Rentrer au port les doigts dans le nez en voilier

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Naviguer en mer est vraiment merveilleux, mais rentrer au port est parfois angoissant. Que les places soient trop étroites, que le vent ait sérieusement forci ou que l’on manque d’assurance, prendre sa place au ponton est parfois un mauvais moment à passer. Avec quelques bonnes pratiques, vous allez voir ça va beaucoup mieux.

Sérénité entre les catways !

Quand on rentre au port, on est la plupart du temps au moteur. En effet, l’entrée sous voile est désormais interdite dans la majorité des ports. Bien sûr vous pouvez y être contraint en cas de panne moteur, auquel cas il vaut mieux choisir de prendre un ponton visiteur ou carburant (généralement assez dégagé) à la voile ou sur votre erre que chercher à tout crin à rejoindre votre ponton (pour rappel sur un ponton l’angle d’approche est de 45° environ). Le bateau amarré et l’équipage en sécurité, vous avez alors le temps de voir si vous pouvez vous dépanner vous-même ou être assisté par l’équipe de la capitainerie, un ami etc.

  • Ta vitesse tu réduiras

On avance donc au moteur mais à une vitesse réduite : dès l’entrée du port il faut marcher à moins 3 noeuds et donc anticiper le ralentissement un peu avant l’entrée, si vous avez mis un peu de gaz dans le chenal. Cela vous aidera aussi à gérer d’éventuelles surprises, comme l’arrivée d’un cata de sport ou d’un dériveur sorti de la cale de l’école de voile… que vous ne voyiez pas derrière la digue. Vous êtes au moteur, eux à la voile, donc vous leur devez la priorité… Par ailleurs, selon un bon vieil adage, « au port, qui va moins vite tape moins fort » !

  • La manoeuvre tu anticiperas

Entrant ainsi paisiblement dans le port, c’est le moment de solliciter l’équipage pour mettre les pare-battages et les amarres à poste, puis se préparer à stopper le bateau. Pas la peine de faire tout cela dans le chenal, c’est prendre des risques pour rien s’il y a un peu de mer et du vent. On entre dans le port, c’est plus paisible… et on passe à l’action en se concentrant sur l’arrivée. Si l’équipage n’a pas l’habitude il peut être utile de lui rappeler le passage des bouts dans les chaumards, comment sauter sur le catway, les gestes à ne pas faire… et les priorités.

  • La vitesse tu géreras 

Au moment d’arriver à la panne où se trouve votre place, vous allez pouvoir observer si le courant est fort, le vent traversier ou favorable, si un obstacle se présente etc. En quelques secondes il faut évaluer la situation. Pour le faire sereinement, débrayez quelques secondes, histoire de bien ralentir, puis ré-embrayez en marche lente en dosant la vitesse selon les conditions. C’est là que les choses se jouent en finesse, selon que le bateau est propulsé, ralenti ou poussé à la dérive.

C’est le moment de décider d’ailleurs s’il va être plus malin de vous engager dans la panne en marche avant ou en marche arrière, selon les conditions. Vous pouvez être entré en marche avant et juger qu’il vaut mieux ressortir pour manoeuvrer en marche arrière, tout en sachant qu’il faudra jouer avec votre pas d’hélice pour entrer dans la place. Partons de l’hypothèse que vous êtes en marche avant…

Arrivé à hauteur de votre place, arrondissez très vite et restez manoeuvrant en avance lente et jusqu’à ce que votre étrave soit environ (environ !) au deux tiers du catway : engagez alors un coup de fouet en arrière pour stopper le bateau sur le dernier tiers, barre droite. Si vous êtes poussé par le vent il faudra stopper un peu avant, si vous êtes vent debout vous pourrez attendre deux ou trois secondes de plus, si le vent est défavorable à l’appontement il faudra dès l’entrée forcer du côté où le vent souffle pour atterrir proprement sur le catway ou le ponton. Selon la largeur de la place – et du bateau – l’approche théorique du catway à environ 30° du ponton est rarement faisable, mais reste un repère de base…

Quoi qu’il arrive, si la manoeuvre part en sucette, ne vous entêtez pas. Vos équipiers ne récupéreront pas un bateau parti au tas ou vautré sur les autres. Mieux vaut garder de l’erre et ressortir, reprendre de la vitesse et recommencer avec une meilleure connaissance du « terrain ». Si les conditions sont trop dures on en revient à la solution de repli : allez vous amarrer au ponton carburant ou visiteurs et attendez un moment plus favorable…

  • Tes équipiers tu épargneras

Les principales erreurs qui suscitent des accrochages sont liées à la manoeuvre moteur elle-même, rarement à une faute de l’équipage. Avoir des équipiers alertes et pas stressés est d’un grand secours pour intervenir là où il faut et éviter les gros pépins. Même si l’arrivée est un peu risquée, ce n’est pas la peine de les stresser en leur disant qu’il faut amarrer le bateau avec telle méthode et pas une autre, que ça va être chaud etc.

La priorité (on est bien d’accord) c’est de stopper le bateau PUIS de l’amarrer pour qu’il ne bouge plus et enfin si nécessaire de refaire les noeuds dans les règles de l’art. Un équipier investi de la seule et primordiale mission de sauter à terre et stopper le bateau hésitera beaucoup moins à faire un grand saut sur un catway lointain que s’il a deux aussières en main et un cahier des charges irréaliste. Une fois a terre, à chacun la responsabilité d’un bout et c’est le chef de bord qui fait ajuster l’amarrage. Sans cri, sans heurt…

Il existe sur le web des exposés bien illustrés sur les manoeuvres de port à la voile. Vous trouverez notamment un document très bien fait sur le site de l’association marseillaise Vent du Large. Vous trouverez aussi de belles vidéos sur www.apprendre.lavoileenligne.fr. On y parle beaucoup de placement et de choses plus techniques que cet exposé, mais moi je voulais vous parler de vitesse et d’anticipation, de conscience des priorités et de cohésion d’équipage…

Je vois d’ici les navigateurs à moteur me dire que « c’est bien joli tout ça » mais que bien que propulsés par la même « risée diesel », leurs bateaux n’ont pas de plan de dérive et jouent les savonnettes. J’ai donc écrit un petit article pour eux, que vous trouverez ici.

Comme toujours et plus encore sur ce sujet complexe, vos avis sont bienvenus !!!

Crédits photo : Laurent Charpentier

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