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La remontée du Nord Brésil : pas si facile ! (1/3)

Il nous aura fallu près de 13 jours, dont 9 de mer, pour rallier les Iles du Salut, en Guyane, depuis la marina de Jacaré, soit une distance d’environ 1400 milles, en trois étapes. Filets, échouages, pot au noir musclé puis agressions, ça n’a pas été qu’une partie de plaisir ! On vous raconte tout… en trois articles. Voici le premier.

Jacaré

  • Un départ émouvant de Jacaré :

Après un mois passé à la marina Jacaré Village, même si nous avons voyagé pendant 15 jours dans le pays (voir ici pour Rio et ici pour Salvador), le départ a été un moment fort. Cette marina est si conviviale qu’à force de concerts, soirées barbecues, anniversaires et coups de main de ponton, les amitiés se créent vite. Difficile de partir, quand tous les copains de bateau viennent vous saluer sur le quai et vous aider à larguer les amarres… Qu’est-ce que ça doit être pour ceux qui laissent leur bateau un an ou deux ici et qui vivent pendant de longs mois « comme en famille » ! Heureusement ce moment d’émotion allait vite laisser la place à la navigation, le fleuve exigeant de veiller aux bancs de sable. Nous mettons le cap sur notre première escale, les Lençois, parc naturel abritant des dunes immenses donnant sur des lagunes et des forêts désertiques…

ciel de mer

Comme d’habitude, nous avons plus de vent que prévu (25 nœuds vs 10), ce qui permet à Moana de faire de belles moyennes (souvent 150 milles par jour). La première journée est plutôt cool, on croise une tortue et on héberge des oiseaux clandestins à bord. La nuit débute dans le rougeoiement des champs de canne à sucre incendiés, puis on croise quelques cargos et des pêcheurs en groupe, dont les mouvements sont difficiles à discerner car ils n’ont pas de feux indiquant leur cap, seulement de gros feux blancs pour la pêche… Difficile de savoir s’ils vont sur nous ou s’ils s’éloignent, d’autant qu’aucun n’émet de signal AIS, permettant d’éviter les collisions. L’un deux d’ailleurs manque de nous percuter (il fonce puis s’arrête net sous notre nez). Rien de grave… mais cela nous décide à tirer au large, pour être plus tranquilles. Le lendemain se passe sereinement vent arrière avec le genois tangonné. On doit juste régler de nouveau le pilote automatique qui ne répond plus correctement depuis qu’on a changé son moteur (noyé durant la transat, pour rappel). Mister Linck ajuste les réglages et hop c’est reparti…

  • Un anniversaire mouvementé :

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Le 10 décembre, c’est l’anniversaire du capitaine, qui reçoit un pavillon français dédicacé en cadeau de nos amis « les Pilhaouers » ! Mon cadeau à moi est encore virtuel… on en reparlera. C’est une belle journée ensoleillée, on s’étonne que le panneau solaire ne débite pas : eh bien voilà, les fils d’alimentation sont oxydés sur toute leur longueur par l’air marin, et donc l’électricité ne passe plus ! Après l’hydro-générateur dont on n’a toujours pas trouvé la panne, cela nous condamne à ne générer d’énergie qu’au moteur (avec l’alternateur). On rit jaune en pensant que si on veut faire jouer le garantie, on nous dira surement qu’un panneau solaire souple ne doit pas être laissé dehors aux embruns !!!

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Le lendemain matin, la visite de deux groupes de trois grands dauphins (tursiops) nous met du baume au cœur, on met même des lignes de pêche à l’eau : sur trois prises, l’une casse la ligne, deux décrochent. On est pas très efficaces côté pêche ! Avec une mer agitée, la tentative de regarder un film est également avortée, le disque dur étant trop secoué pour accepter de lire les fichiers… Vous comprenez pourquoi on n’écrit pas sur le blog en mer !

Dans la nuit un filet nous ramène aux réalités et profite d’un moment d’inattention de Mr Linck pour se prendre dans la quille. Il faut dire que les filets ne sont presque jamais éclairés donc on joue à la roulette russe ! Ca fait un bruit de câbles d’acier qui s’enroulent et se tendent… et le bateau s’arrête. Avec la grosse lampe torche on trouve vite le coupable et on voit au loin le pêcheur propriétaire, qui ramasse d’autres filets. On lui fait des signes lumineux pour qu’il vienne nous aider à décrocher proprement son engin de pêche. En vain. On n’attend pas des heures et testons diverses approches : on tente une marche arrière à la voile, au cas où cela suffirait à désengager le filet. Ca ne marche pas. On tente d’attraper un bout de filet pour couper le flotteur ou la trémaille avec un manche à balai armé d’un couteau bien tranchant : on perd la gaffe dans la manœuvre car le filet tire trop fort. On affale la grand voile pour qu’elle ne génère plus d’erre et que le bateau dérive sur le filet (en l’aidant à la barre of course). On part alors chercher un croc qui nous sert d’habitude à amortir le mouillage, doté d’un long bout. Avec ce croc Mister Linck attrape le filet « au lasso » et on le remonte au winch avec le bout. Il est alors assez facile de couper la trémaille et le flotteur, avec un simple couteau à pain…

dsc_0950Quel soulagement quand le filet s’enfonce et libère notre quille ! Le bateau repart immédiatement, on envoie les voiles. Le pêcheur revient sur nous mais cette fois nous nous efforçons de l’éviter : il n’est pas venu nous aider, nous avons dû nous débrouiller, nous sommes désolés mais on ne lui doit rien. On espère d’ailleurs que le moteur n’a pas subi d’avarie dans l’incident. On le teste… C’est bon. Le contrecoup du stress et des efforts physiques est brutal, nous tombons de fatigue, et faisons des quarts rapprochés pour récupérer. Le lendemain midi on mange des pâtes au foie gras pour fêter ça !

  • Les Lençois, une des perles du nord Brésilien

dunes lençoisVers 16 heures nous arrivons à l’ilha do Lençois, sous deux grains successifs alternant petite pluie, pétole puis rafales et enfin averses. Qu’importe, la côte est superbe, dominée par des dunes de plus de 25 m de haut et ourlée de forêts. Une vaste baie s’ouvrant sur des chenaux s’offre à nous, apparemment totalement sauvage. En approchant on discerne une plage à la pointe, où se dressent trois carbets, et quelques bateaux de pêcheurs qui viennent ici passer la nuit. On tourne un peu sur la zone derrière cette plage (on nous a dit « juste après le bout de l’île tu peux mouiller en sécurité ») et on hésite à aller plus loin car en tentant d’avancer nous passons sur des fonds de 40 cm sous la quille, ce qui est n’est pas très rassurant. Il y a d’ailleurs là un banc de sable où sont plantés trois palmiers qui dépassent à marée haute, comme un avertissement au navigateur !

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Nous mouillons d’abord juste à côté de la plage dans 5 m d’eau, mais le bateau roule car la mer est trop proche. Donc nous allons jeter l’ancre un peu plus loin, dans 180 cm d’eau, que le marnage très important se chargera de réduire à zéro. Comme le fond est constitué de vase, nous craignons une mauvaise tenue de l’ancre et le choix de Mister Linck est de mouiller dans peu d’eau pour échouer à plat et donc ne pas risquer de déraper puisque la quille sera prise. Nous fêtons son anniversaire dignement cette fois dans un cadre idyllique (avec bougies, gâteau etc), tandis que les pêcheurs font un feu de camp près des carbets, que la forêt grouille de vie… Nous sommes (presque) seuls au monde dans cette baie magnifique, sous la lune bienveillante. Nous apprendrons plus tard qu’il aurait fallu passer l’autre bout de l’ile pour mouiller face à un village pittoresque installé aux pieds des dunes… Nous avons sans doute raté quelque chose, mais nous étions plutôt contents de notre sort.

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Quand nous repartons le lendemain, un peu à la hâte car la marée est plus rapide que prévue (décalage entre le port principal et cette zone éloignée), nos amis du bateau Sarama – Patrick et Fabrice – nous appellent à la VHF… car eux sont en train d’arriver. Nous échangeons des tuyaux mais suivons chacun notre route, la notre visant désormais Soure, un petit village à l’entrée du fleuve Para qui nous permettra de rejoindre Belem pour faire les papiers de sortie du Brésil. Belem a très mauvaise réputation en termes de sécurité, notamment pour les marins, et on nous a conseillé cette escale en amont, qui nous permettra d’y aller en ferry.. On ne sait pas encore ce qui nous y attend…

Crédits photos : fboy

Rio de janvier… bonheur dès décembre !

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Après les Jeux Olympiques de cet été, et depuis le temps qu’on en parlait, nous sommes partis à l’assaut de Rio de Janeiro et de ses merveilles. Une ville surprenante et éclectique, où la nature omniprésente nous a comblé !

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Rio réalise la prouesse d’être à la fois une mégalopole, l’archétype d’un art de vivre exubérant et une merveille de la nature. Des images diverses de la ville nous viennent spontanément en tête (Carnaval, Corcovado etc) mais la réalité est un peu différente, avec des « plus » et des « moins ».

  • Au delà des images d’Epinal :

Il est clair que la coupe du monde de foot de 2014 puis les JO de 2016 ont profondément modifié la physionomie de Rio. La ville s’est développée, des quartiers entiers ont été aménagés de manière moderne – – autour du port notamment – d’autres restaurés et les moyens de transports se sont développés.

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Ce qui nous a le plus surpris ce sont les gratte-ciels ultra modernes construits au pied du centre historique et dans un quartier, le Centro, où les églises et anciens couvents, souvent magnifiques, se trouvent finalement « asphyxiés » à l’ombre du béton… Le manque de cohérence architecturale se retrouve dans la plupart des quartiers, malheureusement. Seul Santa Teresa, où les maisons sont encore prépondérantes, affiche une cohérence de style, dans un quartier haut perché et « bobo » qu’on compare un peu trop vite a Montmartre. Le seul point commun c’est que ça monte et qu’un tramway assure une liaison avec le quartier ancien et festif de Lapa….

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Heureusement la nature reste omniprésente.  La ville est parsemée de rochers de granit, en mer comme sur terre, dont le Pain de Sucre est le plus illustre. Or, la mer est partout : au sud le long des 36 km de plages de Copacabana, Ipanema, Leblon, etc mais aussi au nord et à l’est… avec de belles balades à faire. Un vaste et charmant lac (Lagoa) s’étend derrière ces plages mythiques, tout à côté du Jardin Botanique et du Parquet Lage (tous deux à ne pas rater). Last but not least, Rio abrite la plus grande forêt urbaine du monde : la forêt Tijuca, située aux pieds du Corcovado, où de nombreuses espèces animales et végétales menacées d’extinction vivent encore. Enfin, la baie de Rio (baia da Guanabara) ainsi que ses îles sont une destination en soi.

