certaines zones de pêche préemptées par les espagnols, ne sont plus si regardants…

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La décision de partir étant prise nous faisons quelques courses de « frais » pour affronter les cinq jours de mer qui nous attendent pour atteindre Guyane. Nous en profitons pour liquider nos derniers réis. Quand on revient au bateau, notre voisin est venu se coller à Moana et chevauche notre chaîne, dans une manœuvre qui ressemble bien à une tentative de nous faire décrocher l’ancre. C’est stupide car il risque d’y prendre son arbre d’hélice et d’endommager son moteur ! Nous repoussons le bateau des pêcheurs, protestons fermement et il s’éloigne… pour revenir 5 mn après mouiller sur notre tribord, toujours à 4 mètres de Moana. Nous nous mettons alors vraiment en colère et leur disons qu’on va partir dans 3 heures avec la marée et qu’ils peuvent garder pour eux leur village de m….

Je sais, ce n’est pas courtois ni malin, mais ça fait du bien quand la tension est à ce point. Le pêcheur se retire, non sans faire mine de nous rentrer dans le tableau arrière… Nous partons sans un regret – hormis pour les gens comme François qui tentent de travailler avec les touristes dans ces conditions. Les orages violents qui nous cueillent à la sortie du fleuve sont comme l’épanchement de nos tensions. Mais ce n’est malheureusement pas la fin de nos difficultés en Amazonie…