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Traverser l’Atlantique, une aventure accessible à tous !

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Quand on navigue, vient toujours le moment où l’on rêve de se confronter à une grande traversée. S’éloigner des côtes, passer plusieurs nuits en mer, gérer les quarts, la navigation, la fatigue… autant de nouveautés à découvrir. On commence par traverser la Manche ou le Golfe de Gascogne, mais très vite on rêve de transatlantique et d’îles exotiques. Je vous propose à travers une « journée type » de découvrir la vie qui vous attend si vous sautez le pas…

cargo tout pres

  • La journée type d’un(e) équipier(e) en transatlantique

« 5 h 00 du matin, le skipper me secoue pour que je me lève et prenne mon quart. La mer tape contre la coque, le vent a encore monté, nous sommes sous trois ris et le bateau est une lessiveuse. Il faut se tenir pour se lever et sortir de la cabine. Le carré est envahi par la bonne odeur du café. C’est sportif de faire du café par ce temps, merci skipper ! Je m’en sers une tasse, mange une banane et regarde ce qu’il se passe dehors. Je fais le point de la situation avec le précédent quart (cap, vitesse, changement d’allures ou de voile, bateaux pouvant constituer un danger autour de nous…), qui va se coucher.

Comme il fait encore nuit et en attendant le lever du soleil qui irradie déjà l’horizon, j’enfile mon gilet de sauvetage et m’attache pour sortir. Pas une manœuvre de nuit sans être attaché à la ligne de vie, car dans la pénombre un homme à la mer est un homme mort (c’est valable pour les femmes aussi). Certes on dispose de balises AIS ou GPS, devant permettre à l’équipage de revenir sur l’homme à la mer, mais on ne joue pas à savoir si elles sont efficaces et si l’équipage sera réveillé et saura nous récupérer dans les 15 mn…

Je m’installe à la barre, pour me réveiller au contact de la mer, qui se charge de m’éclabousser et solliciter mes muscles. Le bateau avance à 6 nœuds dans une mer formée, à moi de faire en sorte qu’il tape le moins possible et qu’il passe au mieux les vagues, pour son bien et pour le mien ! Quand j’en ai assez, je passe sous pilote automatique et je descends grignoter un bout de pain. Le vent adonne ou refuse, il faut régler les voiles en fonction.

Le soleil se lève, je prépare des crêpes pour le petit déjeuner de l’équipage. J’adore l’odeur…. Je remplis les bouteilles d’eau de la journée : une bouteille de 1,5 l par personne et par jour, pour maîtriser la consommation d’eau potable (même si la canicule peut nous pousser à boire 2 voire 3 l…). Je termine mon quart avec le soleil haut dans le ciel, en lisant quelques pages de « L’éloge de la Fuite » d’Henri Laborit. Je descends dormir à mon tour et l’autre quart prend la relève. Une fois le ciré mis à sécher, je m’écroule sur ma couchette.

Le soleil est déjà presque au zénith quand je me réveille et prends mon quart de fin de matinée. Le déjeuner est en cours de préparation, c’est un moment de partage avec l’équipage, car tout le monde est réveillé et il est plus convivial de partager les repas. Ceci dit, je suis de quart, donc je prends la relève pour mener le bateau. Je met un peu le pilote, le temps de faire un brin de toilette avec les lingettes pour bébé qui nous permettent d’économiser l’eau. Je fais le point vers midi, nous sommes toujours sur la route et le vent a molli, nous renvoyons de la toile et le bateau bouge moins, ce qui rend la navigation plus agréable. Crème solaire et chapeau sont obligatoires, car le soleil tape fort. Le bateau avance à une vitesse idéale pour pêcher, alors je pose une ligne de traîne.

Nous déjeunons, c’est le moment de partager ce que nous vivons chacun de notre côté. Cette nuit le skipper a vu deux puffins se poser pour se reposer sur le bateau : l’un sur la capote, l’autre sur l’hydro-générateur. Ils se sont envolés quand des vagues les ont balayés sur le pont… Moi j’ai trouvé trois poissons volants sur le pont, morts, que j’ai rejetés à la mer (ce n’est pas très bon à manger). Après le café, je fais la vaisselle (à l’eau de mer, puis eau douce) puis je pars faire la sieste en laissant la barre au skipper. La traîne n’a toujours rien donné, pas de poisson en vue. Ce n’est pas grave : il y a quatre jours on a pris une dorade coryphène : en sashimi, à la tahitienne, en papillote puis en gratin, elle nous a nourri pendant 3 jours ! 

Milieu d’après midi : je prends à nouveau mon quart. Le skipper avant de descendre dormir à son tour a rentré la traîne et fait sa vérification journalière des points névralgiques du bateau (gréement, safrans, pas d’eau dans les fonds, réserves d’eau et gazole etc). Bilan : il y a du jeu dans la ferrure de safran tribord, il va falloir surveiller ça et limiter si possible les efforts sur le gouvernail pour que cela ne s’aggrave pas. Je prends la barre et négocie au mieux les vagues pour soulager le bateau. Je profite aussi de ce moment de solitude pour chanter. Que je chante faux n’a aucune importance, puisque personne n’est là pour me le reprocher ! Je chasse ainsi quelques pensées terre à terre et un peu moroses qui m’assaillent parfois… comme le sillage qui semble toujours rattraper le bateau. Il faut plusieurs jours pour que les soucis terrestres se dissipent.