Quant au culte du corps, il reste vivace le long des plages et notamment de celle d’Ipanema, où les cariocas se baladent en tenue très légère, en faisant voir leurs muscles. Celle d’Ipanema est la préférée des sportifs, car on peut s’y baigner sans crainte et dans un joli cadre tandis qu’au nord, à l’est ou même à Copacabana, la pollution de l’eau dissuade toute baignade ! Quoi qu’il en soit le culte du corps a trouvé ses limites avec la crise : une grande part de la population est en surpoids, du fait d’une nourriture très sucrée et grasse, quand ce n’est pas la malnutrition…

  • A la découverte du Rio touristique 

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Il faut prévoir quelques jours pour visiter Rio car si comme nous vous subissez deux jours de pluie, vous raterez l’essentiel. Pain de sucre et Corcovado sont vite dans les nuages, et la pluie tropicale mouille vraiment, rendant la lecture des guides compliquée, la balade boueuse… la visite des musées salvatrice (nous avons aimé le Musée d’Art Naïf et le Musée « de demain », mais il y en a bien d’autres !).
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Dès que le ciel est assez dégagé, foncez visiter les deux joyaux absolus de Rio :

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  • Le Pain de Sucre, qui offre une vue imprenable sur la baie, le Corcovado et la ville, de si haut que l’on voit les aigles voler et les avions approcher et atterrir à l’aéroport ! La montée se fait par un téléphérique, en deux étapes, avec une très belle vue notamment sur l’enfilade des plages… Les deux plateformes d’accueil sont très bien aménagées, touristiques mais pas trop. On atteint le départ des téléphériques par taxi, métro ou par le bus qui va à Urca.

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  • Le Corcovado, c’est le Christ Rédempteur qui veille sur la ville. Plus haut encore que le Pain de Sucre, il offre une vue incroyable sur la ville toute entière, quand le ciel est sans nuage. Quand le temps est couvert la vue est moins impressionnante car parcellaire, mais les nuages envahissent le belvédère et offrent alors des moments magiques… On monte au Corcovado par un mignon train à crémaillère, qui traverse la forêt, c’est sympa.

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NB : On peut aussi y monter par un sentier d’1h00 à 2h00 qui traverse la forêt primaire de Tijuaca. Sans grande difficulté cette randonnée devient plus scabreuse quand le sol est détrempé. Quand nous avons pris cette option pour descendre après nos deux jours de pluie, c’était plus sportif que prévu ! Le passage d’un rocher particulièrement glissant mais équipé d’une chaîne et de marches, avec les randonneurs « montants » qui se marraient en bas, m’a fait perdre quelques litres de sueur… et un peu de ma dignité (Briget Jones sort de ce corps !!!). On a bien senti nos muscles pendant 3 jours, au point d’en mal dormir, mais on a vu des cascades, plein de ouistitis, de lumuriens et une forêt splendide…

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Les plages de Copacabana Ipanema, Leblon etc méritent leur réputation car elles s’intègrent dans un décor naturel superbe. Elles sont bordées de larges allées où vendeurs de coco, paillotes et vendeurs de souvenirs vous sollicitent gentiment. Côté terre par contre les immeubles des années 70 défigurent Copacabana, c’est mieux vers Ipanema et encore mieux en allant vers Leblon puis les quartiers chics, mais le béton est bien là. La présence permanente de policiers est là aussi pour rappeler le climat d’insécurité qui règne sur les plages, à éviter de nuit !

  • Rio en pratique :

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Comme la ville a un plan de circulation complexe (du fait des tunnels sous les montagnes), le taxi et le bus sont les moyens de transport qui permettent de se repérer. Encore faut-il savoir quel bus prendre et dans quel sens (nous sommes allés un soir très loin dans la banlieue ouest en nous égarant, belle découverte mais belle perte de temps) ! 

Pour se restaurer, on trouve partout pléthore de supérettes et de brasseries, ainsi que des fritures, du maïs ou des coco à chaque coin de rue. La restauration est chère dans les zones touristiques (notamment Santa Teresa, Lapa, etc). Nous avons particulièrement apprécié la cuisine et le site d’un resto « au kilo » avec vue mer, au pied du téléphérique du Pain de Sucre, près du Cercle Militaire (le Terra Brasilis). Egalement le bistrot français La Bicyclette, à l’entrée du Jardin Botanique, pour sa qualité de service, ses plats, son café et ses gâteaux, le tout à petit prix.

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Sinon, chaque quartier a son charme. Pour se loger et bien dormir, Santa Teresa – plutôt « bobo » et Lapa – très « festif » et artistique – ne sont pas idéaux. Gloria, Flamengo et le Botafogo sont assez résidentiels et bien situés pour visiter mais sans grand charme. Les fans de plage privilégieront la proximité en se logeant dans les appartements ou hôtels du front de mer. Et les opportunistes choisiront Laranjeiras, pour son calme, ses belles résidences et sa proximité avec les lieux touristiques. Le Centro peut être un point de chute mais la nuit et le week-end, à partir du samedi midi, tout y est fermé, ce qui rend les rues peu sûres… et pas très attrayantes.

  • Ilha Grande : grande et belle, même sous la pluie

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Quand on est à Rio, tout le monde parle de ce paradis tropical, au point de nous décider à y passer deux jours. Comme elle abritait un pénitencier, Ilha Grande a été préservée du tourisme jusqu’à il y a 20 ans. Depuis, les autochtones se sont rattrapés… mais le site reste superbe, et le village d’Abrao a gardé son charme. Beaucoup de cariocas y passent le week-end, c’est donc plus cher et plus encombré qu’en semaine. Y aller est simple et agréable, il suffit de 2 heures de bus puis d’1 heure environ en ferry (de Mangaratibia) ou goélette (d’Angra).

Pour le reste, faites tout le contraire de nous :

  • partisans du « sac léger », nous n’avions pris qu’un t-shirt, un maillot de bain et des sous-vêtements de rechange : nous avons été punis de notre insouciance par 36 heures de pluie tropicale. Même en achetant des ponchos, nous avions froid ! Prenez de quoi avoir chaud et randonner ou naviguer sous la pluie…
  • ne réservez pas d’excursion à l’avance : même si elle est belle, la plage de Lopez Mendes ne mérite pas de passer 6 heures sous la pluie battante, à attendre un bateau qui ne viendra qu’à la dernière rotation (économies de carburant oblige). Idem pour les randonnées, et notamment l’ascension du sommet local… Nous nous avons fait une partie de l’île à pied, par les plages, donc en restant autonomes. Et nous avons profité du temps libre restant pour rattraper notre retard de shopping touristique ! 
  • prévoyez plus de deux jours de visite pour espérer avoir du beau temps et voir les plus beaux sites, qui sont nombreux (l’île est grande, comme son nom l’indique).
  • choisissez une pousada située sur le port même, pas aux extrémités du village : la terre battue sous la pluie battante, ça fait de la glaise et des flaques énormes qu’on ne peut éviter. En tongs, c’est moyen :-)))

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Malgré tout, nous sommes tombés sous le charme de ce site naturel, absolument unique. En tant que marins, nous avons apprécié les multiples petits mouillages sauvages et tranquilles. Et aussi l’état d’esprit cool des habitants, qui font avec ce qu’ils ont. Même si la mer était agitée et la plongée impossible, nous imaginions les trésors cachés sous l’eau. Au final, nous rêvons de revenir visiter Ilha Grande et toute la côte sud de Rio, qui offre des baies pleines de sérénité (j’ai même osé une comparaison un peu abusive avec la baie d’Halong, c’est dire !).

Si vous aimez Rio et ses îles, racontez votre voyage pour enrichir cet avis très subjectif !

Crédit photo : fboy et Carlos Ortega via Compfight

Salvador de Bahia : la joviale afro-brésilienne

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Salvador est une ville atypique, berceau de la civilisation brésilienne et bordée par la Baie de tous les Saints. Ceci explique peut-être cela. D’une richesse insolente dans sa partie historique, elle est parfois très pauvre dans ses bas quartiers. Par miracle, son art de vivre indolent et festif, mais aussi la beauté de ses monuments et de la nature alentour semblent sceller l’unité bahianaise… Avenante et joyeuse, on y prend vite goût !

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  • La « Rome noire » est un creuset de diversité :

A Salvador de Bahia, la majorité de la population descend des anciens esclaves africains, venus travailler dans les champs de canne à sucre pour faire la fortune des colons portugais. Le mélange afro-brésilien impacte la culture locale, la nourriture (épicée) et les croyances (vaudou). Cela explique aussi sans doute la place prépondérante de la musique dans la vie quotidienne et la réputation du carnaval de Bahia, on ne peut plus coloré. D’ailleurs, dans la rivalité ancestrale qui oppose Salvador à Rio, la première est réputée laxiste et festive, la seconde snob et paresseuse (on dit que le Christ Rédempteur de Rio a les bras écartés en attendant que les cariocas travaillent pour applaudir ;-).

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Par ailleurs, Bahia est une ville divisée entre une partie haute, incluant notamment le centre historique – fief des seigneurs du sucre – et la ville basse (« cidade baixa ») où se trouvent à la fois la première cathédrale édifiée au Brésil (la cathédrale de Bomfim, à voir !), la zone portuaire (commerce, marine nationale et pêche), les administrations, les plages, les forts et les phares, les marchés (dont le fameux marché Sao Joaquim) etc.

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Les deux villes sont reliées depuis 1873 par un ascenseur qu’on voit sur la plupart des cartes postales : l’elevador Lacerda. Tout autour de ce cœur de ville divisé, des quartiers, certains résidentiels et certains très pauvres, se sont greffés anarchiquement, si bien que l’on passe de l’un à l’autre sans le vouloir… Comme si les temps modernes avaient réussi à imposer la mixité sociale :-))

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  • Le Pelourinho : historique, pléthorique, esthétique :

Certains touristes côtoient les quartiers résidentiels du bord de mer, bien agréables – autour du phare de Barra notamment. La plupart optent cependant pour la ville haute, car toutes les instances touristiques les encouragent à visiter le Pelourinho, qui concentre beaucoup d’intérêts historiques et architecturaux, ainsi que les hébergements et la restauration.

