Home Sécurité Santé en voyage : des solutions existent, profitez-en !

Santé en voyage : des solutions existent, profitez-en !

0


J’ai déjà évoqué les précautions à prendre avant de partir, afin de ne pas perdre des jours et des jours, et souvent une pelletée d’euros, à visiter les hôpitaux. Je vous invite à lire cet article ici et celui-là pour vous remémorer ces bases. Dans cet article-ci nous abordons la question de la prévention passive, et des dispositifs mis à disposition pour assurer votre sécurité.

Comment s’entraîner à fermer une plaie avec une agrafeuse chirurgicale ! Et accessoirement à piquer une fesse…
  • Vos anges gardiens au bout du monde : le CROSS et le CCMM

Les Centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage (Cross) – et notamment le Cross Etel pour l’international – peuvent-être appelés de tous les coins de la terre pour coordonner l’intervention des secours et venir vous chercher alors que vous coulez ou que vous êtes réfugié dans votre radeau de survie.

Notez bien que la mission du Cross n’est pas de récupérer votre bateau mais de sauver votre vie et celle de vos équipiers. Quand le sauvetage est simple bien entendu vos anges-gardiens prennent en charge le bateau et son équipage, mais en principe aucune vie ne doit être mise en danger pour sauver du matériel. Qu’on se le dise !

Il y a quand même des plaisanciers assez malhonnêtes pour attaquer la SNSM ou le capitaine du cargo qui les a recueillis, au prétexte que la coque de leur bateau a eu une égratignure ou que le bateau a été drossé sur les rochers !

Pour alerter le CROSS, depuis n’importe quel coin du monde, vous devez appeler sur le canal 16 de votre VHF. J’ai déjà décrit dans un précédent article les modalités d’appel, en cas d’urgence : voyez l’article ici.

Moins connu et moins sollicité, le Centre de Consultation Médicale et Maritime (CCMM) est installé à Toulouse dans les locaux du SAMU, depuis 1983. Il assure un service de consultation et d’assistance télémédicales pour tous les navires en mer, marchands ou de plaisance.

Que ce soit pour un accident, un malaise ou une maladie, vous pouvez consulter le CCMM soit par VHF sur le 16 en passant par l’intermédiaire du CROSS, soit appeler par téléphone satellite au +33 5 34 39 33 33 . Vous trouverez un interlocuteur 24h/24 et 7j/7 à votre écoute. Parfois les plateaux sont saturés, mais en renouvelant l’appel, on arrive toujours à joindre un médecin – cela m’est arrivé lors d’une crise de dengue entre Petit Rameau et Petit Bateau, aux Tobago Cays…. Notez que quand vous êtes aux Antilles par exemple, avec 6 heures de décalage avec la France, il ne faut pas vous étonner d’avoir du mal à joindre le médecin de garde qui est seul la nuit et peut déjà être en ligne avec un autre malade !

Une fois en contact avec un médecin, vous êtes pris en charge : sachez que sa priorité est de diagnostiquer le problème par téléphone, puis de trouver dans la pharmacie du bord, avec vous, de quoi soigner le patient et garder la personne à bord du bateau de préférence. C’est ce qui se passe dans 80% des cas. Si le diagnostic est grave, le CCMM transmet l’avis médical au CROSS, lequel détermine alors le meilleur moyen de rejoindre ou ramener le patient à terre (SNSM, marine nationale, moyens nautiques, aériens, privés ou publics … etc).

  • La division 240 et la « dotation obligatoire » en pharmacie

La plaisance est réglementée et si les contraintes se sont allégées ces dernières années, rendant au skipper une grande part de ses responsabilités, quelques consignes restent strictes. C’est le cas des pharmacies de bord, dont le contenu est décrit très précisément dans la division 240. Attention celle-ci a été modifiée en 2019 ! Validez que vous êtes encore dans les clous… et profitez-en pour vérifier les dates de péremption de vos médicaments !

L’enjeu est relativement faible quand on navigue à moins de 60 milles d’une côte (quoi qu’on puisse se blesser gravement à quelques encablures) mais au-delà de 60 milles il faut raisonner comme si on était en autonomie pure. La liste de médicaments et matériel de chirurgie et soins préconisée par le ministère est importante, coûteuse (comptez plus ou moins 600 euros), mais n’est pas un luxe. Cette liste est notamment accessible sur le site du CCMM.

A bord de Moana nous avons converti en pharmacies deux gros seaux de peinture (bien rincés !). Nous avons même poussé le vice jusqu’à faire une petite pharmacie de secours pour le bidon qui va dans le BIB en cas d’abandon du navire.

L’un des seaux contient tous les médicaments, étiquettés selon leur typologie et rangés par thèmes (l’étiquetage est important car dans l’urgence quelle galère de chercher le générique de tel ou tel médicament !). L’autre seau contient le matériel de pansage, suturage, attelles, incision, prise de tension etc. Nous avons en supplément un kit de réparation dentaire, qui ne nous a pas servi mais peut être fort utile en zone isolée. J’ai croisé lors d’un stage un marin au long cours qui s’est fait hélitreuiller pour une infection étendue, issue d’une infection dentaire !