Je passe sous pilote et rédige quelques lignes sur le déroulement de la journée, dans mon journal de bord personnel. Vers 18h00, j’aperçois des ailerons qui fendent l’eau à toute vitesse : des dauphins ! Je bat le rappel de l’équipage pour qu’il profite de cette rencontre, toujours magique. Ce sont des dauphins communs, qui viennent jouer dans l’étrave pendant 10 mn, puis s’éclipsent aussi vite qu’ils sont venus, tout à leur chasse du soir. Je vais me coucher le cœur léger pour une petite sieste… avant le repas du soir. Je prépare le dîner cette fois et comme nous sommes vers l’équateur, nous dînons à la nuit tombée, dans le cockpit (eh oui, sous ces latitudes, il y a 12h00 de jour et 12h00 de nuit). L’obscurité et l’absence de repères suscitent le respect, on est souvent un peu moins bavards le soir et un peu plus angoissés. C’est pour cela qu’un petit apéro, parfois, peut aider à se décontracter…

Il fait nuit noire, pas de lune ce soir et les nuages cachent les étoiles. Alors le bateau fonce dans l’inconnu. Seule l’écume des vagues qui se brisent sur la coque et le plancton phosphorescent donnent quelques repères sur ce qui nous entoure. Pas de lumière à l’horizon et l’AIS est muet donc pas de risque de collision – à part avec un container ou un de ces voiliers qui n’allument pas leurs feux de nuit, par économie… et inconscience. La vigilance s’impose et nous assumons nos quarts de veille, suivant le même rythme de 2 ou 3h00 (celui qui fait plus pour son plaisir n’impose pas à l’autre d’en faire autant)… »

le premier coucher de soleil

  • Leçons de mer… et leçons de vie

La vie s’écoule ainsi, alternant moments de solitude et de convivialité, efforts et repos, stress et sérénité, jour et nuit, pendant 10 à 20 jours en moyenne (selon la route choisie). Une transat, c’est une rencontre avec la mer et ses habitants, c’est une découverte du monde de la nuit, c’est une confrontation avec soi-même et la solitude, et enfin une histoire à écrire avec les autres.

Si on est deux, le plus dur à mon sens et de gérer la solitude « alternée » que ce soit sur le plan technique (la navigation en elle-même et les manœuvres) ou sur le plan mental (on n’est pas toujours prêt à un monologue intérieur). Faire 12 h00 de quart chacun est aussi, forcément, assez fatiguant. Quand on est 4 ou plus, on a plus de temps pour se reposer, plus de convivialité, mais aussi plus de risques de tensions… La difficulté est alors de savoir « s’isoler au milieu des autres » sur les quelques mètres carrés d’un bateau.

C’est d’autant plus difficile quand on part avec des amis, dont on n’est pas sensé s’isoler et qu’on connaît finalement mal en situation de stress. Les histoires d’amitié brisées en mer sont foison… et l’expérience prouve qu’il vaut mieux partir avec de parfaits inconnus. De fait, il faut bien une dizaine de jours pour que les caractères se révèlent, et l’esprit d’entraide indispensable en mer encourage à maintenir le statu quo. Personnellement, je me réjouis d’avoir fait ma première transat, en 1999, avec six hommes, une femme et un bébé qui sont encore 17 ans après mes amis les plus proches, les plus fiables et les plus fidèles.

Certes, ce n’est pas toujours facile, mais quel plaisir quand l’équipe fonctionne et que le temps semble suspendu, que le bateau marche bien et que l’on maîtrise les conditions de mer ! L’horizon sans fin est comme un cercle sans cesse renouvelé qui permet de faire le tour de soi et d’avancer, de se « nettoyer » des contingences terrestres, au fil du temps. Les difficultés sont autant d’occasion de se dépasser et de prendre de l’assurance. La confiance en soi que l’on gagne peu à peu est un atout pour la suite, quand on revient à terre. Alors les risques du quotidien paraissent bien anodins au regard de ceux de l’océan.

Alors, envie d’essayer ?Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, songez aussi que la routine, elle, est mortelle… 

Crédits photo : fboy

NB : toute ressemblance avec des faits ou des personnes existant ou ayant existé serait bien entendu totalement fortuite… :-)))

5 COMMENTS

  1. Coucou Florence, je viens de lire ton texte… tu m’imagineras sans difficulté derrière mon ordi, à Niort… il fait froid (5°) et gris… alors cette petite pause me réjouit pour toi 😉
    Ton écriture, simple, claire, permet d’imaginer sans peine ce que vous vivez, pas facile tous les jours, on le comprend bien, mais comme l’aventure est belle !!
    Profite pour tous ceux qui n’ont pas passé le cap… mais qui y viendront peut-être ?

    Plein de bises
    Isabelle

  2. Bonjour les Amis,
    Nous avons suivi votre périple depuis ces quelques mois et nous avions un peu arrêté en raison de quelques problèmes personnels. Et puis aujourd’hui, je vous recherche sur traffic marine et je vois que vous êtes arrivés… Félicitations…Nous qui ne sommes pas des aventuriers, sommes pleins d’admiration… Jean-Pierre est particulièrement fier de son vieux copain… et moi, solidarité féminine oblige, de toi, Florence…
    Grosses bises à tous les 2 et nous continuons à suivre vos aventures…
    Laurence & Jean-Pierre

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