Pour s’y rendre depuis la gare routière ou l’aéroport il faut prendre un taxi, ou un bus qui dessert la Praça da Sé (« la place de la Sé »). A cet arrêt il faut prendre la rua Chile vers la droite pour entrer dans le centre historique et enchaîner les esplanades :

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  • la Praça Thomas de Souza, bordée par le Palacio Rio Branco, bel exemple d’architecture Renaissance, est aussi le point d’accès à l’ascenceur Laverda. Elle offre à ce titre un panorama superbe sur le marché (« Mercado modelo» essentiellement artisanal), le port, la Baie de tous les Saints… Un spectacle que l’on peut apprécier à toute heure et plus encore au coucher du soleil, en mangeant des glaces.
  • par la rue de la Miséricorde on arrive à l’église éponyme et au musée d’art sacré, qui vaut le détour compte tenu des influences africaines locales.
  • puis on accède en faisant quelques mètres à la Praça da Sé, qui a son propre belvédère et qui présente de jolies maisons polychromes, ainsi qu’un bassin avec des jets d’eau (dont il est bon de profiter, avec une maladresse feinte, aux heures chaudes !). Des vendeurs de souvenirs et de galettes de tapioca, ainsi que quelques magasins de musique, assurent une animation permanente…

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  • en continuant tout droit on arrive au superbe Terreiro de Jesus, immense esplanade ornée de palmiers, d’une belle fontaine (de style français ?), et cernée par pas moins de trois églises et un couvent :

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  • la Basilique de la Sé, mélange très exubérant de baroque et roccoco, est l’église phare de la ville. Jamais restaurée depuis plus de 300 ans, elle subit un lifting en 2016.
  • les églises de Sao Pedro et Sao Domingo, moins illustres

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  • et dans le renfoncement en face de la Sé, le couvent de Sao Francisco et son église, qui méritent vraiment une visite, si possible commentée pour comprendre les tenants et aboutissants de la richesse étalée dans les ors de l’église, réputée la plus riche du Brésil. Les azulejos portugais qui ornent le couvent retracent la légende de Saint-François d’Assise et son renoncement aux biens matériels… On pourrait y voir un paradoxe !

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Après cet enchaînement de places, diverses ruelles bordées de boutiques artisanales et de restaurants descendent vers le Largo do Pelourinho (place du Pilori). Sur cette grande place, poumon du quartier, tous les mardis à partir de 19h30, des musiciens viennent jouer de la musique et déambuler dans les rues, drainant une foule compacte et enjouée (une sorte de Sérénata comme à Olinda, souvenez-vous, c’est ici).

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La place abrite aussi la Fondation de l’écrivain Jorge Amado, le Musée de la ville et l’église Nostra Senhora de Rosario dos Pretos, jadis réservée aux esclaves (de fait, tous les saints y sont noirs). Le mardi soir avant le concert improvisé dans les rues voisines, les paroissiens viennent y assister à une messe célébrant le syncrétisme, et de fait vraiment très conviviale : le prêtre bénit tout le monde à la cantonade, on s’embrasse, on chante, on rit, les touristes sont bienvenus, c’est très sympa !

  • Du Carmo à la place Santo Antonio, un quartier très accueillant !

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Si vous avez le temps, remontez la rua do Carmo (belles galeries d’artistes naïfs) vers le couvent, l’église et le musée do Carmo. Pendant notre séjour l’église était fermée (dommage, car elle recèle un Christ dont le sang qui perle est constitué de 2000 rubis !!!) et nous avons zappé le musée. Par contre le couvent, transformé en hôtel chic, est superbe. Il est aussi accessible par son restaurant… et ça vaut le coup d’y aller (je vous raconte ça quelques lignes plus bas).

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Vous entrez ensuite dans le quartier Santo Antonio, où les pousadas et les cafés/restaurants s’enchaînent. Tous les commerces situés sur la gauche de la rue disposent de terrasses avec une vue souvent magique sur la Baie de tous les Saints ! La rue est longue et aboutit à l’esplanade Santo Antonio, avec un petit jardin, une belle église et un point de vue sur la baie et les infrastructures portuaires. C’est un peu le bout de la vieille ville, d’ailleurs marqué par la présence d’une petite citadelle fortifiée. On peut repartir dans l’autre sens par des rues adjacentes à la rua Santo Antonio…

N’hésitez pas à traîner le soir dans ce quartier, à l’heure du goûter ou du dîner. Alors que partout ailleurs les tarifs flambent pour des prestations moyennes (y compris dans les gargotes installées sur le terre-plein du Terreiro de Jesus), nous avons craqué pour deux endroits fort sympathiques :

  • le Cafetelier, avec son intérieur traditionnel et sa petite terrasse cosy, est un excellent salon de thé et propose aussi le soir des petits plats simples à déguster à la bougie en admirant la vue. Le tout est d’y trouver une place !
  • ayant testé pas mal de restaurants banals et chers, nous errions indécis dans le quartier quand nous avons décidé de jeter un œil au couvent do Carmo, sous prétexte de regarder la carte du restaurant. Surprise, à côté de plats certes un peu coûteux, on trouvait des hamburgers et des salades tout à fait abordables. Nous avons donc dîné dans le cloître, sur des fauteuils en velours et sous des lampes à bougies, au chant des cigales, dans un cadre superbe, pour environ 20 euros par personne… Un super moment.

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Coté hébergement, la concurrence est forte entre hôtels et pousadas donc le niveau de prestations est généralement bon, même si le standing augmente avec le prix. Pour notre part nous étions à la Pousada do Boqueiro, rua direita do Santo Antonio, dans une chambre simple mais fonctionnelle, et avons apprécié un petit déjeuner gargantuesque et la vue depuis la terrasse, pour environ 40 euros la nuit…

En bref, si vous voyagez au Brésil, ne manquez pas Salvador qui incarne bien l’image que l’on a du Brésil en France ! Enfin, donnez votre avis, nous n’avons eu qu’un aperçu de la ville, en 4 jours…

Crédits photos : fboy

Olinda vs Récife : le match entre tradition et modernité !

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Quelques semaines de pérégrinations nous ont éloigné de ce blog, mais nous voici de retour, le sac à dos plein de souvenirs à partager ! On commence par deux sœurs que (presque) tout oppose : Olinda la séductrice et Récife la cérébrale…
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Ces deux villes du Permanbouc, situées donc dans le même Etat que Fernando de Noronha – qu’on ne peut que vous conseiller (voir ici) – sont liées par leur histoire. Olinda a été la première base portugaise du Permanbouc, établie en 1537 sur 7 collines verdoyantes. Fief des pionniers portugais, ces derniers la couvrent d’églises et de couvents, mêlant pouvoir économique et religieux. Elle est de fait la capitale de l’état pendant deux siècles. La belle est incendiée puis reconstruite mais doit céder au 19ème siècle la place à Récife, dont la configuration est plus favorable au commerce maritime, du sucre notamment. Récife est aujourd’hui une ville moderne hérissée de gratte-ciels qui s’est développée à marche forcée ces dernières décennies. Les deux cités se regardent en chien de faïence, chacune jouant de ses atouts.

  • Olinda, la ville-musée :

Selon la légende, Olinda tiendrait son nom du cri poussé par son découvreur, lorsqu’il aborda la côte : « O linda ! » (« oh la belle ! » en français dans le texte). Il y a quelques années, l’UNESCO l’a aussi classée comme « héritage de la nature et de la culture de l’humanité ». Une reconnaissance méritée : si la ville comporte un centre moderne et des quartiers résidentiels plus ou moins aménagés, le centre historique reste une authentique perle, préservée du temps dans son écrin de verdure.

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On y retrouve l’architecture portuguaise bien sûr, au fil du lascis des ruelles et des pentes bordées de maisons coloniales aux façades colorées. Les églises rivalisent de beauté, mixant les styles et offrant souvent de superbes choeurs baroques, témoins de la richesse passée.

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L’incontournable cathédrale de la Sé, incendiée par les Hollandais au 17ème siècle, a été reconstruite et reste l’église emblématique de la ville, bien que son intérieur ait été refait de manière très sobre au regard des envolées baroques des autres (il reste quand même, rassurez-vous, quelques beaux azulejos). Du haut de son esplanade, la Sé offre une vue imprenable sur l’océan, les autres églises émergeant des arbres et au loin la forêt de gratte-ciels de Récife. Un spectacle à contempler du haut du château d’eau tout proche (mais moche) ou installés tranquillement près d’une des nombreuses gargottes « à Tapioca », où l’on mange des galettes de tapioca farcies à toutes les sauces, pour quelques réis.

On retiendra aussi parmi les édifices religieux :
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  • le couvent de Sao Francisco aux azulejos superbes, doté d’une église à l’autel en bois doré et d’une chapelle au plafond couvert de belles fresques. Vous envierez peut-être comme moi les franciscains qui vivaient là, quand vous verrez le joli petit jardin et la splendide terrasse dominant la mer dont ils profitaient…

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  • le couvent (et la basilique) de Sao Bento : reconstruits à la fin du 18ème siècle après avoir été eux aussi incendiés par les hollandais, ils présentent notamment un fronton gothique, un magnifique autel baroque et de beaux pupitres en bois sculpté. C’est le cadre idéal d’une jolie messe traditionnelle le dimanche, agrémentée de chants grégoriens.

Il fait souvent très chaud à Olinda, si bien qu’il y transpire une sorte de langueur qui convient à l’esprit bohème et artistique des lieux. Des rues entières accueillent des ateliers d’artistes, notamment la rua Amparo. Même les boutiques de souvenirs touristiques rivalisent de créativité pour attirer le chaland ! La musique est aussi omniprésente, avec des concerts improvisés dans les rues, notamment de Frevo, cette musique à base de cuivres qui cadence la danse acrobatique locale, mais aussi de Maracatu, qui se joue sur des tambours.

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L’été, il ne faut pas rater le vendredi soir la « déambulation » de la Sérénata : les habitants se retrouvent en ville vers 21h00 autour d’un groupe de musiciens (chaque semaine différent) qui chante au fil des rues des chansons populaires. Celles-ci sont reprises par les badauds, qui dansent, boivent et s’enlacent en cheminant avec les musiciens… Les résident regardent et chantent depuis leurs balcons. C’est un formidable moment de partage entre habitants, touristes, riches ou pauvres, qui permet en outre aux groupes de musiciens de s’entraîner pour le carnaval annuel. L’hiver, c’est le samedi que tout le monde se retrouve, pour danser et chanter une partie de la nuit sous les arcades du marché… Ambiance, joie et convivialité assurées !

Côté pratique : dans le centre d’Olinda on se déplace bien plus facilement à pieds qu’en voiture. Par ailleurs les prix des hôtels et pousadas s’envolent en proportion de la pente des ruelles (j’aurai bien testé l’Hotel des 7 Colinas… mais il était très haut !). A défaut vous pouvez comme moi opter pour un logement un peu à l’écart, trouvé via Airbnb, et profiter des sorties avec votre hôte… De même les restaurants ne sont pas donnés, mais on peut grignoter sur un banc, par exemple dans le charmant Parc do Carmo, en bas du site historique. Tout à côté le « Mourisco » offre un bon rapport qualité/prix, pour une restauration familiale, au kilo. Attention, Olinda manque cruellement de DAB : vous en trouverez un à l’entrée de la ville dans la station-service située tout près du Varadouro (où se trouve le marché).

  • Récife, « l’agitée du bocal »

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Quand on arrive en avion, Récife apparaît comme une ville urticante, tant elle est peuplée de gratte-ciels. Ici la classe moyenne aspire à acheter des résidences secondaires près de la mer dans des buildings aux noms pompeux (« Saint-Tropez », « Montmartre » etc, je ne plaisante pas!). Mais malgré ses 7 km de magnifique sable blond et ses piscines naturelles, la plage de Récife n’est pas Copacabana ! Et peu de gens s’y baignent – surtout à marée haute – du fait de la présence de requins agressifs…

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Pour le reste, à part quelques places à l’architecture étudiée, les blocs de bétons côtoient de belles églises et des « zones » quasi en friche. De prime abord, la ville semble un peu terne. Pourtant certaines reconversions sont astucieuses : les docks ont été convertis en bars, restaurants et lieux culturels, le tout de façon assez moderne.