Cette pharmacie obligatoire est réglementaire, mais pas forcément réaliste. Si les plus gros « coups durs » sont envisagés, les quantités prescrites pour les « petits bobos » de tous les jours sont largement insuffisantes… Alors bien sûr prévoyez en plus : des pansements, du désinfectant, des compresses, de l’anti-moustique, de la crème solaire, du doliprane, de l’imodium etc.

  • Prenez rdv chez votre médecin pour tout caler

Pour obtenir tous les médicaments de la division 240 en pharmacie il vous faudra une ordonnance de votre médecin, correspondant à la dotation. Comme la liste est longue n’hésitez pas à la préparer et l’imprimer, il n’aura plus qu’à apposer son tampon. Le notre avait refusé de tout réécrire et il avait fallu lui délivrer la liste imprimée…

Ne partez pas trop vite du cabinet médical : si vous prenez un traitement à vie délivré boîte par boite (par exemple le levotyrox vendu mois par mois) faites faire par le médecin, un mois avant de partir, une demande de dérogation auprès de la Sécurité Sociale pour obtenir vos doses pour toute la durée du voyage (sur place il peut être extrêmement difficile de trouver un médicament rare). Parfois la Sécu émet des conditions ou donne moins que demandé, mais vous avez a minima quelques boîtes de médicaments qui vous laissent le temps de vous réapprovisionner à l’occasion d’une escale.

Enfin, profitez de l’occasion pour faire une « révision générale » avec votre médecin. Quel que soit le diagnostic, prenez également un rdv avant de partir avec le dentiste, la gynéco, ou l’ophtalmo… etc. Sur place il est toujours plus difficile de trouver un praticien et d’avoir un rdv.

  • Ce qui dépend de vous : anticiper !

J’aime rappeler le bon mot de Nicolas Vannier : « l’aventure commence quand tout est préparé ». De fait, je vous assure que vous ne pouvez pas imaginer les conditions que vous allez rencontrer à l’autre bout du monde. Non pas qu’elles soient dantesques, loin de là c’est plutôt le paradis, mais les infrastructures n’ont souvent rien à voir avec notre quotidien européen… et vous serez vite démunis.

Aussi utilisez tous les moyens disponibles en France pour être tranquilles au bout du monde :

  • Faites-vous faire une carte européenne de sécurité sociale, pour être remboursés par la sécurité sociale dans les pays européens et les DOM TOM.
  • Appropriez-vous la pharmacie du bord, en la préparant : ce n’est pas une boîte que l’on jette dans un coin, mais un enjeu de survie. Lisez les modes d’emploi, regardez des vidéos de la mise en œuvre des agrafeuses pour plaies (par exemple), étudiez le mode d’administration de l’adrénaline en cas de crise cardiaque, etc. Si comme nous vous avez un copain médecin, profitez d’un apéro pour vous faire expliquer les choses les plus complexes (attelles etc). La division 240 donne une liste, le pharmacien donne du matériel… mais personne ne donne le mode d’emploi !
  • C’est pourquoi beaucoup de candidats au long cours souhaitent faire des stages médicaux pour les situations d’urgence : franchement c’est utile, voire indispensable. Il existe des formations plus ou moins professionnelles, plus ou moins longues, plus ou moins poussées et surtout plus ou moins chères. A vous de vous faire une religion mais sachez qu’un stage de 2 jours est un minimum. Personnellement j’avais fait un stage MACIF dans ce format, avec un médecin urgentiste, mais c’était trop court car on a eu certes beaucoup de théorie mais très peu de pratique ou simulations (Heimlich, massages cardiaques etc)
  • Enfin, appelez le CCMM pour activer votre « suivi médical » : plutôt que d’attendre d’être à l’agonie en zone isolée, le CCMM propose de collecter toutes vos infos médicales utiles et votre trajet prévisionnel, pour intervenir plus efficacement s’il y a lieu. Sur la base de leur formulaire, listez vos caractéristiques physiques, maladies, opérations, traitement à vie etc et ce pour chaque équipier du bord. Précisez si vous êtes le chef de bord ou équipier, la personne à contacter, le nom du bateau, son indicatif MMSI etc etc. Vous l’envoyez au CCMM et vous êtes fichés (en toute confidentialité) : sur cette base le docteur identifie votre profil en 5 mn !
  • J’ai extrapolé l’usage de ces fiches au risque d’hospitalisation « en terre inconnue » : sur la base de ces fiches, très bien faites, j’ai fait des traductions en anglais et espagnol pour que mon skipper préféré – qui n’est pas polyglotte – puisse transmettre nos données médicales à l’hôpital en cas d’accident et d’état inconscient !
  • Enfin, voici une petite astuce pour réagir vite. Disposez autour de la VHF des étiquettes autocollantes faites avec une Dymo, où tout un chacun trouvera les informations d’urgence : le numéro d’appel du Cross Etel, du CCMM, le numéro MMSI du bateau, la procédure d’appel sur le téléphone satellite, la procédure de déclenchement de MOB, la procédure d’alerte ASN en cas de danger imminent (avarie, attaque de pirate, etc). En partageant l’information, n’importe quel équipier sera capable d’agir vite et bien

Et vous, quelles sont vos astuces pour bien vous préparer à la médecine familiale en zone isolée ?

Laisser un commentaire