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Par ailleurs, la ville ayant été construite sur des marais, elle reste parcourue par des canaux, qui lui donnent des airs lacustres assez sympathiques. Sur la rivière Capibaribe on peut même faire une croisière en catamaran ! Autres espaces naturels, les Parque 13 de Maio et Dos Irmaos, avec leurs zoos respectifs, valent le détour pour les amoureux de nature. A noter que plus loin, à quelques dizaines de km, Itamaraca est une jolie île reliée à la terre qui abrite une population de lamentins… c’est assez rare pour être signalé.

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C’est la vieille ville qui selon moi révèle le caractère de Récife. On y trouve quelques très belles églises, couvents et édifices coloniaux. Mais surtout, le vieux Récife restera pour moi un lieu de mixité culturelle et artistique. Expositions d’art moderne, musique et danses de rues (toujours le Frevo et le Maracatu, plus que la samba ou la bossa nova), marché artisanal, street art, art naïf au centre culturel de la Caixa, tous les genres et tous les styles se côtoient. On peut assister à des représentations de Frevo en entrant dans une salle parce qu’on passait par là et qu’on a entendu de la musique, on peut danser dans la rue au son des tambours du Maracatu, on paie quelques reis l’entrée au musée interactif de Luis Gonzaga (le Luis Mariano brésilien, version gaucho) et on peut y mixer du hip hop… Tout est très libre.

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J’ai même découvert grâce à notre hôtesse Elsa l’Oficina de Francisco Brennand, l’un des plus grands sculpteurs brésiliens contemporains. On accède à ce musée à ciel ouvert en passant brutalement des immeubles de banlieue à la forêt tropicale atlantique (sur laquelle la ville a grignoté au fil des décennies). Là un chemin de terre mène à l’entrée du domaine, entre des bustes de soldats en forme de verges… Dans l’ancienne briquetterie de son père, entre bâtiments et jardins, Francisco Brennand a créé une œuvre fantasmagorique de plus de 2000 sculptures en céramique, dédiée à la « mère nature » et mixant monde animal, sexualité et monde végétal. C’est troublant, très symbolique, et enrichi par des citations ou des références (on pense à Jérôme Bosch, Botero voire Picasso… et on lit Borgès sur les murs) qui décuplent la puissance d’évocation de ces visions étranges. On aime ou on n’aime pas…

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Finalement, Récife a un côté créatif qui compense ses faiblesses esthétiques. Côté pratique je n’ai pas beaucoup d’avis, ayant choisi de dormir à Olinda pour ce séjour. Les 6 km qui séparent les deux villes peuvent se faire en voiture ou en bus, parfois très vite dans la journée, parfois très lentement aux heures de pointe ! Il me semble que certains quartiers sont à éviter le soir, d’ailleurs les guides recommandent aux touristes de se loger dans les immeubles du quartier du front de mer, le Boa Viagem, où se concentre la vie touristique…

Je suis un peu sévère avec Récife, mais on est là pour dire ce qu’on pense, non ? Partagez vous aussi votre point de vue en laissant un commentaire !

Crédits Photos : fboy

Traverser l’Atlantique, une aventure accessible à tous !

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Quand on navigue, vient toujours le moment où l’on rêve de se confronter à une grande traversée. S’éloigner des côtes, passer plusieurs nuits en mer, gérer les quarts, la navigation, la fatigue… autant de nouveautés à découvrir. On commence par traverser la Manche ou le Golfe de Gascogne, mais très vite on rêve de transatlantique et d’îles exotiques. Je vous propose à travers une « journée type » de découvrir la vie qui vous attend si vous sautez le pas…

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  • La journée type d’un(e) équipier(e) en transatlantique

« 5 h 00 du matin, le skipper me secoue pour que je me lève et prenne mon quart. La mer tape contre la coque, le vent a encore monté, nous sommes sous trois ris et le bateau est une lessiveuse. Il faut se tenir pour se lever et sortir de la cabine. Le carré est envahi par la bonne odeur du café. C’est sportif de faire du café par ce temps, merci skipper ! Je m’en sers une tasse, mange une banane et regarde ce qu’il se passe dehors. Je fais le point de la situation avec le précédent quart (cap, vitesse, changement d’allures ou de voile, bateaux pouvant constituer un danger autour de nous…), qui va se coucher.

Comme il fait encore nuit et en attendant le lever du soleil qui irradie déjà l’horizon, j’enfile mon gilet de sauvetage et m’attache pour sortir. Pas une manœuvre de nuit sans être attaché à la ligne de vie, car dans la pénombre un homme à la mer est un homme mort (c’est valable pour les femmes aussi). Certes on dispose de balises AIS ou GPS, devant permettre à l’équipage de revenir sur l’homme à la mer, mais on ne joue pas à savoir si elles sont efficaces et si l’équipage sera réveillé et saura nous récupérer dans les 15 mn…

Je m’installe à la barre, pour me réveiller au contact de la mer, qui se charge de m’éclabousser et solliciter mes muscles. Le bateau avance à 6 nœuds dans une mer formée, à moi de faire en sorte qu’il tape le moins possible et qu’il passe au mieux les vagues, pour son bien et pour le mien ! Quand j’en ai assez, je passe sous pilote automatique et je descends grignoter un bout de pain. Le vent adonne ou refuse, il faut régler les voiles en fonction.

Le soleil se lève, je prépare des crêpes pour le petit déjeuner de l’équipage. J’adore l’odeur…. Je remplis les bouteilles d’eau de la journée : une bouteille de 1,5 l par personne et par jour, pour maîtriser la consommation d’eau potable (même si la canicule peut nous pousser à boire 2 voire 3 l…). Je termine mon quart avec le soleil haut dans le ciel, en lisant quelques pages de « L’éloge de la Fuite » d’Henri Laborit. Je descends dormir à mon tour et l’autre quart prend la relève. Une fois le ciré mis à sécher, je m’écroule sur ma couchette.

Le soleil est déjà presque au zénith quand je me réveille et prends mon quart de fin de matinée. Le déjeuner est en cours de préparation, c’est un moment de partage avec l’équipage, car tout le monde est réveillé et il est plus convivial de partager les repas. Ceci dit, je suis de quart, donc je prends la relève pour mener le bateau. Je met un peu le pilote, le temps de faire un brin de toilette avec les lingettes pour bébé qui nous permettent d’économiser l’eau. Je fais le point vers midi, nous sommes toujours sur la route et le vent a molli, nous renvoyons de la toile et le bateau bouge moins, ce qui rend la navigation plus agréable. Crème solaire et chapeau sont obligatoires, car le soleil tape fort. Le bateau avance à une vitesse idéale pour pêcher, alors je pose une ligne de traîne.

Nous déjeunons, c’est le moment de partager ce que nous vivons chacun de notre côté. Cette nuit le skipper a vu deux puffins se poser pour se reposer sur le bateau : l’un sur la capote, l’autre sur l’hydro-générateur. Ils se sont envolés quand des vagues les ont balayés sur le pont… Moi j’ai trouvé trois poissons volants sur le pont, morts, que j’ai rejetés à la mer (ce n’est pas très bon à manger). Après le café, je fais la vaisselle (à l’eau de mer, puis eau douce) puis je pars faire la sieste en laissant la barre au skipper. La traîne n’a toujours rien donné, pas de poisson en vue. Ce n’est pas grave : il y a quatre jours on a pris une dorade coryphène : en sashimi, à la tahitienne, en papillote puis en gratin, elle nous a nourri pendant 3 jours ! 

Milieu d’après midi : je prends à nouveau mon quart. Le skipper avant de descendre dormir à son tour a rentré la traîne et fait sa vérification journalière des points névralgiques du bateau (gréement, safrans, pas d’eau dans les fonds, réserves d’eau et gazole etc). Bilan : il y a du jeu dans la ferrure de safran tribord, il va falloir surveiller ça et limiter si possible les efforts sur le gouvernail pour que cela ne s’aggrave pas. Je prends la barre et négocie au mieux les vagues pour soulager le bateau. Je profite aussi de ce moment de solitude pour chanter. Que je chante faux n’a aucune importance, puisque personne n’est là pour me le reprocher ! Je chasse ainsi quelques pensées terre à terre et un peu moroses qui m’assaillent parfois… comme le sillage qui semble toujours rattraper le bateau. Il faut plusieurs jours pour que les soucis terrestres se dissipent.

Je passe sous pilote et rédige quelques lignes sur le déroulement de la journée, dans mon journal de bord personnel. Vers 18h00, j’aperçois des ailerons qui fendent l’eau à toute vitesse : des dauphins ! Je bat le rappel de l’équipage pour qu’il profite de cette rencontre, toujours magique. Ce sont des dauphins communs, qui viennent jouer dans l’étrave pendant 10 mn, puis s’éclipsent aussi vite qu’ils sont venus, tout à leur chasse du soir. Je vais me coucher le cœur léger pour une petite sieste… avant le repas du soir. Je prépare le dîner cette fois et comme nous sommes vers l’équateur, nous dînons à la nuit tombée, dans le cockpit (eh oui, sous ces latitudes, il y a 12h00 de jour et 12h00 de nuit). L’obscurité et l’absence de repères suscitent le respect, on est souvent un peu moins bavards le soir et un peu plus angoissés. C’est pour cela qu’un petit apéro, parfois, peut aider à se décontracter…

Il fait nuit noire, pas de lune ce soir et les nuages cachent les étoiles. Alors le bateau fonce dans l’inconnu. Seule l’écume des vagues qui se brisent sur la coque et le plancton phosphorescent donnent quelques repères sur ce qui nous entoure. Pas de lumière à l’horizon et l’AIS est muet donc pas de risque de collision – à part avec un container ou un de ces voiliers qui n’allument pas leurs feux de nuit, par économie… et inconscience. La vigilance s’impose et nous assumons nos quarts de veille, suivant le même rythme de 2 ou 3h00 (celui qui fait plus pour son plaisir n’impose pas à l’autre d’en faire autant)… »

le premier coucher de soleil

  • Leçons de mer… et leçons de vie

La vie s’écoule ainsi, alternant moments de solitude et de convivialité, efforts et repos, stress et sérénité, jour et nuit, pendant 10 à 20 jours en moyenne (selon la route choisie). Une transat, c’est une rencontre avec la mer et ses habitants, c’est une découverte du monde de la nuit, c’est une confrontation avec soi-même et la solitude, et enfin une histoire à écrire avec les autres.

Si on est deux, le plus dur à mon sens et de gérer la solitude « alternée » que ce soit sur le plan technique (la navigation en elle-même et les manœuvres) ou sur le plan mental (on n’est pas toujours prêt à un monologue intérieur). Faire 12 h00 de quart chacun est aussi, forcément, assez fatiguant. Quand on est 4 ou plus, on a plus de temps pour se reposer, plus de convivialité, mais aussi plus de risques de tensions… La difficulté est alors de savoir « s’isoler au milieu des autres » sur les quelques mètres carrés d’un bateau.

C’est d’autant plus difficile quand on part avec des amis, dont on n’est pas sensé s’isoler et qu’on connaît finalement mal en situation de stress. Les histoires d’amitié brisées en mer sont foison… et l’expérience prouve qu’il vaut mieux partir avec de parfaits inconnus. De fait, il faut bien une dizaine de jours pour que les caractères se révèlent, et l’esprit d’entraide indispensable en mer encourage à maintenir le statu quo. Personnellement, je me réjouis d’avoir fait ma première transat, en 1999, avec six hommes, une femme et un bébé qui sont encore 17 ans après mes amis les plus proches, les plus fiables et les plus fidèles.

Certes, ce n’est pas toujours facile, mais quel plaisir quand l’équipe fonctionne et que le temps semble suspendu, que le bateau marche bien et que l’on maîtrise les conditions de mer ! L’horizon sans fin est comme un cercle sans cesse renouvelé qui permet de faire le tour de soi et d’avancer, de se « nettoyer » des contingences terrestres, au fil du temps. Les difficultés sont autant d’occasion de se dépasser et de prendre de l’assurance. La confiance en soi que l’on gagne peu à peu est un atout pour la suite, quand on revient à terre. Alors les risques du quotidien paraissent bien anodins au regard de ceux de l’océan.

Alors, envie d’essayer ?Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, songez aussi que la routine, elle, est mortelle… 

Crédits photo : fboy

NB : toute ressemblance avec des faits ou des personnes existant ou ayant existé serait bien entendu totalement fortuite… :-)))

Açores (4) : Pico, entre tradition baleinière et sommets ombrageux

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La quatrième île que nous visitons dans le « groupe central » des Açores est Pico, à la fois tournée vers la terre et la mer. Ce caillou de lave dominé par la silhouette imposante de son volcan éponyme, le Pico, continue de faire vivre son histoire baleinière tout en restant une terre agricole mais également sauvage au delà de certaines altitudes. Entre Irlande et Normandie, en somme…

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  • Arrivés juste pour la fête des baleiniers !

J’avais noté à la hâte, en France, les dates de la fête des baleiniers et je pensais que nous approchions de la fin des festivités quand nous sommes partis d’Horta. Autant dire que nous étions excités, et qu’entre le port des ferrys situé à quelques milles – Maddalena – et le port traditionnel de Lajes do Pico, de l’autre côté de l’île, le choix a été vite fait. Une belle navigation au travers, sous le soleil et à la barre a fait passer le temps bien vite. L’entrée de Lajes n’est pas évidente, avec son chenal étroit au milieu des cailloux, et le port n’offre pas beaucoup de tirant d’eau. Heureusement il restait une place au ponton extérieur pour notre petit boat, entre un yacht à moteur et un gros voilier en acier quasi-abandonné.

Quand nous arrivons, la fête a commencé. Nous mettons tout de suite pied à terre et la clearance est « expédiée » : le chef du port nous croise sur le quai, prend notre carnet de francisation et nous donne son pass électronique… à lui rendre simplement lors de notre départ. Notre premier jus d’orange nous plonge dans une ambiance touristique inattendue – qui se traduit notamment par le coût des boissons – où se côtoient les touristes et les autochtones, bien décidés à ne pas se mélanger (tout en restant avenants, on est aux Açores, quand même !). Les tentes de restauration sont installées, les vieux ont amené leurs chaises pliantes, tout le monde se parle en attendant les animations… Il y a des baleinières en attente sur la cale, il doit y avoir quelque chose de prévu.

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Eh oui ! Après un tour de repérage du village, nous assistons au départ de la course des baleinières, à la rame. Les équipages de filles s’échauffent sur la cale, les coachs donnent leurs directives, puis les baleinières sont poussées à l’eau tandis que le bateau comité et les lanchas traditionnelles (qui tiraient autrefois les baleinières) leur font un cortège jusqu’à la sortie du port, sous les ovations du public. Tous les gens valides courent prendre de la hauteur, sur la digue ou les rochers, pour voir la course. Sous une lumière rasante et sous les cris des barreuses, les bateaux filent sur l’eau en ombre chinoise… C’est fou ce que ça va vite, ces bateaux de chasse (on se croirait à une épreuve d’aviron aux JO). L’équipage qui a gagné contre les favorites rentre à grands cris et coups de rame dans le chenal, sous les applaudissements du public et les félicitations des parents et amis.

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Plus tard nous voyons les hommes s’élancer de la cale du Yacht Club (ex cale de dépeçage des cachalots) pour s’entraîner pour la course du lendemain. Comme le soir descend et que le vent monte en dévalant du Pico, ils rentrent sous voile à toute allure et affalent dans le chenal, au ras des cailloux… La baleinière, c’est sportif !

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Nous creuserons le sujet en allant visiter le très beau musée des baleiniers de Lajes, consacré aux héros de cette chasse qui est restée traditionnelle jusqu’à la fin. Rien à voir avec la chasse intensive des baleiniers américains, dès le 18ème siècle, ni celle des japonais, norvégiens et islandais aujourd’hui : les açoréens n’ont jamais adopté le fusil harpon ni les bateaux usines, ils prélevaient sur 5 mois en moyenne 2 cachalots par semaine et risquaient leur vie dans un duel à mains nues avec les géants des mers. Même si j’adore ces animaux et les préfère grandement vivants, je respecte les hommes qui allaient les affronter dans ces conditions…

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Le musée présente le mode de vie des baleiniers et de leurs familles, quelques biographies de grands chasseurs, leurs outils et accessoires (par exemple des chaussures en bois articulées, des jumelles montées sur un compas) quelques beaux scrimshaws, la construction d’une baleinière, et même la cartographie balistique de la côte permettant à la vigie d’orienter les bateaux vers telle ou telle « case » où un souffle a été repéré… Le tout est très bien résumé dans une vidéo, malheureusement indisponible à la vente. Si vous allez à Lajes, ne manquez pas ce musée !

  • Tours et détours d’une île à plusieurs facettes

Bien caché derrière sa digue, difficile d’accès et pas tape-à-l’oeil, Lajes do Pico pousse la discrétion jusqu’à planquer son joli office de tourisme dans un fortin à la sortie de la ville. C’est dommage, car il y a beaucoup à faire et à voir. Ayant loué une voiture, nous partons vers les lacs de montagne, que nous aurons bien du mal à trouver (la discrétion, toujours !). Mais la récompense est à la hauteur de l’attente : des lacs perdus au milieu des volcans et des champs escarpés, où paissent quelques vaches, une végétation insoumise et une vue à couper le souffle sur Sao Jorge et Faïal…

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Puis nous redescendons vers Sao Roque, petit village de bord de mer dont nous visitons « l’usine de traitement des baleines », dont la taille témoigne de son rôle central dans l’activité baleinière de l’île. Sur la place où se dresse aujourd’hui la statue en bronze d’un harponneur en action, on retrouve la cale où l’on remontait les cachalots avec les treuils à vapeur, les outils de dépeçage, et quelques machines de broyage, mais l’ensemble est moins cohérent et pédagogique qu’à l’usine-musée de Faïal (cf l’article sur Faïal, que vous trouverez ici).

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Quand nous repartons vers la côte Nord, classée par l’Unesco, c’est pour visiter la fameuse route des vins (voir plus bas) : toute cette partie de l’île  est dédiée à la culture de la vigne et offre aussi des vues superbes sur les îles alentour. Au milieu, la ville de Maddalena qui a le statut de « capitale », accueille en fait tous les ferrys qui amènent les touristes. Malheureusement elle manque de charme ! Et son musée des Cachalots et des Calamars, don d’un scientifique passionné, est intéressant car uniquement dédié aux caractéristiques biologiques époustouflantes de ces deux espèces, mais ridiculeusement petit… donc décevant.

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Vient l’heure de s’attaquer au Pico, en voiture pour les piètres marcheurs que nous sommes. Compte tenu du dénivelé et de la faible motorisation des véhicules de location, on a le temps d’admirer les routes bordées d’hortensias, la pierre noire, l’océan d’un bleu électrique, les pâturages très verts… On retrouve les couleurs des autres îles, mais avec un côté plus sauvage. Quand on sort des champs pour monter vers le volcan, d’ailleurs, on entre dans des prairies parcourues de lichens verts et gris, où paissent des vaches robustes, habituées aux dénivelés ardus. Dans un élan de poésie, je déclare que toutes ces mousses, si épaisses et douces, « me font penser à de la moquette » (?!). Mr Linck me reprend en affirmant « tu plaisantes, on dirait plutôt des vagues ! « . Comme quoi on peut faire le même voyage et avoir des visions différentes :-))

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Puis on pénètre dans le royaume des landes, où se dressent des arbres décharnés et inclinés par les grands vents, et où les nuages s’accrochent et s’étirent lentement, offrant une visibilité aléatoire sur les nids de poule de la route. Il n’y a que les touristes pour monter là-haut le sourire aux lèvres, et « faire le Pico » au prix de plusieurs heures de marche dans le brouillard glacé… Au bout de la route qui monte au belvédère d’où part le sentier de randonnée, le café qui accueille les courageux grimpeurs doit faire fortune ! Nous nous admirons la vue, humblement, faisons un tour jusqu’au col mais laissons le Pico en paix derrière ses éternels nuages.

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La descente est à l’avenant, car on a du mal à lire les signalisations faites sur des pancartes de bois  : on y trouve trois noms de villages et trois flèches, mais on ne sait pas quelle flèche correspond à quel nom !. Bref ça nous donne le temps d’admirer le paysage à l’heure où le soleil entame sa propre descente. Nous atterrissons finalement à Sao Mateus et faisons route vers Lajes, non sans passer voir ses « banlieues » balnéaires plutôt chics que sont Santa Barbara et Santa Cruz (rien que les noms, j’adore !), ainsi qu’un moulin restauré…

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  • Un pied dans les champs, un oeil sur l’océan

Est-ce du fait que la fête battait son plein et que les locaux ne se privaient pas de manger ni boire ? Nous avons ressenti moins de pauvreté sur Pico que sur d’autres îles.

La pêche, principalement au thon, reste une levier économique important. Néanmoins une part des ressources provient aussi de l’agriculture et de l’agro-alimentaire : Pico produit des fruits, du lait, du fromage… et également du vin, dans des vignes protégées du vent et réchauffées par les traditionnels murets de lave (cf supra). On produit ici le « Verdelho do Pico », un blanc liquoreux qui a eu son heure de gloire à la cour de Russie, jadis, et qui enchante encore les locaux… et les touristes.

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Par ailleurs l’arrêt de la chasse au cachalot, décrété en 1984 et mis en application en 1987, a tué l’industrie baleinière. Mais dès 1989 les activités ont repris sous une forme beaucoup plus pacifique avec le développement du whale watching qui est naît à Lajes do Pico, avec l’Espaço Talassa de Serge Vialellle. Un peu d’activité touristique en découle, du moins entre mai et septembre, la saison où près de 30 espèces de cétacés passent par les Açores… et notamment au sud de Pico.

Si l’Espaço Talassa a désormais de la concurrence, il faut avouer que l’équipe de Serge Vialelle fait bien son travail. Aidée comme les autres par les observations de la vigie installée sur les falaises dans l’ancienne guérite de Queimada, elle annonce la couleur avant de partir et le client choisit de sortir ce jour là ou plus tard… La sortie est également précédée d’un briefing pédagogique et éthique : on sent bien que s »inspirant des Peter et autres Genuino (voir l’article sur Faïal, ici), l’amoureux des cétacés a su développer son business (boutique, hôtel « Whale come », etc)… mais il n’y a rien à dire car c’est bien fait.

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Partis avec l’un de ses skippers, nous avons pu admirer pendant plus de 3 heures successivement une baleine à bosse solitaire (dont on voit les nageoires pectorales blanches par transparence dans l’eau sur la photo ci-dessous), un rorqual commun discret (comme souvent), des dauphins bleus et blancs – qui s’échappent à pleine vitesse en sautant – et de paisibles dauphins de Risso. Pas de cachalot, malheureusement : nous sommes théoriquement trop tard en saison… On les verra plus tard au large !

Cette dernière expérience m’a rappelé les précautions à prendre pour ce genre de sortie, notamment en semi-rigide. Je les partage avec vous :

  • porter la veste étanche et le gilet de sauvetage fournis,
  • mettre de la crème solaire et de bonnes chaussures fermées
  • laisser sa caquette à terre ou au fond du sac (ou ne pas avoir peur de la perdre),
  • prendre des lunettes polarisantes pour être protégés ET bien voir les animaux
  • prendre un peu d’eau et un truc à grignoter en cas de fringale, mal de mer etc
  • avoir un appareil photo résistant aux embruns voire étanche (voir mon article sur ce sujet ici) équipé d’un mode rafale rapide et d’un bon téléobjectif (minimum 300 mm)
  • ne pas avoir trop d’espoirs de filmer des séquences stables et explicites avec une caméra amateur ou même de sport (c’est vrai aussi pour la nage avec les dauphins, d’autant qu’ils fuient généralement dès la mise à l’eau des nageurs ;-)))

Même en appliquant ces principes et en dépit d’une expérience certaine accumulée au fil de diverses campagnes d’observation des cétacés, je n’ai pas fait de miracles en terme de photos ! En observation animalière et encore plus pour les cétacés dans l’eau, il faut vraiment des heures et des jours d’observation, des dizaines voire des centaines de prises de vues, pour commencer à avoir des résultats. J’ai prévu pour vous un montage des modestes photos et vidéos que nous avons prises… mais pas de doute, les documentaires animaliers ont encore de beaux jours devant eux !

Crédits photos : fboy

Açores (2) : à la découverte de São Jorge, l’île des Fajas

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Sur les neuf îles qui composent les Açores, nous nous concentrons sur le groupe central, du fait des divers rendez-vous liés à nos soucis techniques. Nous voilà partis d’Angra do Héroismo pour Velas, la marina de l’île sans doute la plus abrupte de toutes, São Jorge…

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  • Une belle navigation à la voile :

Nous avons quitté Angra do Héroismo ce vendredi, non sans avoir laissé un dessin marquant notre passage sur le quai du port, vers le large, comme c’est la tradition aux Açores. Généralement les marins font cela à Horta (une destination prochaine) : les quais là-bas sont couverts de peintures finalement éphémères… car chacun repeint sur le dessin des autres. En optant pour faire le nôtre à Terceira, nous espérons être moins anonymes et rester plus longtemps dans le souvenir de Dino et Ana, qui sont si amicaux avec nous.

Apres une semaine a Angra, nous larguons donc les amarres pour l’île d’en face, en espérant secrètement croiser quelques cétacés puisque nous passons par les mêmes endroits qu’avec notre camarade whale watcher (voir ici). Mais nous avons constaté en sortant du port que le moteur chauffait et que le refroidissement ne se faisait pas normalement. Un nouveau souci à régler… Nous envoyons donc très vite les voiles et notamment le spi asymétrique : nous nous éloignons de ce fait à grandes foulées et nos espoirs de voir des cétacés s’envolent. Mais il fait très beau, et le vent monte un peu : encore une fois, nous naviguons entre 10 et 20 nœuds entre travers et portant. Ne pouvant solliciter le moteur et alimenter le pilote, nous barrons chacun notre tour, ce qui nous fait le plus grand bien ! Nous savons aussi que pour entrer au port, il ne faudra pas trop compter sur la « risée diesel » mais garder les voiles le plus longtemps possible.

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A l’approche du mouillage de Calheta, où nous comptions passer une nuit « robinsonne », nous hésitons à manoeuvrer à la voile (on verra plus tard que c’était judicieux ! ). Nous décidons donc de pousser jusqu’à la marina de Velas, où le port de plaisance est plus accessible et bien protégé. L’arrivée au crépuscule est un peu musclée, avec un vent forcissant, des cargos et ferrys entrant et sortant de la zone du port de commerce et nous au milieu, manoeuvrant à la voile pour mettre le moteur au dernier moment… Nous entrons finalement à 21:00 dans une sorte de calanque, où sont aménagés quatre ou cinq pontons.

Moana au port de VelasNous nous installons au fond et sommes gentiment kidnappés par un groupe de marins français qui fêtent le vendredi soir sur le premier ponton, avec vin, chips etc. Certains reviennent d’un tour du monde, d’autres ne sont là que pour les vacances, quelques-uns sont des habitués, amoureux de l’archipel… Les conversations de marins sur les joies et aléas du voyage vont bon train : ça parle de mécanique, de bons plans de navigation, de nourriture, d’amitié… La vie quoi ! Nous nous couchons un peu ivres et nous endormons sans même entendre les centaines de puffins cendrés qui tournent toute la nuit autour de la falaise en s’interpellant de leurs cris perçants et totalement étranges, voire plutôt drôles.

  • A la découverte de l’île la plus sauvage…

Le village de Velas est petit mais sympa, avec quelques commerces, une jolie église dotée de superbes vitraux, un  charmant jardin municipal avec un petit kiosque rouge et blanc …

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Surtout, alors que nous pensions être au bout du monde et ne jamais pouvoir nous connecter, nous disposons ici d’un wifi public totalement ouvert et très performant, qui me permet de régler pas mal de questions pratiques (par exemple les impôts) et d’envoyer des nouvelles aux parents et amis. Mr Linck, lui, passe sa journée à changer la pompe à eau, déplacer le filtre à gasoil et remettre le moteur en ordre de marche.

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Pour la seconde journée, nous avons bien mérité une petite balade ! Nous disposons d’une voiture, louée a la capitainerie, et partons le cœur léger sous un ciel nuageux et quelques gouttes. Les nuages stagnent facilement sur les montagnes, alors sur une île au relief très marqué ce n’est pas étonnant. Suivant les conseils du capitaine du port, nous prenons d’abord la route Sud. Nous nous arrêtons à Urzelina, où nous pouvons admirer les moulins, le petit port et la piscine naturelle sous une éclaircie. Plus dramatique, nous y trouvons un mémorial à une éruption relativement récente, en 2008, qui a détruit une partie du village, sauf la tour de l’église…

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Nous descendons ensuite vers notre première Faja, sorte de glissement de terrain fait de sédiments ou de lave et qui fait des excroissances péninsulaires en bas des montagnes. C’est la spécificité de São Jorge. La Faja das Almas, la première que nous découvrons, est tout à fait caractéristique : la route est tellement pentue qu’avec la 208 on descend en seconde, et on ne peut remonter qu’en première ! Autant dire qu’il ne faut pas caler dans un virage… et que quand on rencontre un bus, c’est assez sport. Mais quelles vues !

Passer par Calheta en voiture nous conforte dans notre choix de ne pas y être allés en bateau : le mouillage est petit, exposé au ressac et un peu morne. La route qui passe par Ribeira Seca, puis qui monte sur les plateaux nous fait passer dans les nuages. Forcément la vue est moins attrayante, sauf quand on traverse de grandes forêts bordées d’hortensias. En redescendant vers la pointe sud-est, que nous avons passée en bateau, nous sortons des nuages et arrivons à Santo Antão puis Topo, un vrai bout du monde, avec son joli phare, un belvédère et un îlot à l’herbe rase et désertique qui s’étend devant…

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Pour le retour nous prenons la route transversale qui va vers Norte Pequeño et Norte Grande. A Norte Pequeño sur la droite nous prenons la route de la Faja dos Cubres et trouvons un point de vue magnifique sur cette zone sauvage ainsi que sur la caldeira de Santo Cristo, qu’aucune route ne dessert (un chemin de randonnée de 10 km et 1000 m de dénivelé y mène).

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Les nuages tombent en cascade des montagnes avant qu’un rayon de soleil n’éclaire ce paysage… et qu’un bus vienne déverser ses touristes. Nous repartons bien vite vers Norte Grande. Nous finissons la journée en visitant la Faja de Quidor, joli village à flanc de montagne avec de belles villas et une superbe piscine naturelle, aux airs de riviera.

piscine naturlle top

  • Une plantation de café unique en Europe… et l’hospitalité açoréeenne 

    cafe nunes

Nous avons pris pour le déjeuner la direction de la Faja dos Vimes, qui se mérite aussi au prix d’un bon embrayage. On nous avait indiqué là une plantation de café familiale, artisanale et unique en Europe : le café de Nunes est d’abord un café où l’on goûte la production (bien meilleure que le café servi dans la plupart des bars locaux), mais aussi un lieu de vente (en cette fin de saison, il n’y a plus rien à vendre) et bien sûr un lieu de production. La fille nous accueille en anglais, mais le père qui organise les visites n’a pas l’air d’accord pour nous faire visiter ses plantations… On attend donc gentiment en buvant le café maison et regardant la mer et lui faisant des sourires dès qu’il passe sur la terrasse… L’heure du déjeuner arrive, le padre n’a toujours pas envie… La fille nous conseille d’aller faire un tour et de revenir en début d’après midi.

On lui demande où nous pourrions déjeuner, elle nous dit d’aller en bas dans une salle municipale voisine, où les organisateurs d’un tournoi de volley local seront bien contents de partager la nourriture excédentaire prévue par les bénévoles… De fait, dès le perron nous sommes invités à entrer et nous asseoir à la tablée des gens du cru et à partager le buffet. Et quel buffet ! Nous nous régalons, tout le monde nous souri, notre hôte m’ouvre même une bouteille de vin, et quand je demande si nous pouvons contribuer financièrement, on me dit « surtout pas, vous êtes invités, donc c’est déjà réglé » ! Voilà comment manger gratis aux Açores !

dej communautaire à Vimes

De retour au Café de Nunes pour tenter une visite, le padre a l’air de meilleure humeur et nous fait signe de le suivre. Comme j’ai repéré des français qui parlent portugais à la table d’à côté (leur Petit Futé des Açores les a trahis), je leur propose de se joindre à nous. C’est gagnant-gagnant : ils font une découverte qu’ils n’avaient pas prévue, et en retour nous assurent la traduction. Tout le monde est content, y compris le padre qui peut ainsi expliquer son travail :  il produit avec à peine 200 plants, sur une saison qui s’étend de mai à juillet, 600 à 800 kg de grains de café, qui donnent environ 300 kg de café torréfié. Autant dire qu’il n’exporte pas ! C’est une production locale, emballée dans de petits sachets produits sur des métiers à tisser situés à l’étage de sa maison…Si vous n’avez jamais vu de plant de café, les feuilles ressemblent à du laurier, les fleurs à du jasmin, et les graines sont rouges… avant la torréfaction. Voilà une belle découverte et des rencontres humaines bien sympas ! 07

Si vous êtes passé à São Jorge ou si ce récit vous inspire, laissez un commentaire !

Crédits photos : Fboy

Ca fait quoi de se préparer à larguer les amarres ?

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Ca y est, nous larguons les amarres et quittons La Rochelle ! Direction Les Açores et les milliers de cétacés qui y passent en été, avec peut-être un arrêt à la Corogne, pour ses tapas et son art de vivre, si la météo n’est pas trop mauvaise… 

Ca fait rêver, n’est ce pas ? Pourtant comme pour les coureurs, on peut presque dire que partir c’est déjà une victoire, quand on fait tout soi-même et que les journées ne font que 24 heures… Je vous explique rapidement pourquoi, avec tous les bons côtés des derniers préparatifs du mois passé, et aussi les mauvais… Au passage vous comprendrez pourquoi ce blog n’a pas été vraiment actualisé ces derniers temps !

  • Partir, ça fait aussi rêver les autres… et donc c’est du partage et du bonheur

Partir à deux sur un petit bateau autour de l’Atlantique voire un peu plus, ça fait rêver certains mais pas tout le monde, c’est évident… et c’est tant mieux d’ailleurs ! Alors il ne fait pas s’étonner de voir les gens transposer leur peur et vous dire des choses a priori horrifiantes  comme « ton bateau n’a pas encore coulé ? », « tu n’a pas peur de mourir noyée ? » etc. En amont du projet, tant que personne n’est sûr que vous allez partir, vous aurez plus de gens pour vous dissuader que pour vous dire de réaliser vos rêves. Il en va ainsi de la nature humaine…

Après, quand cela se concrétise, la plupart des pessimistes vous regardent d’un autre oeil mais sans rien dire, tandis que quelques-uns se rallient aux amis qui savent – eux – depuis longtemps que les rêves sont faits pour être réalisés. Plus on avance, plus on bénéficie donc des bonnes ondes des amis voileux, de la famille et de l’entourage. Sur les pontons aussi la préparation du bateau fait des curieux, et on retrouve les optimistes et les pessimistes qu’on côtoie à terre.

Au final, tout cela se traduit par de longues discussions, l’exposé 100 fois répété du parcours et surtout, surtout, beaucoup de soirées organisées chez les uns et les autres, d’apéros bien tassés, de ripailles bien grasses, et aussi d’émotions parfois dures à cacher. Mr Linck et moi avons eu un vrai pincement au coeur quand nous avons quitté notre maison, puis un pincement au coeur quand nous avons vendu les voitures (c’est pas le carrosse qui compte, c’est la liberté qui va avec), quelques gros coups de mou quand il fallu dire au revoir aux amis proches et à la famille (on ne le montre pas, mais nos petits coeurs d’artichaut tremblent). On a tenté de limiter les excès plusieurs fois, en disant qu’on aimerait bien ne pas devenir alcooliques et diabétiques avant de partir, mais il y n’y avait pas que ça…

Quand on est installé depuis 15 ans dans le ronron quotidien, on a envie d’en sortir c’est sûr, mais on se rend compte aussi que tout laisser derrière soi en l’espace d’un mois nous ramène aux niveaux de base de la pyramide de Maslow (pyramide des besoins qui commence donc par les besoins basiques). C’est l’occasion de voir les choses autrement et de réaliser la chance que l’on a !

Les échanges de ces dernières semaines auront en tout cas été très riches, et nous avons eu la chance d’être épaulés dans notre préparation par nos amis, notamment nos camarades voileux du Spi Club – le seul club de voile de loisirs multisupport de La Rochelle (d’ailleurs méprisé par la ville, qui ne jure que par les régatiers). Est-ce parce que je suis l’une des plus anciennes membres du club, ou parce que Mr Linck a mis ses talents de marin et de constructeur au service de la flotte ? Le fait est que nous avons été gâtés et que nos camarades de jeu nous ont offert, qui une balise, qui une perche IOR, qui une cocotte, des sacs à bouts etc. Une solidarité qui fait écho à celle qu’on a connu pour la construction, de la part de fournisseurs comme Sicomin (les résines) ou Pochon (l’électronique)…

En tout cas si nous avons rechigné quelques fois à faire la fête tous les soirs… pour notre santé et parce que nos journées se terminaient trop tôt pour finaliser la liste de tache quotidienne, on peut dire que nous avons partagé nos rêves et qu’on a eu la chance d’être aidés à les concrétiser. C’est quelque chose qu’on ne peut oublier.

  • La litanie des problèmes et retards techniques

La technique par contre ne nous a pas aidé. Il est vrai qu’on dit souvent que « voyager en bateau c’est passer son temps à bricoler dans des endroits paradisiaques ». Nous nous avons commencé à La Rochelle !

Sur les 15 jours de retard pris sur le planning initial, 10 sont dus aux tentatives désespérées de Mr Linck pour réparer un réservoir d’eau douce qui fuyait. Partir en perdant de l’eau douce ça fait désordre. Mais il n’y avait pas de solution : du fait que les réservoirs sont cirés aucune colle ne prenait. Il a fallu changer le réservoir… puis la pompe qui elle aussi avait décidé de ne pas partir avec nous…

Une fois ce réservoir changé, lors d’un dîner à bord, nous avons eu la surprise d’entendre une explosion violence dans la cuisine... La vitre du four venait d’exploser sous l’effet de la chaleur… C’était notre faute et le SAV d’Eno a été exemplaire mais sur le coup nous sommes restés pantois et dépités à l’idée des jours qu’il faudrait pour réparer.

Côté électricité, si nous constations l’efficacité de la charge du panneau solaire et de l’hydro-générateur Save Marine, nous avons vu aussi que nos batteries se déchargaient trop vite. Trop peu sollicitées durant les mois de chantier, puis déchargées de force et au delà des limites usuelles pour les test d’hydrogénérateur, elles ont rendu l’âme. Il a donc fallu investir dans deux nouvelles batteries… et surtout attendre leur livraison, en plein mois de juillet.

Bien sûr pendant tout ce temps on ne s’est pas croisé les bras : menuiserie, plomberie, peinture, accastillage… Mr Linck a attaqué sur tous les fronts. Moi pendant ce temps je m’occupais de l’électronique, des instruments de navigation, de l’avitaillement et de la pharmacie (avec les démarches sans fin auprès de la Sécu, du médecin etc). Concernant l’électronique quand on achète soi-même le matos il faut le paramétrer et franchement ce n’est pas simple, même en y passant des heures.

Il a été indispensable et salutaire de payer l’intervention d’un technicien spécialisé de chez Pochon, qui a rattrapé mes erreurs et réglé tout aux petits oignons… En plein été, le rdv a pris du temps a être honoré mais ce jour là on s’est dit qu’on n’avait pas mal investi notre argent !

  • La voile c’est pas du camping car !

La leçon que je tire de ces préparatifs à la fois laborieux et festifs c’est que décidément les agendas sont difficiles à tenir : que ce soit à cause de la météo (le plus souvent) ou des problèmes techniques, mais aussi des rencontres et de la convivialité qui va avec, en bateau c’est un défi de tenir un programme tiré au cordeau. La solution est de ne pas faire de plans sur la comète et rester le plus cool possible pour s’adapter en permanence…

La seule similitude avec le camping car c’est l’exiguïté de l’habitat : travailler à deux dans un bateau de 8.70 m oblige à attendre toujours quelques minutes que l’autre ait fini une action pour passer, s’asseoir ou prendre un outil et mener à bien sa propre tache. Tout le bateau est envahi par les outils, les bouts de bois, la sciure, les colles, la peinture… Cela met à l’épreuve les nerfs de l’équipage. En l’occurrence pour nous ça c’est bien passé, mais il est temps que ça cesse !

Voilà il est 7:00 du matin, dans deux heures nous larguons les amarres… le pain est en train de griller, le café coule, j’y vais… RDV dans quelques jours !

La santé en voyage, c’est capital !

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Mal de dents, insolation, tourista etc peuvent transformer votre voyage en cauchemar. Et que dire des maladies exotiques ou du paludisme, qui vous poursuivent parfois pendant des années ! Ce n’est pas parce qu’on part au bout du monde qu’on doit ajouter à l’aventure des galères médicales ! Alors voici quelques conseils utiles avant de partir.

Dentiste exotique

  • Soignez vos dents, elles vous le rendront !

Si vous partez plusieurs semaines ou plusieurs mois, faites contrôler et si besoin soigner vos dents, afin de ne pas vous retrouver au bout du monde avec une grosse infection à gérer en urgence. Rappelez-vous que l’altitude (en montagne, en avion….) et les profondeurs (pour les plongeurs) amplifient ce type douleur. Et que se faire soigner une carie au fin fond des Grenadines ou des Cyclades n’a rien d’une partie de plaisir, que ce soit du fait de la difficulté à trouver un dentiste, du fait du confort des soins, ou des doutes sur les risques encourus.

  • Faites le tour des vaccins utiles

Mettez-vous à jour de vos rappels de tétanos, poliomyélite et diphtérie. Un rappel vous protège durablement, autant ne pas l’oublier ! Par ailleurs renseignez-vous sur les vaccins particuliers qui peuvent être nécessaires sur certaines destinations. Si vous bourlinguez dans la nature et au contact des populations, soyez prévoyant(e). Faites vous vacciner en conséquence. Un conseil : anticipez 3 à 6 mois avant car certains vaccins nécessitent plusieurs injections à quelques semaines d’intervalle, ou sont incompatibles avec d’autres !

Consultez votre médecin traitant, il est habilité à administrer la plupart des vaccins… et vous orientera si besoin vers un hôpital compétent. Notez que le vaccin contre la fièvre jaune, qui n’est pas administré par les généralistes mais par les hôpitaux, est par contre très important car exigé à l’entrée de certains pays, au même titre que votre passeport ! 

Campagne sanitaire au Togo

  • Attention au paludisme !

Il n’existe malheureusement pas de vaccin pour le paludisme, qui est rappelons-le la plus dangereuse des maladies que le voyageur puisse contracter. Egalement appelé malaria, ce mal véhiculé par un parasite peut être traité mais reste incurable, et même encore mortel. Il se transmet par la piqûre –  indolore – de certains moustiques (dits anophèles…), fréquents dans les zones intertropicales, dans de nombreux endroits en Asie et dans la plupart de l’Afrique. Le paludisme touche encore une centaine de pays dans le monde. 

Consultez votre médecin pour avoir un traitement préventif adapté, car parfois le remède peut causer d’autres maux selon votre âge, votre poids, votre état de santé. Sa prescription tiendra d’ailleurs compte de divers paramètres comme l’altitude, la saison, la durée du voyage, l’itinéraire… Au delà de ces précautions, protégez vous des piqûres avec des sprays anti-moustiques « spécial tropiques » et en portant des vêtements à manches longues, des pantalons longs de couleur claire et des chaussures montantes fermées (souvenez-vous des tenues coloniales, ce n’était pas qu’une question de style !).

  • La tourista ne passera pas !

Moins dangereuse que le paludisme mais très pénalisante en voyage, la tourista touche un tiers des voyageurs dans les pays dits « en développement ». Il s’agit d’une diarrhée intense qui si elle dure plus de 3 jours ou contient du sang, nécessite de consulter un médecin. Dès les premiers symptômes, vous pouvez limiter les désagréments et son évolution en veillant à  :

  1. boire beaucoup pour compenser les pertes hydriques (eau minérale, thé, bouillon de légume salé etc)
  2. consommer en priorité du riz et éviter les laitages et les aliments riches en fibres (fruits, haricots, crudités..)
  3.  prendre un anti-diarrhéique et/ou un antiseptique intestinal.

Préventivement, vous pouvez limiter les risques de tourista en :

  1. ne mangeant ni fruits ni légumes crus, pas lavés ou non pelés
  2. … ni viandes, ni coquillages ni poissons servis crus ou insuffisamment cuits
  3. évitant le lait non bouilli, les glaçons, les glaces artisanales
  4. refusant les boissons qui ne proviennent pas d’une bouteille décapsulée devant vous (ou qui on été purifiées devant vous)
  5. vous lavant soigneusement les mains après être allé(e) aux toilettes et avant de manipuler des aliments…
  • A emporter dans vos bagages

  1. Prévoyez une trousse de santé « de base » car vous ne trouverez pas forcément vos médicaments courants dans les îles. Emportez de quoi lutter contre la fièvre voire une angine (ah les méfaits de la clim…) mais aussi les infections, les allergies, les démangeaisons, les maux de ventre. Pensez aux produits solaires et après-soleil, à la biafine en cas de brûlure, aux produits anti-moustiques et à une pommade antiseptique et cicatrisante.
  2. Prévoyez suffisamment tôt si vous avez des médicaments à prendre. Si comme moi vous avez un traitement quotidien à suivre, prévoyez bien en amont de faire une demande préalable auprès de la Sécurité Sociale pour avoir un stock de médicaments sur un an, ou deux. Quand la prise est à heure fixe, pensez à prendre en compte le décalage horaire !
  3. Dans l’avion, gardez vos médicaments quotidiens dans votre bagage à main, facilement accessible. Attention aux contenants et aux contenus liquides qui ne seront pas tolérés en cabine.
  4. Par ailleurs, évitez de porter vos lentilles de contact si le trajet aérien est un peu long, car l’air sec dessèche l’oeil. Il en est bien sûr de même dans les pays chauds et secs. N’oubliez pas vos solutions d’entretien, éventuellement du collyre… et une paire de lunettes de vue en remplacement des lentilles.
  5. Lors de vos déplacements, gardez si possible sur vous votre carnet de vaccination… et vos fiches médicales (voir ici).

Bien entendu, si vous partez en autonomie plusieurs jours ou semaines, ou comme nous plusieurs mois sur un bateau, il va de soi que la trousse de pharmacie doit être beaucoup plus étoffée que pour le quotidien. Vous devez pouvoir faire face tant aux blessures qu’aux malaises, crises cardiaques etc risquant de mettre votre vie – ou celle des autres – en péril. Pour le détail des médicaments, matériels de soins et les aides sanitaires disponibles, vous trouverez un article complet ici.

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Crédits photos :  MarocStoun et jbdodane via Compfight

Comment s’équiper (6/6) : bien choisir votre salopette

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Parce qu’elle protège le ventre, véritable thermostat du corps, la salopette est l’un des éléments cruciaux de la tenue du marin. Il est important de bien la choisir car elle vous permettra de rester au chaud, au sec et vous apportera beaucoup de confort. Selon votre programme et quelques critères techniques, vous pourrez trouver le meilleur compromis.

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  • Comment évaluer la qualité d’une salopette  ?

Les 3 critères de qualité d’une salopette sont proches que ceux d’une veste de quart :

  1. L’imperméabilité : elle va dépendre à la fois de la qualité des composants du tissu (ne visez pas en dessous d’une étanchéité > à 10.000 mm de colonne d’eau) et de la possibilité de régler au maximum le serrage des chevilles et de la taille, permettant de limiter les entrées d’eau.
  2. La respirabilité consiste à évacuer la vapeur d’eau issue de la transpiration (laquelle est passée précédemment dans les deux premières couches de vêtements voir le principe ici) tout en bloquant l’entrée de l’eau liquide extérieure. La condensation étant évacuée, le corps reste au sec malgré les efforts, la chaleur etc. Cette fonction est assurée par une membrane respirante, à savoir un film ultra-fin composé de multiples pores plus petits que les molécules d’eau mais plus grands que les molécules d’eau… Les salopettes bas de gamme à une couche ne sont pas respirantes (pas de membrane), mais les deux et trois couches si.
  3. Le confort réside dans la possibilité d’ajuster la salopette à votre anatomie et aux conditions (cf supra) mais aussi à bénéficier de protections sur les zones sensibles Les renforts de genoux et fessiers doivent être larges, solides, anti-dérapants et souples. Le Cordura a fait ses preuves en la matière. Quelques astuces de conception peuvent aussi faciliter l’enfilage ou le déshabillage, l’ajout d’éléments de sécurité… Le poids de l’équipement est aussi un élément de confort, favorable à la montée en gamme
  • Investissez à la mesure de vos besoins

Selon votre pratique actuelle mais aussi à venir (anticiper une évolution, vous garderez votre équipement plusieurs années), il peut ne pas être utile de choisir le nec plus ultra.

  1. Si vous naviguez en côtier, principalement à la journée, vous avez certes besoin d’imperméabilité mais pouvez avoir moins d’exigences sur la respirabilité. Comme vous n’irez pas naviguer de nuit ni au large, vous aurez aussi le choix d’éviter les conditions extrêmes. Dans ces conditions un matériel d’entrée de gamme, souvent à une couche ou deux couches (type Tribord) peut vous convenir, et votre portefeuille vous dira merci.
  2. Pour les croisières et navigations semi-hauturières, en cabotage ou en régate, vous allez être exposé(e) plus certainement à la pluie et transpirerez un peu probablement. Par contre, vous serez encore en mesure de vous abriter rapidement en cas de conditions extrêmes. Une salopette moyenne gamme à deux couches (type Marinepool) fera alors l’affaire. Lors de l’achat, vous veillerez à sa légèreté et à la qualité des renforts aux genoux et aux fesses (généralement en Cordura) qui deviendront très utiles.
  3. En navigation hauturière, vous subirez les conditions météo car vous naviguerez pendant plusieurs jours (ou semaines) et vivrez à bord 24h/24. Le confort deviendra un vrai facteur de plaisir et de sécurité. Qu’il fasse grand soleil ou très froid, vous vivrez pleinement votre navigation avec une salopette offrant la meilleure respirabilité, la meilleure imperméabilité et la meilleure ergonomie.  Bref, c’est le moment de casser votre tirelire pour vous offrir du haut de gamme à trois couches et sans hésiter du vrai Gore-Tex (type Musto, Henry Lloyd…) !

Bref, plus vous naviguez longtemps et loin, plus vous ressentirez des manques et aurez besoin de monter en gamme. Vous pouvez aussi bien sûr vous offrir le top du top même pour des sorties à la journée : vous ne vous en porterez pas plus mal ! Sur le fond, quand on voit les prix du milieu de gamme, il y a parfois de quoi hésiter à payer un peu plus pour être sûr d’avoir de la qualité. Il faut garder l’esprit ouvert car au détour d’une promotion, vous pouvez avoir le top au prix du moyen (j’ai eu ainsi 30% sur une salopette MPX de Musto au dernier Salon du Crouesty…) !

Il est possible également de mixer. Comme on porte une majeure partie du temps un seul des éléments du ciré, la veste ou la salopette, selon vos goûts investissez plus sur le vêtement que vous utilisez le plus ! Combiner une salopette haut de gamme avec un ciré jaune ne serait pas pertinent. Mais une salopette bas de gamme avec une veste moyenne gamme ou une veste moyenne gamme et une salopette haut de gamme, ça marche ! La dernière hypothèse est d’ailleurs mon choix personnel, car je porte très souvent le bas mais le haut uniquement quand ça mouille fort !

  • Les petits « plus » qui font la différence :

Chaque marque tente de se distinguer par de petites différences qui apportent plus de sécurité ou de confort. Voici quelques éléments de confort que vous pourriez apprécier sur votre future salopette :

  1. Des coutures soudées (thermocollées) plus étanches que la moyenne.
  2. Des poches latérales « repose-mains » garnies d’une chaude et douce polaire
  3. Certains modèles sont adaptés pour permettre aux hommes et aux femmes d’aller plus aisément aux toilettes : on y trouve un zip prolongé et à double sens sur la face avant pour les uns, une ouverture facile par derrière pour les autres…
  4. Enfin on peut adjoindre sur certains modèles des genouillères en mousse et c’est un vrai « plus » notamment en régate ! Il existe aussi des pantalons seconde couche, avec genouillères intégrées, à mettre sous la salopette (notamment chez Tribord).

Pour conclure, voici deux conseils pratiques en or massif :

  1. Primo, rincez à l’eau douce votre salopette comme votre veste de quart dès le retour de chaque sortie, pour en ôter le sel et préserver la respirabilité. Mais ne la lavez jamais en machine, avec de la lessive et encore moins de l’adoucissant ! C’est le meilleur moyen de »boucher » le tissu.
  2. Secundo, si des velcros ou les bretelles de votre salopette se détendent ou « partent en vrille », ce n’est pas pour autant qu’il faut courir en racheter une. Si vos couches de membranes sont toujours ok – quand c’est ko, on commence à voir des bulles qui se forment entre les couches – faites réparer les zones abîmées par une couturière (surtout pas un shipshandler qui vous prendre 4 fois le prix !). J’ai ainsi fait remettre à neuf ma propre salopette MPX, pour 35 euros chez ma couturière, quand le ship m’en demandait plus de 140 euros ! Il estimait que les bretelles et velcros valaient bien un tiers du prix de la salopette… hallucinant, non ?

Et vous, quelle salopette accompagne vos plus belles virées ?

Crédit Photo : Alain Favroul